‹ Organisation sanitaire des colonies: progrès réalisés - progrès à faireChapitre 8 sur 31 · DE LA NÉCESSITÉ DUNE RÉORGANISATION · texte numérisé non relu

DE LA NÉCESSITÉ DUNE RÉORGANISATION

Par le Docteur Paul CLAVERIE

Médecin de Colonisalion A El-Kscur

Le rôle des médecins de colonisation en Algérie s'est, depuis quelques années, tellement élargi et modifié, les conditions de fonctionnement de ce service ont, depuis la création du corps, et en particulier depuis le décret organique de 1883, tellement changé, que le vieux cadre craque de tous côtés et que l'organisation ne répond plus aux besoins du service : de lu des heurts, des à-coups aussi préjudiciables aux intérêts du public qu'aux intérêts personnels du médecin. ,

Le mot même ne répond plus qu'imparfaitement à la chose. Médecin de colonisation : ce titre seul montre le but que se proposait le législateur de 1883.

A cette époque, cet organisme a été créé uniquement en vue de faire bénéficier les centres européens de colonisation des soins médicaux et de poser les bases d'une assistance publique à peu prés exclusivement réservée aux européens habitant les centres de nouvelle formation et aux indigènes du voisinage immédiat ou habitant les centres mêmes. C'est évidemment avec ce seul objectif et ce seul but, c'est dans cet unique esprit que le décret d'organisation de 1883 a été conçu et pris, c'est en vue de ce service parfaitement limité que les circonscriptions médicales de colonisation ont été établies. Cela est parfaitement évident.

Les avantages et émoluments attachés à ces postes ont été calculés d'après les charges incombant aux médecins a cette époque et fixés à une quotité en rapport avec les conditions d'existence d'alors.

Aujourd'hui, la somme des services exigés des médecins de colonisation s'enfle de toutes parts, et il faut reconnaître qu'à l'heure actuelle on ne peut, dans ce que l'on demande aux médecins de colonisation, s'appuyer sur ce décret de 1883 qu'en en forçant le texte.

La création de l'assistance publique aux indigènes, venant s'adjoindre à l'assistance publique aux colons et aux multiples obligations profession-

nellcs du médecin de colonisation, rend caduc notre statut organique de 1883, tant le rôle du médecin se trouve accru et modifié.

L'interprétation de ce statut, forcément faussé aujourd'hui dans son esprit et dans sa lettre, ne peut qu'être le point de départ de malentendus et de conflits préjudiciables à la bonne marche du service.

Pour faire face aux nouvelles exigences que crée ce service destiné à grandir tous les jours, on a bien augmenté d'un certain nombre d'unités le cadre des médecins de colonisation. Mais il est pour nous certain que, même avec cette augmentation, ceux-ci ne pourront remplir les obligations que l'on exige d'eux, qu'autant que l'on se décidera à s'engager dans des réformes nécessaires et à aller jusqu'au bout de ces réformes.

Tout d'abord une remarque s'impose : voilà un corps de fonctionnaires qui n'a pas d'existence propre ; il est amorphe, acéphale ; tous les médecins de colonisation ont un service analogue, facile à centraliser : or, il n'y a chez eux aucune cohésion ; eux, dont les intérêts sont tellement solidaires les uns des autres, sont sans lien de corps entre eux ; il n'y a pas d'impulsion une, la direction vient de tous les côtés, même de ceux d'où elle ne devrait pas venir ; des obligations professionnelles de plus en plus nombreuses sont exigées d'eux sans qu'il y ait unité de direction réelle ; tel service leur est imposé sous telle forme, quelquefois à peu près matériellement impraticable, sans que leur avis leur ait été demandé ; il n'y a aucune règle précise dans l'avancement, aucune règle dans l'attribution des postes vacants, et le médecin de colonisation, balloté par des influences diverses et trop souvent étrangères à sa profession, talonné d'autre part par le besoin de vivre, ne sachant où finissent ses devoirs et où commencent ses droits, voyant ceux-ci diminuer de jour en jour tandis que grandissent démesurément ceux-là selon la volonté du moindre détenteur de l'autorité administrative; le médecin de colonisation, dis-je, alors se décourage et finit par opposer la force d'inertie dans un service où on ne lui laisse aucune initiative, tandis qu'il en garde la responsabilité.

