Prime pour dévouement
Plusieurs fois par an, chaque membre du personnel, revêtu de quelque autorité, fait au chef de la section des „ Intérêts du Personnel" un rapport verbal sur le dévouement de ses subalternes. Vers la fin de l'année, ce chef de section dresse, à l'aide de ces divers rapports, un rapport général, qu'il présente à la Direction. Celle-ci, en s' écartant, au besoin, de ce rapport, fixe le chiffre final de chaque membre du personnel.
Conformément à ce chiffre, tout le personnel est divisé, le 1er janvier de chaque année, en classes de dévouement (insuffisant, médiocre, bon, très bon et excellent). Dans les Statuts du Travail, on avait adopté primitivement cinq classes. Cependant, au jugement final, souvent le cas suivant se présenta: plusieurs membres du personnel, bien qu'en moyenne au-dessus de la 3me classe, ne pouvaient pas encore prétendre à la 4me. Par conséquent, la classification adoptée n'offrant pas une distinction suffisante, on intercala une classe intermédiaire entre la 3me et la 4me.
Tout employé débute dans la première classe. Le simple ouvrier ou commis doit, par son dévouement, se rendre digne de passer après 1 an dans la deuxième classe, après 2 ans dans la troisième; sinon il est congédié. Il n'est pas nécessaire cependant qu'il monte davantage. Mais la troisième, c.-à-d. la bonne moyenne, ne suffit pas aux grades supérieurs. Le contre-maître et l'employé doivent atteindre après 3 ans la quatrième classe: très bon. Enfin (tn exige un dévouement complet des ingénieurs et employés supérieurs. Pour ne pas être démissionnés ils doivent avancer d'année en année à la cinquième, C.-à-d. la classe d'excellence. — Celui qui, étant arrivé à la quatrième ou cinquième classe, fait un avancement en grade (p. e. d'ouvrier à sous-maître, de sous-employé a employé) où il n'a pas encore pu faire ses preuves, retombe dans la troisième, d'où il aura à remonter de nouveau l'échelle.
SALAIRE ET TRAVAIL
Le 1er janvier 1899, les ouvriers travaillant à la semaine étaient classés comme suit:
1 dans la lre classe,
01 ome
40 3me
73 „ „ „ intermédiaire,
1 4 q Ame 9 7 nme
Ce tableau montre que la promotion à la 5me classe présente le caractère d'une distinction toute particulière, que ,,1'excellence" est assez rare dans ce monde imparfait.
A cette classification — qui a encore d'autres avantages (Voir par ex. Participation aux bénéfices, n°. 9) - se rattachent les primes suivantes, en sus du salaire:
dans la l''e classe 0 °/o,
ome 9 0,
yj w » * 0)
orne c 0/
n ° loi
„ intermédiaire 7x/2 %,
4me „ 10 %,
5me „ 20 °/0.
Puisque nous faisons mention de cette classification, nous aurions tort de passer sous silence le fait qu'elle est parfois attaquée violemment du côté des socialistes. Ceux-ci prétendent que le système d'espionnage — comme on se plaît à l'appeler — ne fait naître et ne favorise que l'hypocrisie et le mécontentement. Cette conduite n'a pas do quoi nous étonner, puisque l'idée de „ dévouement aux intérêts du patron" ne rentre pas dans le cadre de la doctrine socialiste, qui prêche une inimitié implacable entre le patron et le capitaliste d'un côté, et l'ouvrier de l'autre côté. Ce n'est pas prétendre que la Direction croie son système d'appréciation infaillible : il demande de la part des chefs un discernement délicat, qui pourra bien quelquefois laisser à désirer; en outre, la Direction ne nie point que peut-être l'ancienneté - - la fidélité éprouvée à la Société, à l'usine — ne doive, plus que jusqu'ici, entrer en ligne de compte. En général, la Direction tient pourtant ceci pour indiscutable : d'une part, le sentiment qu'on doit de temps en temps rendre compte de la manière dont les subalternes remplissent leur tâche; de l'autre, le sentiment que les supérieurs se tiennent régulièrement au courant de la façon dont on s'acquitte de son devoir ; ce double fait exerce, sous plus d'un rapport, une heureuse influence.
SALAIRE ET TRAVAIL
De plus en plus — nous osons affirmer le fait — tous les chefs, depuis le simple chef d'équipe jusqu'au premier ingénieur, donnent preuve, dans leurs rapports et discussions sur le mérite des individus, d'être pénétrés de la liante responsabilité morale qui leur incombe dans ce jugement. Souvent le lendemain ils reviennent pour ajouter un détail, pour corriger ou compléter leur jugement quand ils craignent s'être mal exprimés. C'est pour la majorité un véritable cas de conscience.