‹ Organisation physiologique du travailChapitre 9 sur 42 · LES FONCTIONS ORGANIQUES DE L'HOMME · texte numérisé non relu

LES FONCTIONS ORGANIQUES DE L'HOMME

IX. — Entre le capital et le travail, il n'y a pas qu'une question d'argent à débattre, il y a la vie humaine à sauvegarder.

Les lois de la vie active sont donc essentielles à connaître pour organiser le mouvement, celui du corps et celui de l'esprit, pour en éviter, à coup sur, le dérèglement et le gaspillage. Elles ont même acquis une force nouvelle depuis que les événements de la guerre ont étendu le champ de leurs applications. Car Tétre humain a été meurtri, les blessures sont à peine cicatrisées, et les mutilations ont réduit la valeur sociale de millions de personnes; des tares organiques, qu'il faut savoir déceler, se sont constituées, et des douleurs morales subsistent dont il faut concevoir les profondes répercussions.

Allons plus au cœur du problème. Les générations qui se lèvent doivent être vigoureuses et saines; il faut organiser l'activité de la jeunesse. Les générations qui vont passer lui doivent de la conseiller et guider à la lumière de leur expérience et aussi de leurs vertus... Le devoir scientifique est donc dans la recherche des meilleures conditions de vie et de travail.

11 est très vrai, malheureusement, que la j)lupart de nos maux ont pour cause notre ignorance, souvent notre faiblesse de volonté. Le capital de nos énergies ne devrait s'épuiser

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qu'au terme le plus éloigne de la vieillesse, si nous savions vivre de façon tempérante et ordonnée. Nous en décidons autrement, à nos dépens. C'est pourquoi la connaissance du fonctionnement de l'organisme humain est la préface de toute culture physique^ de toute discipline dans le travail. Il ne s'agit pas de décrire par le menu les mécanismes innombrables qui le composent. Le médecin, comme Tingénieur, ont besoin tout simplement de saisir l'enchaînement des fonctions physiologiques, et leur coordination dans .cette harmonie supérieure qu'est la santé. L'état normal et l'état pathologique, les prédispositions que l'exercice favorise ou aggrave, les indices bons ou mauvais, et les conditions d'une activité rationnelle, tels sont les éléments que ce livre s'efforcera de réunir.

Les grandes fonctions comprennent : la 'digestioriy la respiration^ la circulation^ collaborant ensemble à former des réserves d'énergie ; le mouvement^ qui dépense et utilise cette énergie ; la pensée, qui est un mode de mouvement, mais invisible et encore inexpliqué. La solidarité du tout éclate dans la production de la force,

X. — Fonction digestive. — L'appareil de la digestion est représenté par un groupe d'organes [fig, 6), schématisés sur la figure 7. On voit qu'en dehors du conduit appelé œsophage, par lequel les aliments se rendent de la bouche à Testomac, sur un parcours moyen de 20 centimètres, l'ensemble des organes digestifs occupe la partie inférieure du tronc. De la partie supérieure, où sont situés le cœur et les poumons, il est séparé par une membrane musculaire épaisse et large, une sorte de plancher nommé diaphragme.

Les tronçons du tube digestif, en outre de l'œsophage, sont : V estomac AoniX^gratide courbure s'appuie au diaphragme à gauche, presque sous le niveau vertical du cœur, et qui, en .se dilatant fortement, peut gêner le poumon gauche et réagir sensiblement sur l'organe central de la circulation; — puis, le long canal de Yintestin grêle, environ 8 mètres sur 3 ccn-

FiG. 6. — Prioeipaux organes du corps Immain.

Légende. — re, œil : n, nei; b, bOUCbeg or, oreille; jfi.m, glande •out-maiillaîre ; la, Uryni : (ra, trachi»-tilère ; Pi' et Vg, poumoai droil el gauche ; CA, carilé Iboracjque; », cOle; rfi. muscle diaphragme; c, coaur ; ar.a, Milite uorle; t.b.a, iroDC brachlo-céphalique ; ar.c.d; ar.c.g, «Hères carat ides droite et gauche; ar.scl.d; ar.iel.f, artères tt)UB-cIaTlère« droite el gauche; vj.d, veine juRUlaire ; œi. œsophaite; ES. estninac; Ij, Intestin grile ; tT, ccecum ; ci. cAlon-, IC, gros insleilin-, v, appendice; Fo, foie; c.bi, vésicule biliaire ;