Aussi nous paraît-il de toute évidence que le corps des médecins de colonisation a besoin d'une refonte sur de nouvelles bases, qu'il faut en faire une entité réelle, une chose qui se tienne, et non le laisser telle une pâte informe, malléable à volonté dans la main de quiconque se trouve investi de la moindre parcelle d'autorité et qui, avec les meilleures intentions du monde souvent, imposera ou voudra imposer ses vues dans une matière où il est manifestement incompétent. Sinon on découragera les meilleures volontés, on éteindra toute initiative, on annihilera toute énergie, on éparpillera inutilement des forces qui, groupées et bien dirigées, ne demanderont qu'à faire de bonne besogne. 11 faut une règle dans l'avancement, une règle dans les mutations et l'attribution des postes, une règle dans la direction, une direction elle-même autonome le plus possible et autorisée parce que professionnelle. 11 faut qu'une direction unique, inspirée des idées si hautes de M. le Gouverneur général, infuse un esprit nouveau, un souffle nouveau dans le corps des médecins de colonisation

réunis en un groupement homogène ; il faut que le nouvel organe soit adapte à sa nouvelle fonction dont l'importance est aujourd'hui devenue telle que les services rendus peuvent être immenses.

Mais cela ne se peut qu'à la condition qu'il y ait une méthode, un plan, un esprit de suite dans l'application et que les idées venues d'en haut soient appliquées dans un sens pratique, que chacun soit a sa place et dans son rôle.

Le médecin de colonisation, dirigé et soutenu par un chef pris dans son milieu, doit avoir, avec la responsabilité, la direction de son service autant que cela est compatible avec les attributions des fonctionnaires qui l'entourent. Il faut que le médecin soit plus indépendant de son entourage et plus dépendant d'une direction supérieure et autorisée; ses attributions, ses devoirs et aussi ses droits doivent être nettement définis.

Alors on pourra lui demander beaucoup et en obtenir beaucoup, surtout si l'on va jusqu'au bout logique de la voie où l'on s'est engagé aujourd'hui pour l'assistance des indigènes, problème qui devait un jour se poser et qu'il appartenait à l'esprit si large et si humain, dans le grand sens du mot, de M. le Gouverneur général de tenter de réaliser. Cet aboutissant logique de la réforme commencée est la création à côté et sous la direction des médecins de colonisation et communaux, d'un corps de médecins, d'aide-médecins indigènes. Et je dirai plus loin comment je comprends ce neuveau rouage.

Et alors on verra combien seront d'une application facile les idées actuelles, quel fruit on en tirera et le bien qu'il pourra en résulter.

Tandis qu'actuellement, il faut avoir le courage de le dire, telle qu'apparaît la mise en pratique de ce programme si séduisant, il n'en résultera que peu de bien parce que les mesures présentées ne sont pas marquées au coin d'un esprit pratique suffisant ; elles sont pleines de bonnes intentions mais irréalisables ou à peu près. Or, en pareille matière, ne pas réussir est grave, c'est voir se refermer pour longtemps l'esprit des indigènes qui commence à peine à s'ouvrir.

On ne saurait trop insister sur ce point qu'aujourd'hui, de parles nécessités créées par les changements apportés en Algérie dans le rôle du médecin de colonisation, de par les modifications survenues en vingt ans dans les conditions générales de la vie en Algérie, par l'entrée de la masse des indigènes dans l'orbite du service médical français de la façon dont la comprend M. le Gouverneur général, une refonte du corps est urgente. Il faut en faire l'unité administrative, lui donner une autonomie, une existence propre sous la direction d'un médecin doué autant de qualités professionnelles que de qualités administratives pour voir de haut et d'ensemble et mettre la machine en mouvement. Ainsi le médecin, connaissant ces droits et conscient de ses devoirs, sera heureusement soustrait aux influences trop souvent tatillonnes pour ne pas dire plus d'autorités trop procoes,et aussi aux influences politiques aussi délétères que les autres et auxquelles actuellement, çn sachant où se raccrocher, le médecin n'est que trop porté à se livrer.

