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FEUILLETS SOCIAUX

plateau de Pamir ; pour la seconde, l'Amérique ; pour la der-. nière, l'Afrique et le sud-ouest de l'Asie. Elles se sont mélangées en proportions diverses, l'élément blanc formant la partie vivifiante du mélange ; et il n’est pas de grande civilisation qui ne soit le produit de la fusion de la race blanche avec l'une des deux autres, ou, plus souvent encore, avec les deux réunies. Dans cetle conception, chacune des trois races formerait évidemment un feuillet primitif, l'organisme social pouvant naître de deux ou de trois feuillets accolés. — Il y a longtemps déjà que le système de M. de Gobineau a été réfuté, dans ce qu’il avait d’évidemment exclusif et d’étroit. Il est clair qu'il y eut des grandes civilisations, en Chine, au Mexique, au Pérou, voire même, selon quelques-uns, en Afrique, sans que la race blanche (contrairement à la thèse fondamentale de l’auteur) y ait été pour rien. On ne saurait vouloir retrouver, dans toutes les sociétés les trois races fondamentales de cet écrivain, comme on retrouve dans lous les organismes un exoderme, un endoderme et un mésoderme. Mais d’ailleurs cela n’est pas nécessaire pour qu'une comparaison puisse être établie. En effet, lorsque nous disons que « on retrouve dans lout organisme un cxoderme, un endoderme et un mésoderme », nous n’entendons. pas soutenir par là que les exodermes de tous les êtres, les endodermes de tous les êtres, les mésodermes de tous les êtres, soient parents entre eux — une semblable idée paraîtrait, à bon droit, ridicule — ; nous disons seulement que tous les exodermes, etc., se présentent à l’origine avec des aspects analogues, et que lous jouent un même rôle général (car dans les détails il y aurait des distinctions à établir) chez les organismes. Donc, pour conserver l’analogie, il ne sera pas nécessaire que les feuillets de même nom chez toutes les sociétés aient même origine, qu'ils soient tous par exemple composés d'éléments blancs ; il suffira qu'ils se comportent de la mêne manière. Il est donc inutile de raitach:r tous les exodermes à la race blanche ; l’essenliel est qu’ils produisent dans toutes les sociélés les mêmes appareils. En ce sens, la théorie de M. Spencer est supérieure à celle de M. de Gobineau, parce que-la première caractérise les

feuillets sociaux par leur productivité. Pourtant il y a quelque chose d’exact aussi dans la théorie de M. de Gobineau, à laquelle on pourrait rattacher l'idée de M. Gumplowicz examinée au chapitre précédent (1) : et celle vue exacte, c'est que les éléments à productivité diffirente ont généralement été des races distinctes. Il est vrai, et nous l'avons indiqué nous-mêmes, qu'une différence rudimentaire dans les travaux a pu et dû apparaître même au sein d’une famille unique. Mais, pour accroître cette différenciation physiologique, il a fallu qu'il s’accomplit dans l'organisme social une différenciation anatomique, et celle-ci n'a pu devenir très marquée que par la fusion d'au moins deux groupes primilifs en un seul. Il y avait déjà des assujettis au sein de la famille unique. Seulement l'esclavage véritable ne s’est formé que par la soumission d’une horde à une autre. Or, c’est la différence tolale de travaux entre le maître et l’esclave, celui-ci cultivant le sol ou gardant les troupeaux, celui-là guerroyant et commandant, qui fait, dans la théorie même de Spencer, la distinction entre l'appareil industriel et l'appareil militaire, entre l'endoderme et l'exoderme social. Ainsi, bien que les feuillets ne prennent toute leur signification que par rapport aux appareils ultérieurs de la vie, faut-il concevoir leur fo mation définitive comme liée à la rencontre et à la fusion des races, c’est-à-dire des familles originaires.

Mais, bien entendu, il ne faut pas, comme M. de Gobineau, chercher à trouver, au début de toutes les sociétés, les trois mêmes races composanles. Il faut admettre, comme M. Gumplowicz, qu'il y a eu de nombreuses races primitives, nées peutêtre isolément (nous retrouverons ailleurs ce problème), et que l'union de deux d’entre elles pour une raison queleonque a constitué les premières cités. Généralement, ce dut être la lutte, la victoire d’un des deux groupes sur l'autre, qui amena cette fusion. En ce cas, il est probable que les vainqueurs se réservèrent le rôle de chefs et de guerriers, réduisant les vaincus à l'état d'esclaves; et sur ce point on peut penser que la théorie de

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