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VACCINATION PUBLIQUE

Avec la police sanitaire, c'est peut-être la mesure permanente de protection hygiénique qui importe le plus à nos colonies. La variole, en effet, est un fléau redoutable pour nos populations indigènes. En Indo-Chine, et particulièrement en Cochinchine où nous nous établîmes d'abord, le Service de santé avait multiplié ses efforts dès la conquête pour répandre le vaccin dans la population annamite. Il n'était pas rare, entre 1801 et 1875, de voir des épidémies de variole enlever tous les enfants de certains villages et dévaster des districts entiers. Mais progressivement, de 1875 à 1890, les efforts des médecins de la marine sont parvenus à restreindre les foyers épidémiques, et ce résultat est dû principalement à la création des missions ambulantes. Elles consistaient et consistent encore à faire parcourir régulièrement des périmètres déterminés par des médecins-vaccinateurs. Ceux-ci, distraits pour une période pouvant aller jusqu'à deux et trois mois, parcourent les villages des districts qui leur sont assignés par l'ordre de service et vaccinent et revaccinent enfants et adultes, à des jours fixés d'avance de concert avec l'autorité administrative. Les chefs de village sont chargés de convoquer les habitants pour la vaccination des enfants et ppur la revaccination des sujets vaccinés antérieurement. Plus tard, soit enfin de mission, soit l'année suivante, les médecins-vaccinateurs contrôlent les résultats obtenus.

Ce service est assez bien organisé aujourd'hui dans toute l'Indo- Chine, sans cependant avoir atteint tout le degré de développement que comporte une bonne administration sociale des populations indigènes.

Mais, même pour en arriver' à la régularité apportée dans le service de la vaccination, il a fallu déployer beaucoup d'efforts. Dans les premières années, les administrations locales n'entraient pas volontiers, il faut bien le dire, dans les dépenses nécessaires aux missions. Un service purement humanitaire, qui ne se soldait pas, en apparence du moins, par un rendement solide, ne pouvait guère être apprécié de la même manière qu'un service de constructions d'édilices publics ou de voirie.

Mais à cet égard, la métropole, où s'agitaient déjà timidement il y a une vingtaine d'années, les grandes questions d'assistance médicale et de puériculture indigène, tendait de plus en plus à pousser les gouvernements coloniaux dans la voie de progrès social où ils sont maintenant entrés. On se rendait, ou on commençait à se rendre compte de l'importance primordiale de la main-d'œuvre indigène, et l'on entrevoyait l'intérêt de la préservation des enfants des populations en général, notamment à l'égard de la variole.

La création d'un ministère des colonies et d'un service de santé autonome étaient le prélude de réformes capitales, dans l'ordre des services de l'hygiène coloniale, à la fois dans toutes nos possessions.

En Afrique les colonnes expéditionnaires des généraux Borgnis- Desbordes et Archinard ainsi que de leurs successeurs, étaient accompagnées de missions de vaccine. L'une de ces missions fut accomplie avec une diligence toute particulière par M. le médecin principal Collomb, et à partir de ce moment, les tournées de vaccine se multiplièrent dans le Soudan. Si elles ne furent pas toujours riches de résultats, si la variole demeura encore une cause de mortalité étendue parmi les populations de notre immense empire de l'Afrique occidentale, cela tint autant à l'insuffisance du nombre des tournées de vaccination et des médecins qui y étaient détachés, qu'à la difficulté sans cesse grandissante de les approvisionner en bon vaccin. Celui-ci, en effet, ne se conservait pas : en Afrique comme en Indo- Chine, le transport et la chaleur atténuaient son activité, et même, en plus d'un cas, le faisaient totalement disparaître. Problème difficile, mais paraissant résolu aujourd'hui en Afrique comme en Indo-Chine, comme il résulte du rapport ci-après de M. le docteur Houillon, médecin-major des troupes coloniales, qui a contribué dans une large mesure à améliorer le service de la vaccination en Afrique occidentale, Sénégal et Soudan.

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