Chaque praticien aura alors conscience qu'il coopère utilement et en toute sécurité, pour sa propre part, à une œuvre bien défini sentira

partie intégrante d'un tout bien lié, «l'un corps homogène; il faut en un mot, que les médecins de colonisation se sentent tes coudes, qu'il y ait non seulement des médecins de colonisation, mais un corps de médecins de colonisation comme il y a un corps de médecins de la marine de l'État, comme il y a un corps de médecins des colonies. Tout organisme (et le nôtre ne saurait faire exception à la règle) dont les fonctions se développent, doit

presser vers une distribution plus intégrée, plus définie, plus cohérente des forces en mouvement.

Et il ne s'agit pas là d'une mesure ou plutôt d'une réorganisation n'inlesant que les médecins de colonisation pour l'amélioration de leur Letton, mais d'une refonte nécessaire à la bonne marebe du service t la réalisation du programme élaboré parle lumvcrnenicnt général.

Kotlf sommes aujourd'hui arrivés à cet instant critique où l'organe ne répond plus à la fonction, et Je crois fermement que de la réorganisation que je préconise dépend le succès des réformes voulues par le Gouvernement général.

Et cette réorganisation ne sera efficace que si elle a pour complément la Stion d'un corps aides-médecins indigènes placée sous la direction des médecins de colonisation et dont nous étudierons plus loin les conditions de formation.

On trouvera peut-être que j'ai insisté trop longuement sur la néecï d'un directeur du service médical; mais ma conviction que cette mesure est indispensable est si forte, que je n'ai pas hésité à nie répéter pour tâcher «le la faire partager.

J'ai dit plus haut qu'actuellement les mesures prises en exécution du programme dont les grandes lignes ont été fixées par M, le Gouverneur général allaient* en grande partie, à mon avis et selon l'avis de beaucoup, a rencontre du but poursuivi, parce que. dans la réalité, leur application prèscrite par des circulaires qui veulent trop embrasser pour bien étreindre, est hérissée de telles difficultés qu'elles sont obligées de rester lettre morte et déconcertent le praticien doué de la meilleure volonté*

Or, dans une telle question et dans nue telle réforme, échouer dans la pratique, c'est lu ruine du prestige t\u médecin et de la médecine française pour de longues années, comme je le disais précédemment. 11 faut que l'Indigène voit clairement le bien qu'il relire des médicaments qu'on lui prodigue, et des consultations et des conseils que lui donne le médecin. Dans SOU esprit éminemment simpliste, l'indigène ne voit que le fait brutal. Pour lut, à chaque maladie correspond dans l'arsenal thérapeutique du médecin français, te médicament appropriée la maladie et qui doit le guérir immédiatement II y a à ce point de vue toute une éducation à lui faire, tout un enseignement à lui donner. Le médecin de colonisation, dans I actuel des choses, ne peut pas le donner, cela lui est matériellement impossible; il faut du temps et il faut de toute nécessité, entre l'indigène et

lui, un Intermédiaire, qui ne peut être a mon avis qu'un médecin auxiliaire indigène. Les auxiliaires médicaux que Ton se propose de créer, répondent ils bien au but ' A mon avis, il ne Tant pas des infirmiers, même décorés ihi nom d'auxiliaires médicaux; il faut plus el mieux.

La distribution de petits paquets, quelque ordonnance banale en passant ne signifient rien, et ne peuvent être que nuisibles. Or, avec l'organisation actuelle, quelle que soit la bonne volonté du médecin, c'est à cela qu'aboutira le grand effort fait, et c'est a ce néant que servi ronl les milliers de francs dépenses

Je n'ai pas besoin de dire que je ne parle pas en ce moment ni des infirmeries indigènes, ni des consultations gratuites aux Indigènes ri la résidence ilu médecin. Je ne vise qtie les distributions de médicaments laites dans les tournée», ou plutôt dans les chevauebées que devront Taire les médecins dans les douars; et que la valeur de consultations données dans les conditions OÙ fatalement elles se donneront»

