‹ Organisation unitaire et nationale de l'assuranceChapitre 2 sur 18 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Les compagnies d’assurances prélèvent annuellement 30 millions de prime pour assurer seulement contre les sinistres d’incendie; le montant de leurs sinistres étant de 13 millions, les frais d’administration, de commission et les dividendes aux actionnaires coûtent donc 17 millions aux assurés, c’est-à-dire une fois et demie autant que les pertes causées par l’incendie1.

Un pareil état de choses réclame impérieusement une institution qui soit accessible à toutes les fortunes, qui présente un abri commun contre tous les désastres

(1) En supposant que les assurances contre l’incendie restent stationnaires et ne dépassent jamais le chiffre de 30 milliards qu’elles garantissent aujourd’hui, le système que je propose réaliserait encore une économie de 15 millions sur les compagnies d’assurance contre l’incendie, puisque, suivant mes calculs, les frais d’administration ne s’élèveraient qu’à 2 millions.

ravageant périodiquement la France, et qui affranchisse les contribuables de cet impôt énorme et toujours croissant prélevé par quelques spéculateurs sur des calamités publiques.

Persuadé qu’il est toujours dangereux de renverser des institutions, même défectueuses, quand on n’en a pas de meilleures h y substituer; d’attaquer un système existant, sans avoir un plan de réforme pratique bien étudié et bien arrêté, j’ai voulu poser d’abord les bases d’une organisation nouvelle, d’une organisation pratique des assurances, avant de battre en brèche le svs tème des compagnies particulières.

Considérant l’Etat comme le gérant naturel de tous les intérêts généraux, j’ai pensé que la direction d’une Association mutuelle solidaire entre tous les contribuables lui appartenait de droit, et que par sa position il pouvait gérer les intérêts de tous les assurés avec plus d’économie qu’une administration particulière, et à plus forte raison que soixante administrations ennemies et sans cesse guerroyantes. Je n’ai donc fait ce travail sous l’influence d’aucun parti politique, mais seulement dans un but d’utilité publique, et bien convaincu que la prospérité d’un gouvernement dépend essentiellement de la prospérité des gouvernés ; que par conséquent le Pouvoir est plus intéressé que personne à faciliter tous les développements et toutes les améliorations qui tendent à un accroissement, de sécurité et de bien-être général.

Si l’hostilité des partis politiques force le gouvernement à se tenir sans cesse sur la défensive, pour veiller à sa propre sûreté et au maintien de l’ordre

de choses établi, il est évident que cette préoccupation constante l’empêchera d’entreprendre aucune amélioration, aucune réforme, et qu’il sera obligé de se traîner à la remorque d’une majorité variable, inconstante, et par conséquent impuissante comme celle qui a conduit l’ancien gouvernement à sa perte.

11 n’y a qu’une conciliation franche, patriotique entre tous les anciens partis politiques, qui puisse procurer au gouvernement la force, la stabilité, la confiance dont il a besoin pour opérer avec fruit les grandes réformes qui sont à l’ordre du jour. Sans cette conciliation, la cause du progrès, de la liberté, de l’ordre est à jamais perdue. Espérons que le bon sens du peuple et de l’Assemblée nationale nous préservera d’une telle calamité.

Mon système d’assurance va souleverencore bien des réclamations, je lésais; il se trouvera même quelques notabilités politiques, partisans farouches du laissez faire , qui prétendront y voir une atteinte à la liberté industrielle. D’autres trouveront que je place entre les mains du pouvoir exécutif une force et une puissance d’action dangereuses pour notre régime républicain. Je répondrai à toutes ces objections, qui m’ont été faites maintes fois depuis dix ans, que le plus vulgaire bon sens indique, que lorsqu’une réforme profite également à tous les membres du corps social, ou même à la grande majorité de ces membres, cette réforme doit être jugée bonne, utile, nécessaire, et cela en dépit des principes de certains politiques, de certains économistes plus ou moins savants, plus ou moins expérimentés.

Tout homme de bonne foi sera donc obligé de convenir d’une chose : c’est que si ce projet vient nuire à la spéculation de 20 ou 25,000 actionnaires, qui sont tous dans une position plus ou moins aisée, il vient aussi défendre les intérêts de 33 millions d’individus dont la majeure partie est dans une situation pénible, et exposée à perdre le peu qu’elle possède, parce qu’il n’existe aucune institution qui puisse la garantir; elle ne peut même pas s’assurer contre la grêle et l’incendie, parce que les primes des compagnies sont trop élevées pour ses faibles ressources, et parce que son avoir ou sa fortune est au-dessous des minima que ces compagnies daignent assurer. Aussi plus de cent mille familles sont-elles réduites chaque année à la mendicité, par l’absence d’une Association générale qui puisse les assurer économiquement contre toutes les chances de ruine, et les préserver en même temps des désastreux chômages qui en sont généralement la conséquence.

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