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CLI. — Les écoles de rééducation professionnelle

La grande majorité des blessés, renseignés et stimulés par

(ï) Revue scientifique^ p. 367; 1916.

Texemple, viendront aux écoles supérieures de rêéducaliony ainsi dénommées pour indiquer qu'une méthode pédagogique et technique y sera employée, avec des garanties supérieures touchant leur organisation. Il en sera créé une par région économique j en se guidant sur la nature et Fimportance de la production, et aussi sur les ressources en outillage des producteurs.

J'envisage onze régions, c'est-à-dire onze écoles réparties sur les villes de Paris ^ Rennes, Lille ^ Nancy, ^yon, Limoges, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Alger, Tunis, Le groupement régional que j'indique n'a rien d'absolu, encore qu'il me semble rationnel. On pourrait substituer d'autres villes à celles qui sont mentionnées, et fondre en de nouvelles unités les éléments économiques semblables de nos départements.

Or, précisément, le cadre régional paraît ici s'opposer au cadre départemental ; tout au moins, d'aucuns l'ont supposé. La vérité est tout autre. C'est faute de centres que de nombreux petits ateliers et écoles de réapprentissage, dispersés sur tout le territoire, sont nés de l'initiative privée. Ils ont suivi le mouvement des sorties de blessés des dépôts, car tous ces hommes, une fois réformés et rendus à la vie civile, ont plus ou moins cherché à travailler et à se placer. Des personnes généreuses — (ju'il ne faut point se lasser de louer, en proportion surtout de l'indifférence des personnages officiels — les ont encouragés par des secours en argent, des recommandations aux patrons, et l'institution improvisée d'ateliers spéciaux. Le Conservatoire des Arts et Métiers en a plusieurs d'affiliés au Laboratoire que je dirige, ne fût-ce que pour l'orientation professionnelle et l'aide de mon service de prothèse. Est-ce que ces petits organismes départementaux peuvent ^'accorder avec l'existence des centres régionaux ? Assu7*ément, pourvu que ceux-ci entreprennent la rééducation fonctionnelle, étudient et fournissent les appareils orthopédiques appropriés, et établissent les fiches d aptitude ; après (|uoi, ils enverront les blessés et mutilés à leurs départements respectifs, tout près de leurs familles,

r'est-à-dirc Oiux ateliers hcavx don\ le rôle devient, de ce fait, eonipléinen taire et décisif.

(ILII. — a) OhGAMSATIOX d'iN centre de RÉÉDrCATION.

— L'école supérieure de rééducation doit subsister à côté de ces ateliers élémentaires. Voici quelle en est l'organisation, telle qu'elle ei'it dû être à l'origine, et comme l'ont faite, sur mes indications, les pays et villes dont j'ai parlé précédemment, Bordeaux, par exemple.

(Uiacune ])ossèdc un office technique, j)our la constitution des fiches d'aptitude, les besoins médicaux et orthopédiques, l'examen pliysiologique général que la (iche ellemême expose. Et on installe, dans le même baliment, des ateliers a|)propriés aux professions ordinaires de la région. Celles-ci seront nécessairement variées, alin de relenir à l'école le plus grand nombre de blessés. On enseignera notamment les suivantes:

Orthopédie; mécanique (ajustage, outillage) ; dessin industriel ; pholograi)lûe (retouche, agrandissement et mémt^ tirage) ; cordonnerie ; bourrellerie ; sellerie, montage d'électricité ; ferblanterie et petite mécanique; daclylograpbie; conduite des macliines agricoles et petits moteurs; travail du jouet en bois, des mains et pieds pour membres artificiels ; menuiserie.

Dans quelques centres (Jura, Vienne et Haute-Vienne), on dévelop[)era la pratique de l'art lapidaire et de la céramique, qui pourraient nous donner une grande avance sur l'étranger. Si le nombre d'amputés de membre inférieur est élevé, et qu'un changement de métier s'impose, on formera des tailleurs instruits et des tisseurs. Mais, en général, il faut éviter de garder à l'école ceux de ces amputés (|ui peuvent reprendre leurs anciens métiers.

hdidirection de l'école estconfîée à un médecin compétent, assisté d'un ingénieur expérimenté, et tous deux hommes de tact, de réflexion et de jugement; leur travail psychologique est, en effet, de tous les instants.

Au médecin încombenl la rééducation fonclionnelle, la prothèse et Torlbopédie, les observations relatives aux aptitudes psycho-physiologiques des blessés. Il est impossible de scinder ces différents services, auxquels sont affectés des aides et des instructeurs. Les mutilés travaillent à réparer ou à transformer les appareils prothétiques, et à installer les ateliers. Mais tout cela est {jroupè, sous peine de sérieux mécomptes.

De son côté, l'ingénieur s'occupe, aidé lui-même de (piehiues bons professeurs de travail manuel ou de contremaîtres, à vérifier l'instruction générale et technique des hommes, et à les réi)arlir en catégories professionnelles. 11 surveille h*s mouvements des mutilés, le bon état des membres artifi(;iels dont il expli([ue le meilleur mode d'application. J'ai toujours remarqué (|ue l'amputé achève bien vite son éducation sensitive, et montre, dans la manœuvre de ses outils, une adresse qui émerveille les instructeurs. Il est pour eux l'occasion de leçons vivantes et nombreuses, car l'expérience, en cette matière, est le seul guide.

On ne se limite pas au travail des ateliers ; on donne également des cours théoriqitvs^ des compléments de sciences et de lettres pour élever le niveau moyen des intelligences, et permettre au cerveau de coo[)érer avec les bras, quand ils sont défaillants.