Prenons le médecin de colonisation le plus jeune, le plus actif» le plus dévoué que vous voudrez 11 a dans sa circonscription 100, lâO centres de population indigène qu'il doit visiter le plus souvent possible, mensuellement dit une circulaire, ce qui, <t priori, est manifestement el matériellement impossible. Ce chiffre de 100 à 150 n'a rien d'exagéré; pour parler de la région que je connais le mieux» pour y exercer depuis M ans t la Kabylic, il n'y a pas de circonscription médicale où le nombre KXI ne soit un minimum, la moyenne esl beaucoup plus élevée. Sur quelle superficie énorme sont répartis ces centres indigènes, par quels chemins on y accède, tout le monde le sait.

()ne fera le médecin de colonisation qui, soucieux de remplir les instructions des circulaires, voudra visiter consciencieusement ses douars. Il commencera par étudier la topographie de sa circonscription, de façon à sérier ses tournées, à faire des groupes de t>, 8, 10 villages si possible qu'il pourrait visiter dans une tournée d'un ou deux jours, trois au maximum, et faire deux tournées par mois tout au plus. Car, enfin, il y a de nombres autres obligations professionnelles, il a les malades de sa résidence el des centres européens à visiter, il a les indigènes à l'infirmerie et 1rs infirme!

ut toujours pleines, il a ses transports judiciaires, il a sa pharmacie ji tenir, il reinations, il a les écoles, il a ses eonsullations gratuites

hebdomadaires aux indigènes.

Admettons cependant qu'il puisse disposer de six jours par mois» en deux séries, pour ses tournées dans les douais.

S'il s'agit tle douais voisins, la perle tic temps n'est pas considérable et en deux ou trois jours, il pourra visiter un certain nombre de villages Combien? «l*ai trop d'expérience des faits pour oser dite que si cinq on villages sont visites ils pourront l'être bien sérieusement; il faudrait ne pas connaître les indigènes et la perte de temps nécessitée par des atermoiements île toute espèce-

Il aura pu examiner dans sa fÇtiméc 5ft M) indigènes. Il n'aura vu

chacun deux que d'une façon bien superficielle et n'aura guère pu cm bien profondément un diagnostic; il n'aura pu faire aucune opérali ci dans le nombre, à combien peu aurs4*ll pu donner des médicaments utiles, je dis vraiment utiles, qui seraient autre chose qu'un trompe l'icii. qu'une banale médication de symptômes. Ceux qui bénéficieront le plue de son passage, seront les quelques blesses auxquels auront pu être déli\ quelques objets «le pansements et indiquée la façon «t'y procéder, Quelq médicaments de première orontété distribués, et de nombr

conseils d'hygiène prodigués. Qtt*aum*t-U pu faire de plus?

Mais est-il permis de croire qu'il aura fait ainsi < eu vie utile et que quelques médicaments distribuée an passant .-■ us hépatique» a un splénique, à un liévreux, à un albuminurique, à un diabétique, OU même à un malade atteint d'une affection algUé, ou de coqueluche ou de rougeole, auront réellement servi à quelque chose et qu'après ion passage* le prestige du médecin et delà médecine vn flamboyer.

Quelle erreur !

Bt le médecin pa mr revenir quand? dans six mois si possible.

Quel serait le médecin consciencieux, soucieux de sa dignité et respectue de son art auquel ne répugnerait pas une telle façon de procède^ la seule qui lui soit cependant permise, s'il ne \(iit pas avoir l'air d'aller à rencontre

it es ures édictées.

Le néant des résultats sera désastreux.

