‹ Organisation physiologique du travailChapitre 40 sur 42 · CLIV. — C) Dl'KÉE DE LA RÉÉDUCATION. — OUVRIERS EN · texte numérisé non relu

CLIV. — C) Dl'KÉE DE LA RÉÉDUCATION. — OUVRIERS EN

CHAMBRE. — Mais il arrivera que Toflice technique sera consulté par les blessés pour des fins multiples : les uns voudront poursuivre un entraînement physiologi(|ue plein de promesses; d'autres rechercheront une amélioration de leurs appareils de prothèse, ou une application plus soignée, ou simplement — j'en eus quel([ues milliers — un examen circonstancié de leurs capacités pour avoir la fiche d'aptitude ; ils la communiqueront à des patrons disposés à les employer, ou ils Tuliliseront directement en s'établissant à leur compte. Pour ma part, je souhaite voir encourager cet effort de renaissance à la vie A ouvriers complets^ « d'ouvriers en chambre ». Il n'y aurait point là de contradiction avec la tendance à la centralisalion industrielle ; car les grandes usines s'habitueraient, sans j)erte pour elles, à laisser les menus travaux, les commandes infimes à cette catégorie de travailleurs, si capables d'in;a;éniosité et de puissance invenlive. L'Etat y trouverait son avantage, attendu ([ue ceux-ci ne manqueraient pas de faire de bons apprentis.

(Juanl aux ateliers de rééducation^ leur but est des mieux définis; perfectionner la pratique des métiers et adapter les mutilés aux exercices professionnels choisis, suivant qu'ils ont à changer de métier, ou à se spécialiser dans une de ses parties plus propre à ménager leurs forces sans diminuer leur rendement.

La durée de celte rééducation est variable. Si, au point de vue du travail manuel, un an constitue la movenne suffisante, il faut ajouter quQ l'instruction théorique exigera davantage : on la donnera complète, afin de former une élite ouvrière capable d'instruire à son tour.

Le régime de l'école sera, en principe, celui de Vinternat^ les hommes étant nourris et logés, leur salaire réglé d'après

un barôme qui pourra varier suivant les régions, cl en se rappelant que la perle de rendement est à peu près nulle dans la majorité des cas d'amputations de jambe ou de cuisse.

Dans certaines circonstances, exceptionnelles, il peut être utile d'adopter le régime du demi-externat, vis-à-vis des mutilés mariés, pour qu'ils puissent rentrer chez eux tous les soirs.

Ainsi les écoles de rééducation étendent, dans un but précis, les bienfaits de renseignement; elles développent le cerveau des travailleurs et achèvent leur formation technique. Elles font, en connaissance de cause, Y orientation professionnelle des blessés, et les préparent sûrement à être placés, à prendre rang dans la société.

CLV. — Le placement des blessés. — Tout, en effet, doit converger au but réel, qui est le placement. Les ouvriers mutilés, que Ton aide à ^'établir, les jeunes gens qui pourraient embrasser les carrières libérales et dont on encouragerait Teffort par des subventions, ou par la gratuité des études, ce sont là des exemples de placement. Et Ton peut compter aussi sur laninitiatitesindividnel/es. Tel patron, telle usine vous demandent un ou plusieurs blessés. Personnellement, je reçus j)lusieurs demandes de ce genre, auxquelles je répondis en adressant des mutilés rééduqués et munis de leurs fiches. Celles-ci constituent un élément de grande valeur, parce que l'employeur y trouve des renseignements précis, clairs et sincères. Entre lui et son employé s'établit une confiance solide, ayant pour fondement la vérité.

Plusieurs (patres d'assistance ont entrepris, au cours de cette guerre, de centraliser, chacune, les offres d'emplois faites aux miltilés, d'en provoquer par des annonces dans la presse, et par l'action personnelle et les relations de leurs dirigeants. Il est hors de doute que quelques-unes de ces œuvres ont, de ce chef, fourni une généreuse contribution de dévouement au pays.

Mais il faut préférer, à toutes ces initiatives, rinlluenec plus sérieuse des chambres syndicales. Je suis forleineni d'avis que Ton demande aux cliamhres syndicales leur collaboration pour placer les mutilés et blessés. Les grandes fabriques sont à même d'en employer (pielques milliers, étant «lonné qu'elles pratiquent la « division du travail » et disposent de machines faciles à commander. Le Ministère des Munitions, (pii a, dans telles de ses usines jus(ju'à iO.(X)0 ouvriers, aurait dû, depuis longtemps, entrer dans celte Yoi(\ sans dommage pour le taux de la production. 11 possède des moyens d'action supéri<mrs à ceux des autres ministères (').