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timèfres de dîamôlre, que l'on distingue en rfHorfMwm (13ccntîmèlres), un étroit et court passage, en jéjunum et iléon, ce dernier tronçon s'ouvran t vers le gros înlestin par la valotile iléo-cœcale. Le gros intestin encadre

l'autre; il est fermé à i*

son bout de droite par un petit et mince appendice, ie sii'ge de la fameuse appendicite, —

organe inutile supposait '"""

Metsclinikofr('), et qui ira s'alrophiant jusqu'à ce qu'il n'en resle plus •• trace : la Nature supprime tout ce qui n'a pas une fonction déterminée, et vise à Yéconomie de matière. A gauche,

le cadre intestinal de- F'"- "■ - Schéma de lappareil digeslir.

vient à peu près vertical et recliligne ; d'où le nom de rectum donné à celle portion descendante, qui débouche au dcbors par Vaniis.

Une vaste membrane, à deux feuillets glissant l'un sur l'autre, enveloppe tout l'appareil de la digestion : c'est ie péritoine. Le mouvement de l'estomac et des intestins se produit donc sans froltcmenl; il est libre, mais, à moins de chutes graves ou d'efforts violenls, il est guidé et se trouve à l'abri des secousses. Les aliments effecluent leur voyage à travers un canal à paroi musculeuse, souple et résistante, qui est animée de contractions progressives dirigées vers Vanits. Ce péristaltisme est très rapide lors de la déglutition; il est lent dans l'estomac, où les aliments peuvent séjourner le

(') Savant rusie, aous-d ire c leur de rfnslilut Pasieur de Paris (1815-19)6).

temps utile; il est plus vif dans rinleslin grêle, rare el brusque dans le gros intestin. En ajoutant aux aliments un peu de sous-nitrate de bismuth, on rend le tube digestif transparent aux rayons X et on étudie ses mouvements parla radiochrono'photographie (^) ; alors on aperçoit que le parcours alimentaire dans l'œsophage seul dure 6 secondes (-), mais le séjour gastro-intestinal se prolonge de une à plusieurs heures.

C'est durant ces étapes que s'effectuent les opérations chimiques de la digestion, sous l'empire des siics sécrétés par la muqueuse interne de la paroi, aidés par les oscillations des organes eux-mêmes, et davantage par les liquides qu'y versent, au niveau du duodénum, des glandes spéciales annexées au tube digestif: le foie, qui, placé à droite de Testomac, lui fournit le suc biliaire, agent puissant de transformation des graisses et d'opérations antitoxîques; et dans le môme conduit duodénal, tout j)rès, arrive le suc du pancréas, dont les effets chimiques sur les substances alimentaires sont variés et énergiques.

Il suffit de mentionner ces produits de l'usine abdominale, et ceux des glandes salivaires, pour se représenter les étapes et la durée totale du phénomène digestif.

Rien ne doit le troubler ni le ralentir, pas plus dans ses conditions intérieures, relatives au choix et à la masse des aliments, que dans ses conditions externes réalisées par la protection contre le froid et la fatigue.

Mais une découverte intéressante, due au savant russe Pawlof, ajoute, à cet ensemlile de faits, l'éclat d'une doctrine pour ainsi dire philosophi([ue. Paî^/o/ constate que :

La nature du suc sécrété convient toujours à celle de faliment à digérer, — La seule vue de cet aliment, ou l'imagination (jue Vonen a, produisent ce même effet, et la sécrétion psychique est plus abondante et plus active que la sécrétion par contact direct de la substance.

(1) J. Carvallo, Archivio di Fisiologia CCompte rendu du Congrès de Physiologie de Ileidelberg de 1907; t. V, p. 97; 1908).

(2) Meltzer, Centralb. f. Med. Wissensch., p. 1-4; 1883.

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« Avoir Teau à la bouche » n'est donc pas un adage vide de sens ; tout Tari culinaire, les assaisonnements, la préparation tendent à provoquer ces interventions psychiques stimulantes de Tappétit, et à faciliter le travail de la digestion. Manger d'un mets « trop vite pour en sentir le goût >>, comme disent nos paysannes, c'est le défaut que nous appelons la tachyphagie. Nos multiples occupations l'ont créé, au détriment de notre santé. Il faut prendre son temps pour bien mâcher et savourer les aliments. C'est du temps employé utilement.

