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INSTITUTS PASTEUR COLONIAUX

C'est en effet vers la fin de 1889, au moment où s'opérait la séparation des colonies d'avec la marine et où s'élaborait entre les deux ministères le décret portant constitution du corps de santé des colonies, que furent prises les premières mesures dans le but d'améliorer l'hygiène de nos possessions. Le médecin en chef de la marine qui allait prendre la direction du nouveau service médical comme président du Conseil supérieur des colonies, avait conçu le projet d'établir, à Saigon d'abord, et successivement à Saint-Louis du Sénégal, à Hanoï et à Nouméa, des instituts organisés d'après les principes de l'Institut Pasteur de Paris. Ces établissements devaient étudier lies meilleurs procédés pour obtenir sur place le vaccin animal, et, en outre, assurer immédiatement la vaccination contre la rage.

Ils devaient enfin étudier les causes de la diarrhée et du choléra en Cochinchine, celles des fièvres en général et de la fièvre jaune en particulier au Sénégal, celles de la lèpre en Nouvelle-Calédonie.

Mais il [fallait nécessairement sérier ces créations. D'une part, en effet, le personnel du nouveau corps de santé des colonies n'était pas assez nombreux pour qu'on put en distraire, dès janvier 1890, le chiffre d'officiers nécessaires au fonctionnement de ces laboratoires sans porter préjudice au service hospitalier proprement dit : et, d'autre part, nous ne possédions pas encore de médecins assez spécialisés en microbiologie pasteurienne pour aborder les études complexes qu'avait conçues l'Inspection générale du service de santé.

Enfin, malgré toute la bonne volonté de l'administration centrale, qui était acquise en principe à ces créations, il fallait compter avec les difficultés budgétaires. Le président du Conseil supérieur de santé des colonies proposa en conséquence de se borner, pour 1890-91, à fonder l'Institut bactériologique de Saigon, et d'échelonner les autres créations similaires sur d'autres exercices financiers.

Puis, comme il fallait se préoccuper du personnel de ces laboratoires, l'Inspection générale fut autorisée par le ministre h faire

passer successivement un certain nombre de médecins coloniaux par l'Institut Pasteur de Paris. Un accord, résultant d'une correspondance officielle, intervint dans ce sens entre l'illustre Pasteur et le ministre. Au reste, tout était prêt pour la fondation de l'Institut de Saigon. Le médecin choisi, sur la proposition même de Pasteur, était un élève distingué du maître. C'était M. le docteur Cal mette, aujourd'hui directeur de l'Institut Pasteur de Lille et professeur à la Faculté de Médecine. Parti en avance, dès décembre 1889, pour préparer son installation, tout le matériel nécessaire suivait presque en même temps, et dès le 15 février 1890 l'Institut s'ouvrait sous sa direction.

A peine fondé, l'Institut de Saigon pratiqua d'abord la vaccination antirabique, car la rage est fréquente en Extrême-Orient. Bientôt le D r Calmette eut la satisfaction de voir venir à lui des malades accourus, non seulement des points les plus distants de l'Indo-Chine, mais encore des malades envoyés des colonies étrangères voisines ; tant fut grande, de suite, la confiance inspirée par le nouvel établissement.

Mais M. Calmette, étendant toujours le cercle de son activité, recherchait les moyens d'obtenir du bon vaccin, en dehors de la génisse chez laquelle les résultats n'étaient pas constants. Il eut l'idée d'inoculer des bufflons. C'était le problème résolu. Le centre vaccinogène de Saigon était définitivement fondé, et dès 1892, l'Inspecteur général du service de santé au ministère des Colonies pouvait communiquer à la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle les heureux résultats de son collaborateur, qui remédiaient enfin aux risques d'insuccès que faisait courir le vaccin envoyé de France et altéré en cours de voyage. Ainsi se trouvait constituée une nouvelle et importante branche des services de l'Institut Pasteur de Saigon.

