‹ Organisme et SociétéChapitre 51 sur 68 · L'espèce humaine, 10° éd., p · texte numérisé non relu

L'espèce humaine, 10° éd., p

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blanc pur, qu'elles tendent à s'unir ». Inversement, d’après notre auteur, la femme blanche ne contribue au métissage que pour une proportion infinitésimale. Or, des phénomènes analogues à ceux-là ont évidemment dû se produire chaque fois que deux sociétés, l’une inférieure, l’autre supérieure, l’une soumise, l’autre victorieuse, se sont trouvées en contact. Les Romains ont pris femmes parmi les Gauloises, les Francs parmi les Gallo-Romaines ; exactement comme au xvin° siècle et de nos jours encore on a vu souvent les représentants de la noblesse épouser des filles de bourgeoisie, mais rarement de grandes dames donner leur main à des gens moins bien nés qu'elles. Dans tous ces phénomènes, remarquons-le, l'union des sociétés a pour facteurs les unions entre individus, et la sexualité de l’une des sociétés par rapport à l’autre est déterminée par celle de la majorité de ses représentants. Ceci ne contredit d’ailleurs en rien ce que nous avons dit tout à l’heure de l'indépendance des deux fonctions : car, de ce que la reproduction sociale n’est pas nécessairement liée à celle des membres de la société, il ne s’en suit pas qu’elle n’ait jamais, ni même qu'elle n'ait pas d'ordinaire, une relalion avec celle-ci.

On le voit donc, dans la théorie que nous venons de présenter, la sexualité des sociétés ne serait pas un caractère préconstitué de chacune d'elles ; ce serait un caractère qui n’apparaîtrait que par la conjugaison, et dont la nature (masculine ou féminine) serait déterminée par le rôle des membres de la société dans les unions méuisses. Une sociélé ne serait pas, a priori, et de tout temps, mâle ou femelle. Elle deviendrait mâle ou femelle dans sa conjugaison avec une société différente. La sexualité (si l’on peut ainsi dire) ne serait pas absolue, mais simplement relative. — Nous devons indiquer toutefois que certains auteurs sont allés plus loin, qu'ils ont cru pouvoir attribuer une sexualité absolue, préconstiluée, aux sociétés, ou du moins aux grandes races, blanche, jaune et noire. M. de Quatrefages cite, parmi ces auteurs, MM. G. d’Eichthal et de Gobineau (1). Pour tous deux, la

1. À. de Quatrefages, du croisement des races humaines (Revue des Deux Mondes, 1 mars 1857).

race noire et les sociétés noires seraient éminemment passives et féminines, parce qu’elles sont, disent-ils, caractérisées par leur sensibililé très vive, mais très superficielle. Les sociétés blanches seraient éminemment actives et masculines, étant caractérisés par la solidité de leur intelligence et la force de leur volonté. Pour les sociétés jaunes, on élait moins fixé : tantôt, à cause de leur ténacité, on leur attribuait aussi le caractère mâle ; tantôt on y voyait plutôt des organismes femelles, ou du moins on leur attribuait le rôle féminiu dans l’union avec les sociétés blanches. Ces comparaisons étaient évidemment inspirées par le désir de glorifier la race blanche, de faire sortir d’elle l’élément fécondaleur universel, le principe de toutes les grandes civilisations ('). Elles reposent sur certaines analogies entre la psychologie individuelle et ia psychologie sociale dont la recherche ne saurait sans doule être lolalement proscrite, mais doit du moins être déclarée absolument prématurée. La psychologie individuelle ne nous a pas encore donné la formule permettant de caractériser dans leur opposition l'esprit de l’homme et celui de la femme. Quant à la psychologie sociale, il est clair qu’elle est encore dans l’enfance, et que nous n’avons jusqu'ici aucune définition précise de l'esprit d’aucun peupl:. Il faut tout au moins attendre que ces deux lacunes soient comblées pour tenter avec quelques chances de succès des assimilations dans le genre de celles que nous venons d'indiquer. D'ailleurs, lors même que ces comparaisons seraient scientifiquement possib'es, à quoi abouliraient-elles ? Uniquement à définir le rôle 2ntellectuel de chaque société-parente dans la formation des suciétés-filles. En effet, puisqu'elles sont fondées sur les caractères psychiques des races en présence, elies ne peuvent jamais conduire qu'à montrer l'influence de leurs deux esprits dans le processus qui a donné naissance à l'esprit de leur descendante. Mais alors nous revenons simplement à l’idée de la génération intellectuelle d’une sociélé par une autre. Ici sans doute il. y a aussi génération

1. Voir l'Essai précité de M. de Gobineau sur l'Znégalité des races humaines.

matérielle, mais c’est seulement des influences spirituelles que les doctrines précitées s'occupent. Or, pour comparer utilement la reproduction des sociélés à celle des organismes, nous l’avons déjà dit, il faut surtout s'occuper des phénomènes matériels de la genèse, et ces théories sur la sexualité préconstiluée des sociétés y sont étrangères. Le plus sûr est donc, croyonsnous, de s’en tenir, pour le moment tout au moins, à la notion d’une sexualité physique relative des deux groupes sociaux conjugués, l’un par rapport à l’autre.

