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ALGERIE ET TUNISIE

Bien que ces deux régions françaises de l'Afrique méditerranéenne soient, à tous les points de vue, étrangères aux conditions géographiques, climatériques et sociales qui caractérisent les colonies intertropicales, nous considérons cependant comme un devoir d'étudier leur régime sanitaire et d'indiquer les règles générales et supérieures qui lui sont applicables sous ce rapport.

Il existe en effet, dans ces deux colonies, une population de sujets indigènes juxtaposée à la population européenne. En Algérie et en Tunisie, comme à Madagascar et en Indo-Chine, comme au Sénégal et au Congo, le problème de l'assistance médicale à assurer par l'Etat se pose avec une égale acuité.

S'il nous paraît plus facile de le résoudre en Algérie et en Tunisie qu'ailleurs, cela tient uniquement à ce que les administrations de ces deux colonies ont, depuis longtemps déjà, pris l'avance sur le Ministère des Colonies et que, de bonne heure, en Algérie notamment, le Gouvernement général s'est préoccupé de la création d'un corps de médecins spécialement chargé du service de santé des indigènes.

Les principes sur les quels repose cette institution résident dans l'obligation morale que l'Etat français a contractée, du fait de l'occupation, d'assurer aux populations indigènes de nos colonies les bienfaits de l'assistance médicale et de l'hygiène. La protection de l'enfance, les soins aux indigents, la prophylaxie des épidémies, la salubrité des agglomérations, constituent la base même de cette assistance. Elle ne peut être fondée solidement que sur une administration médicale civile, exclusivement appliquée à ces fins.

Peut-être pourru-t-on penser qu'on n'est pas allé assez \ite dans ecitt* voie d'humanité el de prévoyance sociale, malgré tout ee qui ailé déjà (ait. CeU, sans doute, a tenu autant aux traditions purement militaires el administratives qui pèsent sut nous, qu'aux résistances aveugles que nous opposons d'ordinaire aux dépenses d'ordre scien- Kifique ehsurtout médical et hygiénique.

Nous n'irons pas chercher des comparaisons à l'étranger et nous jugeons superflu, notamment, de mon lier avec quel souci de sa responsabilité l'administration anglaise a tenu à organiser le Médical civil scrnirc des Indes Nous ferons seulement remarquer qu'il est de toute importance pour nous de donner à nos indigènes l'assistance médicale qui leur est utile, pour ne pas dire indispensable. On peut même affirmer que nulle obligation morale ne s'impose davantage à la Métropole, que celle de faire participer nos sujets aux progrès de

l'hygiène. C'est, pensons-nous, non seulement un devoir d'humanité el par conséquent un devoir de morale générale, mais c'est encore a\w nécessité de bonne politique. Les indigènes, en Algérie connue partout, manifestent une grande confiance en la médecine des Européens. Les pratiques grossières de leurs rehou leurs, sorciers ou magiciens, auxquelles, d'ailleurs, ils ne se foi d pas faute de recourir h l'ordinaire, ne résistent pas à l'épreuve. Dès qu'ils ont le choix, et dès surtout que le charlatan indigène na pu tirer les malades d'affaire, ceux-ci accourent a la visite du médecin européen. La comparaison même

résultats sert à aecroilre le prestige de la médecine scientifique et rafionnnlistc. Sans doute les indigènes diffèrent de nous par un elîaeement singulier de l'énergie devant la maladie, qu'ils acceptent comme une manifestation de la volonté divine. El souvent, pour ce qui touche l'individu, on peut constater sou peu dVmpresssement a se soigner. Mais ce même individu, résigné à son sort, et Croupissant au hesoiu dans les horreurs d'une lèpre ou d'une syphilis ulcéreuse ou dans la consomption dune tuberculose ou d'une dysi h i ricv nous pouvons le voir s'alarmer pour ses enfants, trembler pour eux, se lamenter et chercher le secours prochain» Tableau arabe ou tableau annamite, c'est le même, ei cVsi le même aussi jusque dans les peuplades les plus incultes de l'Afrique équatoriale, malgré les touches différentes el les nuances qu'y apportent les degrés divers de civilisation.