Trois ans plus tard, en 1894, à la demande de M. Pasteur, l'Inspecteur général du service de santé des colonies proposait au ministre l'envoi au Tonkin et à Hong-Kong de M. le D r Yersin, chargé d'étudier la peste, qui menaçait l'Indo-Chine.

On sait que M. Yersin découvrit, a\ec Kitasato, le bacille pesteux et que, le premier, il obtint un sérum curatif avec ce bacille. En même temps, ou peu après, ce savant élève de Pasteur, qui avait été admis dans le corps de santé colonial deux années auparavant,

entreprenait des recherches sur certaines épizooties qui décimaient et menaçaient d'anéantir le bétail de l'Annam. C'est de cette rencontre d'études qu'est né le second laboratoire de l'Indo-Chine à Nhatrang (1896). Cette création, conforme au programme tracé par l'Inspection générale en 1891, clôturait dignement cette période de cinq années, la plus féconde qu'ait connue le service de santé des colonies.

En effet, les Instituts de Saigon et de Nhatrang, ont contribué dans une mesure considérable à donner à l'Indo-Chine une sécurité sanitaire qu'elle ne connaissait pas. Outre la diarhée endémique, le choléra, la dysenterie et les fièvres que les études de ces laboratoires ont aidé encore à mieux connaître, et contre lesquelles ils ont suggéré des moyens prophylactiques, la variole a trouvé dans l'Institut de Saigon une source de vaccin toujours actif et incessamment renouvelable, et Nhatrang assure la Cochinchine, l'Annam et le Tonkin d'un approvisionnement toujours prêt de sérum préventif et curatif de la peste.

Aujourd'hui que le succès et le temps ont consacré cette œuvre laborieuse, il faut rendre hommage à ceux qui y ont donné tout ce qu'ils avaient de science et d'énergie. Il nous plaît de rappeler ici les services rendus à l'organisation sanitaire de nos colonies par les courageux ouvriers de la première heure, et en particulier par MM. Calmette et Yersin. Ces services leur ont valu des titres éminents dans la science, et, en oulre, une estime justement acquise dans l'hygiène sociale. Il n'est pas inutile d'ajouter aux mérites plus parti culier de l'un deux, M. Calmette, le dévouement, l'activité et la valeur technique qu'il déploie au premier rang dans la lutte générale contre la tuberculose.

Rien ne montre mieux l'étroite solidarité de la science que celte activité qui, depuis 1890, unit dans même effort la France et ses colonies. Rien, non plus, ne justifie avec plus d'éclat la création du corps de santé des colonies, dont on trouve aujourd'hui les membres les plus distingués, côte à côte avec leurs plus éminents maîtres ou collègues de la métropole, daiis la marche du progrès médical. Aux instituts pasteuriens de Saigon et de Nhatrang se rattachent, en effet, par une filiation directe et immédiate, comme continuateurs du programme de 1890, une suite interrompue de missions scientifiques et

d'institutions d'hygiène sociale. C'est d abord la mission de M. le médecin principal Simond, à Bombay, pendant la peste ; puis la mission de M. le médecin principal Marchoux au Sénégal, relative au paludisme et à la fièvre jaune ; puis enfin, leur mission commune et associée de Rio-de-Janeiro, issue des précédentes, où leurs recherches périlleuses sur la fièvre jaune ont abouti à des résultats qui leur font le plus grand honneur. Puis vint le laboratoire bactériologique de Saint-Louis du Sénégal, installé par M. le D r Marchoux en 1896, où se cultive aujourd'hui le vaccin animal destiné à toute l'Afrique occidentale ; puis le laboratoire de Tananarive qui eut pour premier objectif la défense contre la peste (M. le D r Thiroux, médecin-major des troupes coloniales) ; puis enfin le lal>oratoire d'Hanoï, de création plus récente, qui complète les instituts de Saigon et de Xhatrang. Enfin, il n'est pas une colonie, aujourd'hui, où n'existe un laboratoire de clinique, souvent associé à un laboratoire de chimie, où viennent se joindre aux recherches purement médicales les études de cultures ou les analyses les plus minutieuses des pharmaciens des troupes coloniales. Car il est juste, il est légitime de mentionner ici avec éloges les travaux pratiques de ces officiers du corps de santé, et de mettre en bonne place leur contribution aux progrès de l'hygiène coloniale. Les pharmaciens des hôpitaux coloniaux, collègues des médecins chefs de service dans les salles de malades ou dans les laboratoires de recherches microbiologiques et chimiques, rivalisent avec eux de zèle dans l'œuvre d'assainissement et de préservation coloniale.