Oîrtaines grosses industries, spécialement en métallurgie, ont commencé de faire des essais, |)ar leurs propres moyens , cédant à l'esprit de solidarité (jui anime les patrons intelligents pour leurs ouvriers mutilés. Je souhaite cjue leur exemple se propage rapidement.

Le commerce olTre également des <lébouchés : inspection des maisons, représentation de journaux, marcliands et crieurs de ces mémtîs journaux. Les jeunes gens, qui, faute d'appr(»ntissage, se livrent à celle profession de crieurs, seraient instruits dans d'autr(*s méliiMs où leurs bras et leurs jambes sont nécessaires. — La comi)tabiIité absorbera un certain nombre de bb^ssés, surtout parmi les sujets atteints de paralysies radiab^s et les amputés de jamb(^ L(\s banques, sociétés de crédit, compagni(îs, en prcMidront comme daclylographes, employés aux écritures, aides-comptables, etc.

L'essentiel est dcî préparer le bb»ssé à sa fonction pour <pi'il Tt^xerce ^^V^r///'^/;i^/i/ ; alors son placement est solide*, f^t l'on évite les aléas {\\x placement cliaritahle.

A l'heurcî actuelb*, le Ministère; du Travail s'elTorce de coor-

(') Au bout (le vinfçt et un mois (ie jfuerre, je lis dans les journaux, que M. le Sous-Secrétaire d'Ktat aux munitions a « invité les ch(.*fs d'industrie à prévoir IVmpIoi des mutilés dans tous les cas où il est jiossible de les utiliser : emplois de gardiens, surveillants, travaux «1»^ hnre.iu, eti*. » (Le Journat^ihi 27 avril 1916>. l'ne « invitation » plus rérente. « à déleruiin«M* les travaux auxquels l'intéressé blessé ou mutilé'; peut être employé sans inconvénients >> {ihid.^ du 22 juin 1916)^ constitue, évidemment, un sensible progrès. Depuis le Ministre a poussé à un large emploi de celte main-d'œuvre.

donner, grâce à un Office central (Arrôlés de mars 1916), les entreprises éparses de la rééducation et du placement, et de réparer, s'il se peut, les fautes commises.

CLVI. — Institut d'organisation du travail. — On voit si une étude préalable et complète de ce problème s'imposait, pour bien se pénétrer de la méthode de rééducation. Il fallait aussi examiner toutes les modalités de son application, et agir fermement et vite, d'accord avec les personnalités qualifiées, groupées sous une direction vigilante. Enfin, il était indispensable d'avoir un organisme central^ comprenant tous les rouages de contrôle et de coordination. L'école à installer dans Paris pourrait, sous le nom A' Institut d organisation du travail^ être cet organisme-là, servir de centF-e de liaut enseignement pour cette science méconnue du travail et de l'apprentissage, relier les services compétents de plusieurs ministères, et mettre un peu d'ordre dans un état de choses nécessairement confus.

(Ju'on se représente, en effet, la diversité des services qui ont à s'occuper des blessés. Au Service de Santé revient celui de la prothèse, de la physiothérapie, des réformes et pensions. L'enseignement général et technique, Tapprentissage et toute la législation qui l'encadre, les retraites, le chômage, les accidents du travail appartiennent aux Ministères du Travail, Commerce, Instruction pubh'que et Agriculture. Le Gouvernement est donc tout entier engagé dans cette œuvre sociale; il est bon que, pour l'entreprendre, un seul mécanisme entre en jeu.

Telle paraît être la décision mûrie du Parlement, puisqu'il accorde au Ministère du Travail la mission d'organiser la rééducation professionnelle en France. Ainsi, on évitera un gaspillage redoutable de temps et d'argent ; on fera reculer l'oisiveté, qui serait inexcusable dans ce pays où toutes les énergies sont nécessaires. J'cstimeque la méthode scientifique de rééducation donnera des employés et des ouvriers d'une parfaite discipline au travail, et d'un niveau

intellecluel et moral élevé. Dès que les écoles seront en pleine marche, et le placement assuré, il ne s'écoulera pas deux ans que tous nos blessés rééducables seront à même de gagner leur vie, sans rien devoir à personne. Ils y comptent, nos travailleurs, ouvriers et paysans; ils attendent TeiTorl de TKtal avec une impatience dont j'ai souvent regretté la rapide progression. Personne ne peut trahir les espérances qui ont illuminé leur cœur. 11 faut se décider, car il s'agit d'un grand devoir de solidarité, comme jamais l'histoire humaine n'en n fourni d'exemple.

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