DE SAIGON ET DE NHATRANG
Parmi les institutions scientifiques dont l'Indo-Chine est dotée, il n'en est point qui ait rendu et qui puisse rendre de plus précieux services que les établissements bactériologiques de Nha-Trang et de Saigon. En dehors de la préparation de certains vaccins et sérum s contre la peste, la variole, la rage, etc., etc., ces instituts concourent encore brillamment et utilement aux progrès de la science par les savantes recherches qui se poursuivent dans leurs lalxmitoircs, et qui ont été déjà couronnées de remarquables succès. La découverte du sérum anti-pesteux, la détermination ainsi que la différenciation de la peste bovine et des épizooties similaires, et autres résultats dont l'application offre des avantages incalculables et dont l'éclat honore grandement la science française sont le fruit du développement logique et progressif des théories et des méthodes pasteuriennes.
Aussi, a-t-il semblé que les sacrifices consentis par la colonie pour l'entretien de ses établissements bactériologiques pourraient être plus féconds encore si ces fondations étaient placées sous la direction immédiate de l'Institut Pasteur de Paris, centre scientifique où se coordonnent les résultats des travaux de microbiologie entrepris dans le monde entier. Leur incorporation à ce puissant organisme aurait pour effet d'éviter la dispersion des efforts, et d'assurer la continuité dans la direction et le contrôle de leurs études. Les recherches scientifiques sur les épidémies et les épizooties des pays d'Extrême-Orient
seraient poursuivies parallèlement en fado-Chine et à Pan auraient ainsi plus de chances d'aboutir promptement.
rattachement a l'Institut Pasteur de Paris des établissements bactériologiques de Saigon et de Nha-Trangj qui répond à un intérêt scientifique supérieur, peut être, en outre, pour la colonie, une heureuse combinaison financière. Bien que l'Institut Pasteur se soit toujours effectivement intéressé au développement de ses liliales dlndo-Cbîne et ait largement contribué à leur prospérité en leur fournissant à titre gracieux du matériel et en formant les préparateurs qui s'y sont succédé, les dépenses d'entretien de ces établissements grèvent assez lourdement le budget général.
Les crédits Inscrits au budget de 1904 se sont élevés pour Nba- TrangA 29.450 piastres, et pour Saigon à 26.590 piastres, soit au total 60.040 piastres.
A ces sommes, il convient d'ajouter le pris des sérums achetés France, au compte des divers budgets locaux, et qui, pendant cerlaii années, ont atteint des chiffres très importants.
Or, en prenant la direction de ces établissements, l'Institut Pasteur
de Paris assumerait tous les Irais de leur fonctionnement et de leur
entretien, moyennant l'allocation d'une subvention annuelle de 150.000 francs (soit 75.000 francs pour chaque fondation) compensée
par la lbuniiture gratuite : 1" du vaccin antirabique nécessaire à la Cochinchine - du vaccin jennerieu nécessaire aux besoins de la Colonie; 9° de toutes espèces île sérums et île vaccins préparés par rinstitut Pasteur de Paris, jusqu'à concurrence d'une valeur de cent mille francs.
Deux projets de contrats ont été préparés, cl sont déjà revêtus de la signature de M. le docteur Houx, directeur de (Institut Pasteur, qui a été autorisé à cet effet par le Conseil d'administration de cet établissement. Le ministre des Colonies a donné sou approbation de principe L'un de ces actes concerne l'Institut de Nha-Trang, l'autre celui de Saigon* Les deux contrats sont établis sur des bases analogues, et leurs clauses principales sont les suivantes :
Le gouvernement général de l'Indo-Chine vinh* à bail à rinstitut Pasteur de Paris, moyennant Un loyer annuel de un franc, les terrains et immeubles des instituts bactériologiques. 11 lui lait abandon de tout le matériel existant : meubles, approvisionnements, Instruments, animaux.