VA cela parce qu'il aura été passé trop hâtivement a l'application d'idées larges et généreuses, que les moyens de les réaliser auront été Insuffisamment étudiés uu point de vue pratique* que les mesures prescrites l'auront été sans un souci suffisant des difficultés matérielles qu'elles devraient rencontrer, parce qu'elles auront été édictées par des personnel n avant pas la compétence professionnelle* et si Tavis de médecin a | demandé, c'est certainement celui de médecins d'une haute valeur pm s in miellé évidemment, mais qui, n'ayant guère pratiqué que dans les villes, ne se rendent pus on compte exact des obstacles que présente l'application , et enflnj et surtout; paras qu'on aura passé â oôM ou reculé devant

lie réforme : La création d'un corps de médecins auxiliaires indigènes, d'aides-médecins Indigène

l'.n effet, il ne laot pas on médecin qui passe, qui fasse dea tournéee

Ç rétendue des circonscriptions et le nombre des agglomérations, le médecin ne peut que passer; or, on ne peut grossir Indéfiniment le nombre des médecins de colonisation. Et ainsi, quoi qu'un fasse, le contact entre le médecin de colonisation et la population Indigène ne sera jamais suffisamment intime, suffisnniuicnl prolongé, suffisamment fréquent, pour qu'on retire de ees disvauchées, des bénéfices réels pour les malades et un nnssement quelconque d'influence et de prestige SUS yeux des indigènes,

Je le répète, et ne saurais trop le répéter, te remède est autre. Il est dans la création de médecine indigènes, bien dans la main de l'Administration en contact avec leurs coreligionnaires, vivant au milieu d'eux,

maintenus dans une dépendance assez étroite pour couper court à toute fantaisie, assez instruits pour rendre de réels services, recrutés dans un milieu donnant les garanties que Ton peut exiger de moralité et d'honnêteté professionnelle, dirigés, guidés, surveillés par les médecins de colonisation ou les médecins communaux.

Faire, en un mot, quelque chose comme ce qu'un décret récent vient d'instituer à Madagascar, mais encore plus simple et moins coûteux : deux années d'études suffiraient avec un bon recrutement parmi les élèves des médersas, les élèves sortant des écoles primaires supérieures ou des collèges ou lycées.

C'est une question d'organisation facile à résoudre. Avoir ainsi un médecin indigène par 20 ou 25 000 habitants, lui donner un stock de médicaments de première nécessité et d'urgence à distribuer sous sa responsabilité pécuniaire; le charger des vaccinations, le faire résider dans les tribus, l'astreindre à de fréquents déplacements, à de nombreux comptes rendus au médecin, sous les ordres duquel il sera et qui aura la responsabilité du service de son aide ou de ses aides,

La dépense ne serait pas excessive; avec 8 à 900 francs de fixe par an, servis moitié par la commune, moitié par la colonie, l'aide-médecin pourra avoir, en dehors des consultations et visites gratuites, des clients payant selon un tarif ûxè d'avance et très bas. Mais le grand nombre évident de ces visites compenserait largement la modicité de la rétribution de chacune.

Et que Ton comprenne bien qu'il ne s'agit pas dans ma pensée d'auxiliaires médicaux, uniquement destinés à aider le médecin dans ses tournées, à faire des pansements , en somme iVinfirmiers, quel que soit le nom adopté; mais bien de médecins ayant une initiative personnelle, capables d'instituer un traitement, allant seuls, en un mot de vrais officiers de santé ! Et à la fin de ce travaille dresserai tout au long le projet d'organisation de ce nouveau rouage, et l'on verra que j'entoure cette création d'assez de garanties, pour que ces nouveaux médecins ne deviennent ni encombrants, ni nuisibles.

Et alors, avec un médecin se sentant chez lui, dans sa circonscription, et responsable dans la sphère de ses attributions, soutenu par une direction ferme, sans à-coups, ni flottement, ni contradictions professionnelles, chargé des écoles françaises, des centres de colonisations européens, des infirmeries indigènes, des transports criminels, du service des consultations gratuites à la résidence et dans les centres européens, du service pharmaceutique, d'une partie des vaccinations (n'est-ce pas suffisant, si l'on veut bien faire?), ayant la responsabilité active et effective de son service personnel, et de celui de l'aide-médecin indigène placé sous sa direction, qu'il contrôle, qu'il guide, avec lequel il se déplace quand il juge sa personne utile sur un point ; alors, mais alors seulement, vous aurez un organisme qui fonctionnera, rendra des services réels en proportion véritable avec les sommes dépensées pour l'établir, surtout si d'un bout à J'autre de l'Algérie ce corps est mis sous une direction unique, intelligente

cl soucieuse de donner une Impulsion vigoureuse, direction qui ne saurait être confiée qu'à un médecin joignant â ses qualités et a ses connaissait-. professionnelles, les aptitudes d'an véritable administrateur.

