DES DIFFÉRENTS MODES D’ASSURANCES
Bien que la spéculation ait envahi les assurances (principalement en Angleterre et aux États-Unis, où il n’y a pas une seule compagnie organisée sur le système de la mutualité), l’utilité des assurances est incontestable, et cette institution, tout imparfaite qu elle est encore , doit être considérée comme un des pro-
grès sociaux les plus importants de notre époque.
Le principe de toute assurance consiste à faire l’abanclon d’une minime 'partie de son revenu dans le but de s’assurer la conservation du capital. Cette combinaison nécessite naturellement une réunion de sociétaires, dont la part de contribution soit affectée au remboursement des capitaux qui peuvent être perdus par une partie de l’association. Ce principe de garantie est éminemment social ; il intéresse la totalité des assurés à la conservation de la propriété de chacun d’eux, et il préserve les sociétaires de l’altération ou de la perte de leur fortune, moyennant un léger sacrifice. Telle est l’origine de Y assurance mutuelle.
La spéculation, ce fléau des sociétés modernes, a trouvé moyen de s’immiscer dans les assurances et de faire tournera son profit une grande portion des avantages que le principe de prévoyance et d'économie procure naturellement aux associés. Elle s’est constituée leur intermédiaire, et, pour donner au public une apparence d’avantages, elle a pris toutes les éven tualités de sinistres pour son compte, moyennant une prime fixe et invariable : cette prime a été portée à un taux assez élevé pour que le spéculateur put toujours se couvrir du montant de ses frais et de ses pertes, et se réserver encore de très gros bénéfices. Telle est la source de Y assurance à prime fixe.
Le principe de l’assurance a été vicié ainsi : les intérêts des compagnies et de leurs clients se sont trou vés en opposition constante dans ce dernier système ; des contestations, des procès sans fin ont été le résultat de la lésion continuelle des intérêts de l’une ou
de l’autre partie. Les assurés n’ayant aucun avantage réel à la conservation de la propriété de leur voisin, l'ont laissé manquer de secours au moment du désastre. La spéculation sur les sinistres est venue lutter corps à corps avec la spéculation sur les primes. La fraude et la malveillance ont ajouté encore à la difficulté des expertises et des règlements de sinistres. Enfin la concurrence des compagnies rivales et de leurs agents a porté le désordre à son comble, en venant ajouter à la mauvaise foi des particuliers le charlatanisme des compagnies elles-mêmes.
D’un autre côté la mutualité a été organisée sur des bases trop exiguës pour présenter des garanties suffisantes aux sociétaires. Son crédit s’est altéré par des catastrophes fréquentes, et l’on a préféré payer plus cher et contracter avec les compagnies à primes qui, en opérant sur tout le territoire, offraient au moins des garanties certaines de solvabilité.
11 est temps de dégager l’assurance de la spéculation ; de la mettre à la portée des classes peu aisées qui, jusqu ici, ont été privées de ses bienfaits; de l’organiser à la fois sur des bases plus solides et plus économiques; enfin de faire concorder les intérêts particuliers des assurés avec l’intérêt général de la société, de manière à empêcher les incendies volontaires, aussi bien que les délits et les procès qui résultent actuellement de l’opposition d’intérêts entre les assurés et les compagnies d’assurances.
Ce projet a d’autant plus de chances de succès que tous les bons esprits sentent aujourd’hui la nécessité d’une réforme qui placerait l’assurance entre les mains
do l’État a qui revient le droit de gestion des garanties que la société doit aux citoyens.
Par l’organisation unitaire de l’assurance, l’Etat doit protéger le travail et la propriété contre les sinistres qui les ravagent périodiquement, comme il les protège contre le vol et les déprédations par l’organisation unitaire de la justice. Examinons les deux modes d’assurances qui sont en vigueur aujourd’hui.