Quand toute la série des phénomènes qui débutent par le travail des dents [mastication) et se terminent à la paroi des intestins est épuisée, quand des aliments absorbés tout le suc utilisable a été extrait et le résidu évacué, il s'est formé un produit complexe : le chyle^ ayant l'aspect laiteux, contenant toutes les particules grasses, sucrées, albumineuses, tirées du repas. De nombreux suçoirs, \(iï^ vaisseaux chylifères, vont le pomper à travers la paroi intestinale ; ils le conduisent au foie. Cet organe, ne l'oublions pas, sert de magasin pour la matière sucrée du chyle; elle s'y dépose à l'état de glycogène, ce qui donne au foie une saveur douce. Et tandis que leglycogène reste en grande partie dans les mailles du filet tendu sur le passage du chyle, les éléments nutritifs continuent leur cours et se déversent dans le sang par l'intermédiaire du canal thoraciqite. Le sang les portera en tous les points de l'organisme, dans chacune de nos cellules, où ils brûleront comme le charbon sur la grille d'un foyer, et il se chargera encore des produits de cette combustion : xirée^ eau, gaz carbonique et divers corps plus ou moins toxiques. Par lui, ceux-ci se rendent aux r^m^ qui les fdtrent, aux poumons qui expulsent le gaz carbonique, lettrine remplit alors la vessie pour être ensuite éliminée.

Il faut éviter de ralentir l'épuration rénale qui nettoie l'organisme; Veau comme boisson, toujours saine et fraîche, satisfait admirablement à ce service. Il ne faut pas, non plus embarrasser l'estomac par des substances qu'il ne pourrait

digérer facilement ou qui l'irritent. Défendons-Ie contre l'abus de la cuisine raffinée à lacjuelle notre palais s'est habitué ; défendons-le contre l'alcool et les spiritueux. Ainsi sera rendu possible le cycle normal des phénomènes de digestion (*).

XI. — Fonction respiratoire. — Un autre cycle s'y superpose, presque invisible et non moins indispensable à la vie. C'est le cycle de V oxygène de l'air, gaz qui sert à brûler tout combustible, et dont l'utilisation au sein des cellules vivantes se régie sur l'apport alimentaire. L'oxygène est contenu, dans Tatmosphère que nous respirons, dans la proportion de !?/ OjO contre 79 d'azote, soit environ le cinquième du volume d'air inspiré. Il pénètre dans les poumons, à travers la cavité du nez, la bouche, le pharynx, le larynx, la trachée-artère, les bronches (fig, 6) ; il se répand dans une infinité de vésicules pulmonaires (environ 2 milliards), comme dans autant de poches microscopiques; il y trouve les fines ramifications des vaisseaux sanguins. Entre l'air et le sang, la membrane interposée n'a pas plus d'un centième de millimètre d'épaisseur. L'oxygène, en vertu de sa tension propre, filtre de dehors en dedans et se fixe sur le sang, devenu ainsi son véhicule universel, ou, suivant le mot de Claude Bernard, « son milieu intérieur ». La respiration réalise cet échange gazeux, par lequel le sang se sature d'oxygène et rejette le gaz carbonique provenant des combustions cellulaires. Ellecomj)rend les deux phases, inspiration et expiration^ qui se manifestent par une dilatation des poumons et de tout le thorax <lans le premier temps, dilatation qui cesse avec le second temps, généralement /?/?/.v long.

Pour que la cavité thoracique s'amplifie de la sorte, le diaphragme s'affaisse en pressant sur l'estomac et les côtes

(ï) J.-P. Pawlof, Le Travail des glandes digeslives, passim ; Paris, 1901 ; — A.-P\ HoRNBORG, Skand. Arch. f, physioL, t. XV, p. 209 ; 1904 ;ce savant a vérifié les lois de Pawlof sur Tappareil digestif de riiomme. — Voir sur les peuplades qui mangent de la terre : Le Moteur humain, p. 180.