Est-il nécessaire, après un aussi long développement, de préciser certains détails de l'organisation nouvelle telle que je la conçois ? J'en indiquerai seulement rapidement quelques points que je noterai sans chercher a les rattacher les uns aux autres comme il devrait être l'ait pour rétablissement du texte d'un projet complet. Je laisse absolument de coté pour le moment les détails de l'organisation des aides-médecins indigènes* le la donnerai tout au long un peu plus loin, Pour les médecins de colonisation, maintenir les 5 classes in portant les appointements à 500 francs de plus par créer un i hors classe a de 0,01)0 francs, avancement* moitié a

l'ancienneté, moitié au choix ; tableau d'avancement dressé chaque année 1 1 communiqué aux médecins de colonisation.

Chaque Ibis qu'un poste est créé ou vacant, porter celte vacance connaissance de tous les médecins et l'attribuer au [dus ancien de ceux qui en auront fait tu demande ,

Je ne m'étendrai pas sur le délad des attributions et des charges des médecins de colonisation, cela ressort suffisamment cle tout ce que j ai dit plus haut.

J'ajouterai seulement, pour terminer, quelques mots sur ce que pourrait cire la direction du service.

Le directeur du service médical de colonisation, pris au choix du Gouverneur général, parmi les médecins de colonisation, correspond directement avec les médecins placés sous ces ordres et ceux-ci correspondent directement avec lui, pour toutes les questions du service ; il est leur chel direct el immédiat. 11 centralise tous les rapports, statistiques, notes, etc., fournis par les médecins.

Il dresse avec un délégué Spécial des médecins de colonisation, pour chaque département, le tableau d'avancement, et fait d'après ce tableau, les propositions au Gouvernement général qui nomme.

11 se sert pour l'établissement de ce labié**, des notes qu'il fournit personnellement et de celle qui lui sont adressées annuellement par les sous- préfets îles notes des maires et administrateurs n'étant que facultatives et ne dépassant pas las sous- prélectures où elle sont adressées à titre de Simples renseignements, si les sous-préfets les demandent).

H règle sur place, de concert avec les sous-prefeK, le médecin intéresse entendu, les diverses questions que l'application de mesures demanda peut provoquer.

11 propose, après enquête, les mesures disciplinaires qu'il juge nécessaires, pour manquement dans le service.

M règle, en s'Inspirent des nécessites locales el des besoins particule d'accord avec les sous-préfets, le médecin intéressé entendu, la marche * raie du service : les tournées, les consultations ; et de même qu'il a la haute main sur tes médecins de colunisalion, de même, a fortiori, l'a-t-U sur les aides-médecins indigènes

Je juge inutile de pousser plus avant les détails d'une organisation, dont je ne veux naturellement indiquer ici que les grands traits, pour en montrer surtout le caractère pratique. Le principe, admis et accepté, le reste n'est plus question de forme, facile à établir.

Peut-être, dans l'exposé que je viens de faire de la question, ai-je dans certaines de mes appréciations, sur des mesures déjà prises, heurté des convictions arrêtées et critiqué des conceptions que l'on n'aurait pas osé critiquer à cause de la haute autorité dont elles sont ou peuvent-être l'émanation ; dans ce cas, j'en appelle de l'autorité mal informée à l'autorité mieux informée. Il me semble qu'il fallait que certaines choses fussent dites pour que l'application peut-être un peu hâtive, incomplète et trop théorique d'idées aussi justes, aussi libérales et aussi bienfaisantes que celles lancées par M. le Gouverneur général Jonnart ne vienne compromettre cette réforme de cette valeur. Il me semble que l'un de nous devait avoir le courage et la franchise de dire tout haut ce que presque tous nous pensons tous bas ; c'est pourquoi, poussé par la conviction la plus entière, j'ai écrit ces lignes déjà trop longues.

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