En terminant cet exposé, qui montre par quelles étapes difficiles a passé l'organisation sanitaire des colonies pour parvenir à la situation prospère où nous la trouvons aujourd'hui, nous devons mentionner une réforme récemment introduite dans le fonctionnement des Instituts bactériologiques de Saigon et de Nhatrang. Elle marque très certainement un progrès nouveau, mais qui était, on doit le dire, fatalement inscrit dans leurs origines. C'est la dernière phase de leur développement, comme établissements de hautes études de bactériologie tropicale.

L'union entre les laboratoires coloniaux et l'Institut Pasteur de Paris, qui s'était établie dès 1890, sur le terrain scientifique, grâce au bienveillant appui que l'Inspecteur général du service de santé des c 4 J

colonies n'avait cessé de trouver auprès de M. Pasteur et de savants collaborateurs MM, Duclaux el Roux, celle union devait un jour devenir plus étroite encore. L'Institut Pasteur, d'où étaient sortis tous les médecins des colonies qui dirigèrent successivement les laboratoires de Saigon et de Nhatrang, désireux d'éviter la déperdition des forces que l'isolement lointain de ces établissements pouvait entraîner à la longue, et aussi, pensons nous, pour assurer leur direction et leur fonctionnement en dehors de toute action étrangère à la science, est entré l'année dernière (1904) en pourparlers avec le Gouvernement général de l'Indo-Chine, aux fins d acquérir et de rattacher tes deux instituts à l'Institut Pasteur de Paris. Le Conseil supérieur de l'Indo-Chine, saisi de ces propositions» les a accueillies favorablement à la date i\u 10 août 1904.

Nous reproduisons ei-aprcs le rapport de la deuxième Commission du Conseil supérieur de l'Indo-Chine, el le contrat qui lui fait suite, intervenu entre MM. Rroni, secrétaire général du "Gouverneur général d'une part, el M. Boun , directeur de J'Instiliil Pasteur de Paris, d'autre pari; contrat sanctionné par M. Beau» gouverneur

rai.

Cet accord, qui vise le Laboratoire bactériologique de Nhatrang, sera incessamment étendu à ('Institut de Saigon (1). Par suite, la direction des études faites depuis 1801 dans ces établissements, et qui

résultait du concours que l'Institut Pasteur prêtait à l'Inspection tlérate 'lu service de santé , est cl sera exclusivement réservée, dans l'avenir, aux directeurs de l'Institut Pasteur de Paris. Nous croyons que l'œuvre commencée en 1891 par l'Inspection générale du service de santé, et si brillamment soutenue dans les années suivantes mais compromise par les fautes administratives de 1896, ne pouvait recevoir une consécration plus fructueuse au point de vue scientifique soeifri, En effet, depuis l8B7j ces laboratoires étaient menai

par I altération des conditions premières de leur existence, d'échapper à la Direction technique du Corps de santé colonial pour tomber peu à peu au rang d'entreprises locales et d'exploitations partieulières, agricoles ou commerciales,

Les actes qui suivent ont doue été un sauvetage.

Voici, maintenant, les textes (jui établissent la nouvelle organisation :

(1) Réalisé par décret du 9 septembre 190j, utl moment du tirage de cette Notice.

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