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élevés — plantes, vers, mollusques, — portent en eux les deux sexes. [l n’est pas croyable que les individus les plus parfait des tous soient, sur ce point, infiniment au-dessous des précédents. Il faut donc penser que « l’être humain véritable » peut se reproduire lui-même, ce qui exige qu’il soit à la fois mâle et femelle, c’est-à-dire qu’il soit le couple humain. Par la séparation des sexes, on obtient un progrès dans l’individualité, chacun des deux êtres ainsi distingués prenant ses caractères personnels, et se différenciant en son sens propre. Mais il faut ensuite la réunion de deux de ces « moitiés humaines » pour reformer un êlre complet : leur différenciation ne prend d'intérêt et d'utilité que par leur ultérieure association.
11 y a assurément quelque chose de séduisant dans ces vues, puisqu'elles ont élé admises par certains esprits des plus posiüfs (1). Nous ne pouvons cependant nous empêcher de remarquer qu’elles sont singulièrement hypothétiques. Leur application en politique conduirait évidemment à ne reconnaître de droits qu'aux couples, non aux individus isolés. On verrait se reproduire contre ces derniers les déchéances dont les Lois Caducaires frappaient les cœlibes, l’'incapa:ité de recevoir des legs, celle de recueillir une succession ab intestat, auxquelles on ajouterait sans doute un impôt, ou peut-être la privation du droit de vote. Or, ce sont là des conséquences qui se heurtent au principe de la liberté individuelle, puisque l'application de ces mesures aurait sur la conduite de chaque membre de la société un effet coercitif très choquant, dans les matières mêmes où le bonheur et les sentiments de chacun sont le plus directement en cause, où son indépendance, par suite, doit le plus être respectée. D'ailleurs n’est-il pas évident que l'individu isolé peut être un membre aussi important et aussi utile de la société que n'importe quel couple? Un Newton n'aurait pas le caractère de « cellule sociale », qu’on accorderait à un ménage de concierges ! Il ya là des résullats bien singuliers, qui doivent faire douter de l’exactilude du principe dont on les tire. — Au reste,
1. Voir Espinas, de l'état présent des études sociologiques en France.
il ne faut pas exagérer la nécessité qu'il y a, pour l'individu, à pouvoir se reproduire, pour être l'élément vrai de la société. Car la partie a besoin sans doute d’être homogène en tout, mais n’a besoin que de cela. Il ne lui est pas nécessaire de posséder plus de facultés que le tout ; elle peut même en posséder moins, elle en possède moins normalement. Or, la société — nous le démontrerons plus loin — si elle se reproduit parfois, ne se reproduit que difficilement. On comprendrait donc qu’elle fût formée de membres privés individuellement de toute faculté de reproduction. Cela ne détruirait pas l’analogie existant entre l’homme et la cellule organique. Chacun d’eux resterait l'élément fon- © damental d’un tout vivant. Chacun d’eux présenterait, en pelit, la plupart des propriétés que ce tout possède en grand.— Le tout social est en général bien plus riche que le tout organique, et sa cellule est, par là-même, bien plus riche en principe que la cellule organique. Mais, sur certains points pourtant, le tout social est en retard sur le tout organique: il ne sait pas, par exemple, se reproduire aussi aisément que lui. Sur ces points-là la cellule sociale sera naturellement en retard aussi sur la cellule organique : on peut admettre que ce retard aille pour elle jusqu’à la perte de la facullé de reproduction isolée, compencée d'ailleurs par l’aptitude à se reproduire par accouplement.
En un mot donc, la théorie qui voit dans le couple humain le vrai élément de la société, sans être inacceptable, s'appuie sur une conception trop hypothétique pour que nous croyions pouvoir l’admettre. Nous persistons à voir dans l'être humain isolé et unisexué la véritable cellule du corps social.