CLIil. — h) OniKNTATION PROKKSSIONNELLE. — A UOtrC

époque où l'homme a cessé d'être un mécanisme actif des merveilleuses machiues-ontils de l'industrie pour en devenir le simple signal de marche et d'arrêt, où l'automatisme a réduit au minimum l'activité nuancée et volontaire de nos muscles, nous devons dresser la plupart des mutilés aux métiers économiques, qui ne fatiguent pas et qui sont souvent rémunérateurs. J'imagine que si de petits moteurs de 2 à 5 IIP étaient entre les mains de nos cultivateurs, ils vivraient plus heureux, et ils rendraient plus productive, plus riche, une terre si malheureusement oubliée.

346 ORGANISATION PHYSIOLOGIQUE DU m A V AIL

Une cMude des inslrumenls agricoles, en vue de leur adaplalion aux inuUlés, s'imposait, qui n'a i>as retenu, suffisammenl, Tallention de l'Klat. Pris à l'entrée de l'école, le cultivateur ine déclare invariablement, s'il est amputé d'un bras, qu'aucune opération fermière ne lui est plus possible, sauf celle de donner à manger aux bestiaux. Mais rééduque, après application du bras de travail, de Tanneau universel cl de la pince, il s'adapte, tout d'abord, au maniement de la pelle dynamographiqve; puis il emploie, tour à tour, la bêche et la pelle ordinaires, aj)puyant et pesant sur le soi comme il le faut ; il frappe et tire avec la pioche, appuie et traîne avec la binette et le râteau. En peu de jours, rentré c< au pays », notre cultivateur m'écrit qu'il se livre à tous les travaux agricoles sans l'aide de (juiconque.

Dans certaines de nos régions du (lentre, dans la Lozère, la Corrèze, le Cantal, ou encore dans les Vosges, le paysan pourrait consacrer la morte-saison, celle de l'hiver, à travailler au jouet en bois où son originalité, ses habitudes de faire de tout, et de tout devoir à ses mains, se révéleraient utilement. Cette industrie du jouet s'était localisée en Allemagne, à Nuremberg et à Fnrlh. Déjà les Italiens du Nord et les Suisses ont réagi contre ce monopole. Nous aussi, qui avons le bois — généralement du Jiétre — la maind'a^.uvre la plus habile, nous devons suivre cet exemple qui coûtera si peu comme frais d'outillage : un couteau, une scie, parfois un petit tour, et un marteau.

Dans les travaux de terrassements, il y a, de même, place pour les manchots. J'ai fait paver cjuel(|ues mètres d'une chaussée, j)ar un de ces derniers, en employant le pilon pneumatique, vulgairement demoiselle. Il semble que cette manœuvre convienne beaucoup plus aux amputés de bras que <le jambe, au contraire de ce qui a lieu pour le transport des terres; les brouettes à deux roues, aisées à conduire, sont tout indiquées dans ce genre de travail.

Dans tous les métiers, précédemment spécifiés, la connaissance des mouvements et efforts à demander à l'ouvrier

LA néÙDUCATlON DES BLESSÉS 317

suppose la connaissance de l'usage des outils. Il y a là un point très important. Sans doute, le directeur des alelîcrsne .«aurait lître omniscient; mais son instinit-tion générale et

Fin. 130. — Ampulé mécanicien forgeantiine pièop.

son expérience doivent l'cmpCclier de se /o/ww tromper, et d'abandonner à ses aides le choix de la proft'ssion du mutilé. Mieux vaudrait, dan.s ce ras, l'obliger à tout abandonner, il faut (ju'il sache (|ue l'iimputé d'un bras est à même de se

livrer aux ocrupalions du mécanicien : limf r, coiipiT avec 1» scie, le tiers-point, le burtii, Ineisiiillo; affûter, percer au ]>oinleau cl a l'archel, aléser, tarauder el iileler. Le bras sain fera loules les manieuvres au niaHeau (fig. 130), C'e>l seulement au lour ([u'il se prcsenle de réelles difiicullés.

Fi(i. m. — Aiiipulù Irnvoilhnt à la varlopp.

Encore cela Jépend-il du modèle- de loiir: il eu est qui se l'ouniiandent sans irop do peine (iour-rcvolver).

De même dans le travail du ùoix. pour scier el ralioler, îisseiuhler et coller des planclies, les dresser, creuser ou percer (/ïif. 131 el 132).

Aujourd'hui, l'inlellif^ence de l'ouvrier es l un l'acteur capital, qui s'aecroîl de loule la Torec de l'expcnenee le(dinique.

LA RKÉl>UCATIO\ HES ItLESSl^ 'H9

Et r'esl ce (|ui permel de dcsliiier un nombre assez élevé de mutilés au travail des machiiies-oulils, dont lo rOle se dévelopi>era, plus (ju'il ne l'est d(\JH, sur le terrain des usines. La vivacité d'esprit, une des earaelérisliques de uoire jieuple, servira grandemenl celle adaplation professionnelle.

Kiii. VJî. — Amputé Je brus coupant une planche à In scie k tefendri:

Si, d'autre j)art, on appurti?, dans ces <|iieslions, la volonté ile réalisalion cjui s'iuii»ose, on s"aper(;oit (pie si.'ul un lik-lieux préjugé éloignait du travail la plupart des mutilés, cl |>lus les niililaii'es que les civils, (Vest vraîiiient faire injure il la gloire <|uc de l'érarler di-s ateliers viltraiils de l'industrie ou «les plaines animées ]>ar le soe des eliarriies.

L'ohjel de rorienlalion professionnelle est de réagir contre les préjugés sociaux, en metlanl le blessé à la place qui lui convient pour réaliser loul son rendement économique.

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