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pbivolent sur leurs articulations en se relevant. Il en résulte une augmentation des diamètres vertical, latéral et antéropostérieur du thorax, grâce au jeu combiné et réglé des muscles respiratoires. L'ampliation due au mouvement des côtes est plus importante que celle dont le diapliragme est Torigine; le rapport est de 2 à 1 environ. Cela est surtout marqué chez la femme, à raison des faits de la grossesse et, pour une part, des caprices de la mode (corset). Le diaphragme jouit, en effet, d'excursions plus étendues chez les femmes sauvages. A chaque respiration, l'adulte introduit un demi-litre d'air dans ses poumons et le renouvelle, quand il demeure au repos, 15 à 16 fois par minute. C'est donc au moins dix mètres cubes d'air (jui viennent, journellement, prendre contact avec le sang circulant. Lors([u'on se livre à un travail continu, professionnel ou sportif, la consommation d'oxygène et l'activité de tout l'appareil respiratoire augmentent; la ventilation marche aux rythmes de 30 à 50 par minute, et mobilise un volume d'air deux à trois fois supérieur. Il y a là une excitation des centres nerveux de la moelle, au niveau du bulbe, par l'arrivée d'un sang riche en gaz carbonique et oxygène mélangés (*).

Dans ces conditions d'activité, il faut des mouvements thoraciques et des voies pulmonaires bien libres. Certains états pathologiques atteignent les muscles préposés à ces mouvements, ou limitent la capacité des poumons (paralysies, pleurésies, pneumonies); ils sont l'origine d'une prompte fatigue. On évitera aussi les vêtements serrés et les attitudes défectueuses du corps...

Précisément, toutes ces circonstances produisent une ventilation de travail très accidentée, à rythme rapide et superficiel; les échanges gazeux sont alors insuffisants : c'est la dyspnée. Elle se révèle dans les exercices pénibles [cyclisme^ alpinisme), à la suite d'anémie, dans une atmosphère pauvre en oxygène ou riche en gaz carbonique. Ce dernier facteur

(ï) C. FoA, Archivio di Fisiologia, t. VI, p. 536; 1908-1909.

est particulièrement à retenir : la [dyspnée par gaz carbonique est certaine lorsque sa proportion s'élève à 10 0/0 du volume d*air ambiant. Mais ses effets toxiques sont déjà sen~ sibles aux centres nerveux à des taux inférieurs ; on les attribue ('•), sans preuves sérieuses je crois, à la présence dans Tair expiré de traces A' ammoniaque , ou encore de certains produits alcaloïdiques. Brown-Séquard et d'Arsonval avaient signalé ces produits que Weichardt et Slrœde ont appelés kênotoxines {^). Malgré les recherches de ces savants, il faut admettre que, dans un milieu confiné où séjournent des gens bien portants, les seuls facteurs redoutables sont la chaleur et V htmiidité , La preuve en est que si Ton y respire au moyen d'un tube amenant de Tair sec etfrais, on est tout de même incommodé ; et, par contre, si du dehors on inspirait par un tube l'air confiné, on n'éprouverait aucun malaise (^). De là l'indispensable précaution de ventiler ateliers, chambrées, appartements, et d'y faire passer un courant d'air frais. La respiration peut alors ravitailler en oxygène la masse sanguine des poumons et supprimer l'action déprimante de la chaleur humide.

XII. — Fonction circulatoire. — Le sang se renouvelle en tous les points de l'organisme grâce au mouvement que le cœur lui imprime, et il y entretient la vitalité. Il contient, en effet, par millimètre cube, environ cinq millions de globules rouges, éléments albuminoïdeset ferrugineux dont la base est Vhémof/lobine,QX l'on sait que l'oxygène s'unit aisément à cette substance, devenue ainsi la réserve énergétique.

Des poumons, où il s'est débarrassé de son gaz carbo-

(ï) F()HM\NEK, Arch. f. Ilf/giène, t. XXXVIH, p. 1 ; 1900 ; — Gaudenghi, Giornale il. R. Soc. ilal. d'ff/iene, t. XXVI, 1904.

('-) Brown-Séqcakd et d'Ahsoxval, Comptes rendus Acad. Sciences, t. CV'l, p. 106, 1G5; t. CVlll, p. 267, 1294; années 1888-1889; — Weichardt, Veber Ermûdtuujsstoffe^ 2' édit., Stuttgart, 1912; — Stroede, Zeilsch. f. Schulges-tmdheitspflege, t. XXVI, p. 135; 1913.

(3) L. HiF.L et Flack. liuil. wens. office intern. Uyg. PuhL, t. VU, p. 716; 1915.

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