Voir chap. IV, 3 II
. TISSUS SOCIAUX 175 rer, comme le fait M. Schœffle, l’armée et la marine, mais en considérant celles-ci dans leur rôle offensif; car, dans leur action défensive, elles n’équivalent qu'aux organes de revêtement.
Ce qu'on doit appeler l'appareil éliminateur d’une société, c'est ce qui sert, comme le rein et les glandes sudoripares dans un organisme, à expulser (ou du moins à séparer du reste de la société) les individus nuisibles à l’ensémble. On peut donc considérer que cet appareil est représenté par la police, les tribunaux répressifs, et les prisons avec leur personnel.
Il y aurait enfin à signaler le curieux phénomène, commun à l'organisme et à la société, de la persistance des organes rudi-
. mentaires. Mais son explication, et par suite tous les développe-
ments qu’il appelle, seront mieux placés dans la section de ce livre consacrée aux phénomènes d’évolution sociale.
En quatrième et dernier lieu, nous aurions à examiner par le détail les analogies des tissus et systèmes sociaux avec les tissus et systèmes organiques. Mais, dans le chapitre qui précède celui-ci, nous avons déjà indiqué que plusieurs sortes de tissus, ceux qui se fondent sur des affinités psychiques ou, au contraire, sur le rang, n’existent que dans la société. Quant à ceux qui ont leurs analogues dans l'organisme, nous avons dit en quoi consistaient socialement les tissus nerveux, musculaires’ épithéliaux. Nous. parlerons du tissu sanguin au chapitre des fonctions de nutrition. Reste le tissu conjonclif. On peut, croyons-nous, le comparer à la masse des « employés » de tout ordre, qui forment, sans grande initiative personnelle, le lien entre les dirigeants et le public. Une curieuse variété de tissus est le tissu adipeux, en lequel presque tous les autres peuvent se convertir par diverses causes. Un zoologiste éminent, qui enseigne à la’ Sorbonne l’évolution des êtres organisés, compare volontiers aux cellules adipeuses ce qu’on nomme dans la société « les riches » : comme ces derniers, fait-il observer, ces cellules
disparaissent dans les révolutions qui bouleversent l'être. Il ajoute même que le clergé est l’analogue d’un tissu nerveux qui : serait devenu adipeux. La comparaison, pour n'être point révérencieuse, ne manque pourtant pas de justesse. Et les premiers chapitre de l'Ancien Régime de Taine en offriraient au besoin la justification.
Mais nous ne voulons pas poursuivre dans le détail la recherche de ces analogies, plus curieuses en somme que véritable- : ment instructives. Ce qu'il faut retenir essentiellement, c’est la similitude générale de la structure organique et de la structure sociale, ce n’est pas telle similitude particulière. Même lorsqu’elles sont complètement exactes, des analogies de détail nous instruisent moins que la démonstration de cette vérité d’ensemble, que les mêmes lois de coexistence s'appliquent au monde social et au monde animé. Cette démonstration, nous avons le droit de la considérer maintenant comme faite, et de la structure de la société nous passons à son fonctionnement.