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RAPPORT

DE M. LE DOCTEUR HOUILLON SUR LA VARIOLE ET LA VACCINE EN AFRIQUE OCCIDENTALE

La variole qui, chaque année, décime les populations indigènes de l'Afrique a été signalée sur de nombreux points, causant ça et là des foyers épidémiques. Les districts les plus éprouvés sont ceux qui, offrant une certaine densité de population, indemnes depuis un certain nombre d'années, ont vu se renouveler leurs générations infantiles.

La variole, en effet, frappe surtout les enfants. Il ne faut pas envisager le bas-âge comme une cause spéciale et unique de réceptivité, mais plutôt un groupement tout désigné de victimes, puisque bon nombre d'adultes sont mis hors de cause par une atteinte antérieure de la maladie ou par la m variolisation ».

Cette mortalité infantile pourra et devra diminuer de jour en jour, au fur et à mesure des améliorations apportées dans l'hygiène publique et privée.

La lutte contre le paludisme, autre ennemi de l'enfance, et l'organisation de l'Assistance médicale indigène seront, avec la vaccination obligatoire, trois moyens puissants capables de modifier le caractère d'insalubrité de nos possessions africaines.

Une erreur trop commune semble laisser porter aux seuls Européens tout le poids de cette insalubrité. Nous constatons, au contraire, par des connaissances plus approfondies et après une pénétration plus intime chez les indigènes, que ceux-ci sont sujets, comme toute la race humaine, à l'influence de bon nombre de maladies des pays tempérés. Et si, d'une part, ces populations semblent moins sujettes à certaines endémies tropicales, elles assument, d'autre part, tous les maléfices de quelques mauvais génies. La variole, entre autres, doit fixer nos préoccupations.

Il est superflu de préciser les limites des zones contaminées en 1903. L'endémie a été constatée sur les points les plus divers. Au Sénégal, dans nos territoires soudanais, dans nos colonies du golfe de Guinée, le concert de plaintes est unanime. Avec la plus grande libéralité, les administrations locales ont envoyé des missions de vaccine toutes les fois que le besoin s'en est fait sentir.

Les résultats positifs de ces tournées n'ont pas toujours été en rapport avec les sacrifices consentis, soit à cause des difficultés relatives au manque

de personnel médical disponible, soit à cause du vaccin qui, en pas

Alice dans la zone lot-ride, perd rapidement ses propriétés immunisantes.

Tris snnl les deux principaux obstacles à l'entreprise consistant à J bénéficier nos possessions africaines de lu découverte déjà ancienne qui a mis l'Europe et les pays civilisés à l'abri de la variole.

La première difficulté, d'ordre administratif» sera prochainement résolue par la création 9 admise en principe, d'un service de vaccine permanent chargé, dans les diverses colonies de l'Afrique occidentale, de la réalisation progressive et systématique de rinimunisalion jennérienne.

Le deuxième difficulté, d'ordre purement technique, a suscité depuis fort longtemps, avec l'appui des diverses administrations locales, les efforts individuels des chefs de service de saule et de nombreux médecins disséminés dans les postes, Sans s'étendre sur les particularités de leurs recherches, on peut dire quelles se rattachent a la production, dans la colonie même, et de la conservation d'ttne pulpe vaeeinale virulente capable de compenser, par ses qualités spéciales, les nombreuses causes d'à llcnua lion inhérentes au climat.

Par une technique opératoire bien conduite, on arrivera à fixer, dans les meilleures conditions possibles, les règles relatives : 1" au choix des animaux vacciniféres ; 2 à l'origine et à révolution de la pulpe; 3° à su conservation et à son transport*

L'indigène n'est pus autant qu'on l'a cru » réfractairc a la vaccine *. Cette appellation est impropre quand elle désigne sa répugnance invincible pour le procédé jennérien. Ko outre, elle est injustifiée, car l'indigène, très réceptif à l'égard du virus vaccinal, est aussi très désireux d'en recevoir les bienfaits. S'il hésite, c'est qu'il ignore; s'il doute, c'est qu'il a été témoin de trop d'insuccès.

Il nous appartient de lever hésitations et doutes par des preuves. C'est le résultat que nous obtiendrons par le groupement des ellbrts qui. au lieu d'être disséminés, procéderont dune même idée et d'un ensemble de moyens,

ii de légitimer cet espoir, il était indispensable d'être renseigne sur la valeur véritable du vaccin Indigène el sur la solidité de la confiance qu'il mérite comme base d\m système de vaccine permanent.

Celle expérience, conduite, depuis 1902, au Laboratoire de Saint-Louis, eu vue d'acclimater une race de vaet in indigène, a pu, après diverses phases, déterminer la possibilité d'une réussite complète. Le vaccin accli- Biaté est missi riraient ÇUC celni de France et moins sensible à l'action ftinesle d'une température élevée. Il est donc plus facilement t ta usp< niable. 11 parait aussi plus propice aux réenseineneements sur les races bovines de l'Afrique; tontes conditions capables d'assurer au médecin vaccinaient- un succès plus réconfortant.

Os données résultent des tournées île vaccine exécutées pendant le cours de Tannées 190S ( et d'une expérience tentée pendant les mots de» novembre) décembre et janvier derniers, qui consiste a répartir dans de

nombreux postes du Sénégal, du Soudan et de la Haute-Guinée, du vaccin préparé à Saint-Louis et à le réinoculer sur. des animaux du pays.

Les résultats furent des plus satisfaisants, aussi bien pour les séries de vaccinations humaines, à Kaédi, Kayes, Kita, Koulikoro, Ségou, Tombouctou, Dori, Djenné, Kouroussa, etc., que pour les réinoculations sur animaux, génisses et gazelles, susceptibles de renouveler, en cours de route, la provision du médecin vaccinateur.

D r Hocillox.

La situation à laquelle on semble avoir apporté en Afrique un règlement décisif, se résume, ainsi qu'on vient de le voir, en ce que Ton est certain, maintenant, d'avoir toujours du vaccin frais. Jusqu'en 1890 en Indo-Chine, et jusqu'en 1904 en Afrique, on usait du vaccin en tubes, expédié de France, et on avait de nombreux insuccès; car, nous l'avons dit, soit vieillissement, soit action de la température et altération consécutive, les pulpes expédiées dans les pays chauds perdaient toute activité. Aussi, fallait-il inoculer et réinoculer sans cesse pour récolter de maigres résultats.

Il est vrai que, dans les cercles du Haut-Sénégal et du Soudan, comme dans les arrondissements annamites, on pouvait recourir à la vaccination de bras à bras, dès qu'on avait pu réussir à inoculer heureusement quelques enfants d'un village. On suppléait ainsi, dans une certaine mesure, au manque ou à l'infidélité du vaccin envoyé de France. Et aujourd'hui encore c'est le moyen en usage en cas d'insuffisance d'approvisionnement.

Dans cette situation difficile, qui retardait et paralysait pour ainsi dire l'œuvre de la vaccination indigène, il fallait chercher autre chose. Il élait urgent de tenter sur place la fabrication du vaccin, en essayant les aptitudes vaccinifères des espèces animales de nos colonies tropicales. Or cette entreprise se trouvait liée à un vaste programme d'institutions hygiéniques déjà projetées en 1889, et dont la réalisation était alors imminente.

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