Il s'engage à verser annuellement, pour chaque établissement, une subvention de 75.000 francs.
Le personnel sera choisi par l'Institut Pasteur de Paris, avec l'agrément du ministre des Colonies et du gouvernement général. Il pourra comprendre des officiers du corps de santé des colonies.
Les recherches poursuivies dans les Instituts de Saïgon et de Nha- Trang, sous la direction de l'Institut Pasteur de Paris, devront être dirigées en vue de résultats d'une application utile à l'Indo-Chine française.
Toutes les dépenses de personnel et de matériel seront supportées par l'Institut Pasteur de Paris, à l'exception des frais de passage de France en Indo-Chine, et vice-versa, du personnel européen.
L'institut bactériologique de Saïgon assurera le service antirabique en Cochinchine, et fournira gratuitement la colonie de vaccin jennerien. L'Institut Pasteur de Paris livrera annuellement à l'Indo- Chine, à titre gratuit, toutes sortes de vaccins et sérums préparés par lui, jusqu'à concurrence d'une valeur de 100.000 francs. Pour l'exécution de cette clause, la valeur estimative de chaque espèce de sérum ou vaccin fera l'objet d'un accord ultérieur.
Si le montant total des demandes du gouvernement général, pour une année, dépasse la somme de 100.000 francs ci-dessus fixée, les quantités de sérum ou de vaccin livrées en sus seront cédées par l'Institut Pasteur au prix de revient.
La durée de la convention est fixée à trente années, avec faculté de renouvellement par voie de tacite reconduction, et sauf dénonciation par l'une des parties, pour raison majeure, et au moins un an à l'avance.
Les deux établissements de Saïgon et de Nha-Trang auront le même directeur et le même administrateur. On réalisera ainsi, en assurant l'unité de leur direction, une notable économie de personnel.
Le contrat établi sur ces bases pour la cession de l'Institut bactériologique de Nha-Trang, contrat dont le texte est ci-annexé, peut être immédiatement signé et mis à exécution. En ce qui concerne l'Institut Pasteur de Saïgon, les circonstances imposent l'observation d'un certain délai avant sa cession définitive (1). Il est, en effet, actuellement procédé au transfert des services de cet établissement dans les
1 ) Cette cession a été consacrée définitivement par un décret du 9 septembre 1905, par conséquent au moment même du tirage de cette Notice.
nouveaux locaux achetés pour cette affectation, et le programme des travaux d'aménagement nécessaires, pour lesquels l'administration prévoit une dépense d'environ 25.000 piastres, n'est pas encore irrévocablement arrêté. Il est donc indispensable d'attendre, pour pouvoir préciser, comme le prévoit le projet de contrat, les conditions d'installation dans lesquelles se trouvent les immeubles cédés, l'achèvement de ces travaux.
Mais si les détails d'exécution de la convention à intervenir doivent être différés, rien ne s'oppose à ce que la question de principe soit, dès à présent, tranchée, et à ce que des engagements fermes soien t pris à l'égard de l'Institut Pasteur de Paris, pour lui garantir, dans des conditions analogues à celles adoptées pour Nha-Trang, la cession prochaine de l'Institut Pasteur de Saigon. Pour bien marquer son désir de réaliser la fusion des deux établissements bactériologiques de l'Indo-Chine sous le contrôle de l'Institut Pasteur de Paris, représenté dans la colonie par M. le docteur Yersin, l'administration pourrait dès à présent, confier à ce savant, qui est déjà à la tête de l'établissement de Nha-Trang, la direction de celui de Saigon. M. le docteur Yersin ox\ assurerait le fonctionnement technique et administratif : et le gouvernement général continuera provisoirement à en supporter les charges, jusqu'à ce que l'Institut Pasteur puisse être mis à même d'en prendre complètement possession : les dépenses du personnel commun aux deux établissements étant, jusqu'à cette date, payées en parties égales par l'Institut Pasteur et par la colonie.
Le 10 août 1904.