Kt alors ce fataliste, cet être anéanti devant la majesté d'un

Dieu méchant, recourt aux incantations liturgiques de son culte* Il couvre d'amulettes ta poitrine de l'être qui lui esi cher, remine ou

enfant ; il le livre aux marabouts, aux thehîbs, aux griots some Il suspendra, sur leurs conseils, un caméléon ou un crapaud CTCVé au cou du malade, dans l'espérance chimérique que la putréfaction

de l'animal emportera le génie malfaisant de la maladie.

C'est à ces pratiques abominables et déconcertantes d'un charlatanisme meurtrier aidant que primitif qu'il est du dev< sciences européennes d'arracher les population* indigènes que nous devons proléger et instruire, puisque nous les avons conquises. El c'est aussi à ce sentiment de la vie, à ce désir de se soustraire et de islraire les siens à la cruauté du mal, que nous retrouvons même sous l'apparente soumission de l'homme a la fatalité, quïl est moral, juste et utile de donner la plus ample satisfaction.

Nous croyons encore qu'il ne faut pas apporter, dans l'administration salutaire de nos indigènes, un esprit étroit de dédain et un calcul mesquin d'intérêts budgétaires. Il convient au contraire d'apporter dans nos relations avec les peuples dont nous avons assumé la charge, le culte large de la philosophie. Il serait bon de leur montrer que les sentiments de solidarité el d'assistance que noua manifestons en toute occasion ne sont pas seulement des paroles et de vains ornements de notre civilisation, Il y a des esprits qui, Volontiers, considèrent comme des élres inférieurs les indigènes de nos possessions, et qui ne voient en eux que des sujets à exploiter et a maintenir dans l'obéissance. Il y en n d'autres au contraire qui, jugeant avec l'histoire de L'humanité et de la civilisation, les veulent tirer de l'obscurité intellectuelle, se proposent de les affranchir du despotisme des passions farouches de l'animalité, et progressivement d'en faire des peuples organisés, pacifiques et utiles a l'avenir du

monde.

Kl murs pensons que ceux-là ont raison. Certes, il est inutile de chercher a savoir ce qu'il pourra advenir, dans l'avenir des siècles, du rapprochement et du mélange de nues si différentes de structure. Au point de vue organique, l'histoire et l'ethnographie comparée nous montrent, etl effet, l'instabilité des types et leur mélange incessant

travers l .et il est vain de croire encore, pour l'homme

la fixité des espèces. Tout marche donc, invinciblement, vers une (lion moyenne, c'est-à-dire vers une humanité physiologiquenienl

conslituée non d'éléments vainqueurs, mais de participants fusionnés. Seulement, cet avenir est si éloigné, qu'il paraît en quelque sorte irréalisable à ceux qui n'envisagent le monde qu'avec les lumières du présent, et c'est pourquoi l'empire des préjugés de races est encore si puissant sur les esprits.

Ces préjugés se soutiennent d'ailleurs autant par les lacunes de l'éducation morale, que par l'instinct un peu impertinent d'une supériorité de culture. Certains économistes et certains politiques ne semblent voir dans les races indigènes des contrées tropicale» quelles éléments appelés à disparaître devant les Européens, et dont il importe' infiniment peu de ménager la survivance. Plus tôt la phtisie ou le typhus, la peste ou le choléra les auront anéantis, et plus tôt le règne bienfaisant de l'homme blanc sera assuré. Étrange erreur contre laquelle s'inscrit l'inaptitude des Européens au travail tropical et que dénoncent les besoins pressants, urgents, impossibles à satisfaire, en certaines colonies, de nombreux ouvriers agricoles ! Plus, au contraire, pensons-nous, seront protégées les races indigènes, plus elles seront défendues contre les causes de décadence et de ruine, et plus grandira la prospérité des colonies.

A notre avis donc, il convient de multiplier les institutions sanitaires dans nos possessions. Loin d'y limiter parcimonieusement les secours de l'hygiène, nous sommes de ceux qui en voudraient faire la base de notre mission civilisatrice. Non seulement nous mettrions le médecin de l'État à la portée de tous les besoins indigènes, mais encore nous ferions de ce médecin l'agent même de l'administration directe dans les districts les plus inaccessibles.

Faidherbe, autrefois, l'avait tenté avec succès dans certains postes éloignés de la Sénégambie, et il n'avait eu qu'à se louer de celte initiative. C'est un exemple à méditer, et un précédent à suivre.

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