‹ Organisme et SociétéChapitre 47 sur 68 · G. Ferrero, Loc. cit · texte numérisé non relu

G. Ferrero, Loc. cit

fonde. La société est plus complexe que l'individu ; elle doit donc nécessairement évoluer moins vite, puisqu'il lui faut modifier plus d'organes. Cette remarque suffil à faire comprendre, dans la plupart des cas, pourquoi les organes sociaux sont moins vite complètement usés, et par suite remplacés, que les organes individuels : pour que ce remplacement apparaisse comme nécessaire, il faut que ces organes soient en désaccord choquant avec tout le reste de l’être social, et ceci doit mettrenécessairement un très long temps à se produire. — Il convient d’ailleurs d'observer que, si l'on constate un retard de l'esprit collectif par rapport à l'esprit individuel, c’est à condition de prendre pour représentant de l’esprit individuel un homme éclairé. Car, dans nombre de cas, l'esprit collectif pourrait se trouver au-dessus de l'esprit d’un individu moins développé que la moyenne de ses contemporains. Que d’intelligences attardées, en nos régions mêmes, dans la croyance aux fantômes ou aux revenants, dont l'esprit public s'est pourtant à peu près dégagé ! Que d’intelligences, cultivées parfois, qui répugnent encore à l’organisation sociale et politique imposée par les circonstances actuelles | Que de gens qui se refusent, en toutes choses, à marcher avec leur siècle! 1] n’y a peut-être pas un seul d’entre nous qui ne soit, sur certains points, en arrière de sa génération. Ce n’est là pourtant qu’un phénomène relativement secondaire ; et, s’il est vrai que l'entrée d'une vérité dans l'esprit public n’entraîne pas immédiatement son acceptation par toutes les intelligences, il faut reconnaître en revanche que cette idée n'a pénétré dans la conscience collective que grâce à l’effort persévérant de quelques individualités, guides de leur nation dans la voie du progrès. En somme, il y a des esprits humains en arrière de l’esprit collectif; mais il y en a sans doute un plus grand nombre en avant,

et c’est fort heureux, car autrement FAUoR de l'intelligence sociale s’arrêterait.

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Sachant maintenant ce qu'est la conscience sociale, sachant d’autre part (1) en quoi consiste le système nerveux de Ja société, nous pouvons comprendre comment ce système nerveux fonctionne.

Les mouvements du système nerveux peuvent avoir, dans la société comme. dans l'organisme, trois origines. Dans l’organisme individuel, l'impulsion peut venir : 1° du dehors ; 2° d’un organe interne (généralement quand il se sent lésé); dans ces deux cas elle se transmet par les nerfs centripètes au cerveau. Mais il se peut aussi que le mouvement prenne directement naissance dans le cerveau, où des forces accumulées se dégagent parfois tout à coup. C’est ce qui expliquerait, d’après les psycho-physiologistes, comment une idée jaillit quelquefois des profondeurs de l'esprit, par suite de la combinaison de deux ou plusieurs souvenirs qui y persistaient à l’état latent. — Les mêmes faite se retrouvent quand il s’agit du système nerveux social. [ei aussi :

1° L’impulsion peut venir du dehors. — Ainsi un acte d’hos-. tilité de la part de l’ennemi provoque des démonstrations militaires. Ainsi un perfectionnement dans l’industrie étrangère amène la modification (généralement, hélas ! l'élévation) des tarifs de douane. |

2° L’impulsion peut venir du dedans, d'une cellule quelconque de l'organisme social. — Ainsi la sourde plainte du peuple détermine un changement de ministère, ou le renvoi d’un agent peu aimé, etc. Ainsi parfois l’acte d’un seul individu détermine une révolution (exemples, à Rome : Lucrèce, Virginius).

3° Enfin, le mouvement peut naître dans les centres nerveux eux-mêmes.— Il en est ainsi, fréquemment, dans les centres cons-

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