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Nous venons de constater qu’on trouve, chez les sociétés humaines, comme chez les organismes individuels, une reproduction par accouplement, avec sexualité véritable. Mais l’appariation n’est, dans l'animalité, ni la forme la plus fréquente, ni sans doute la forme originaire de l’acte reproducteur. La génération se fait agamiquement chez la plupart des êtres, et tout porte à croire qu’elle se faisait toujours ainsi à l’origine. On sait en quoi consiste cette reproduction agamique ou asexuée. Parfois l'organisme (très rudimentaire) se divisesimplement en deux moiliés par un étranglement, et les deux parties s’isolent peu à peu complètement, de façon à former deux êtres nouveaux d’égale grandeur : c’est la reproduction par scissipa= rité. Plus souvent, et ceci se trouve chez des organismes très élevés (jusque chez les ascidies, qui sont les êtres les plus voisins des vertébrés, et représentent peut-être même les vertébrés primitifs), la reproduction asexuée se fait par bourgeonnement. En ce cas, il se forme, sur un point de la périphérie de l’organisme, un petit groupement de cellules faisant une légère saillie au dehors ; peu à peu cette saillie grandit, le bourgeon se développe, il s’y introduit une différenciation des parties, analogue à celle qui existe dans l'organisme parent: cette masse représente donc en petit l'être dont elle provient, et l’on peut dire qu’il est né à celui-ci un rejeton. Tantôt ce rejeton reste

indéfiniment uni à son auteur (c’est le cas chez les ascidies sociales) ; tantôt (comme dans les ascidies simples) il s’en sépare pour mener la vie libre. Lui-même se reproduit plus tard, quelquefois sexuellement (de là les générations alternantes des al pes), mais plus souvent par le procédé qui lui a donné naissance, c’est-à-dire asexuellement.

N'y a-t-il pas des phénomènes sociaux qui rappellent fort exactement cette reproduction asexuée des organismes ? Säns doute. S'agit-il de la reproduction par scissiparité? on en a maint exemple dans l’histoire. Que de fois les tribus nomades, à la mort d’un chef qui laissait deux fils, se sont-elles ainsi divisées en deux groupes, dont les destinées parfois sont devenues fort distinctes ! Ainsi, d’après la Bible, la tribu que conduisait Isaac se partagea entre Jacob et Esaü ; ainsi plus tard la tribu de Manassé se fractionna en deux demi-tribus, dont l’une habita en decça, et l’autre au delà du Jourdain ; ladivision même du peuple tout entier en deux royaumes, Israël et Juda, bien que provenant d’autres causes, n’eut pas un caractère différent. De même, dans le monde hellénique, Agamemnon et Ménélas se partagèrent le royaume d’Argos et de Mycènes. Plus tard, dans le monde romain, Dioclétien sépara l’Empire d'Orient de l’Empire d'Occident. Les Etats, en somme à peu près unifés, de Charlemagne, se fractionnèrent entre les mains des fils de Louis-le-Débonnaire, exemple d’une trichotomie qui se réduisit plus lard à une dualité. Il est donc clair que les sociétés peuvent, tout comme les organismes, en périssant comme unités, donner naissance à des groupements nouveaux formés par leur division scissipare. — L'autre mode de reproduction agamique, le bourgeonnement, ne leur est pas davantage inconnu. Ce qui correspond au bourgeonnement dans le monde social, c’est la formation d’une colonie. Une colonie — en prenant ce mot, bien entendu, au sens qu’il a dans la langue politique (1) — est un

1. Ce qu’on nomme en zoologie «colonie animale » n’est pas tout à fait la même chose. Ce terme y désigne un ensemble d'êtres semblables, tous dérivés agamiquement de l’un d'eux, mais restés contigus à celui

bourgeon que la sociélé émet, projette au dehors. D’abord très intimement lié à la mère-patrie, ne subsistant que par l'appui qu’il en tire, ce bourgeon acquiert progressivement une certaine indépendance. Ses dimensions grandissent ; il s'organise sur le modèle de la mère-patrie; il finit souvent par devenir un être égal en force etea puissance à son auteur, et parfois un être supérieur : telle Carthage en face de Tyr.

Cette comparaison de la reproduction de l’animal par bourgeonnement et de la société par colonisation, peut se poursuivre très loin. —D'abord, bourgeon et colonie ont même origine. Tous deux naissent en un point déterminé de l'organisme parent. Mais en tous deux confluent des germes venus de toutes les parties de cet organisme. On sait comment Darwin et Hæœckel ont cherché à expliquer la ressemblance du rejeton et de ses ascendants. Dans l’élémert reproducteur — spermatozoïde ou ovule, s’il s’agit de reproduction sexuelle ; bourgeon, s’1l s’agit de reproduction asexuée — coexisteraient, selon eux, ou des germes, ou du moins des mouvements vitaux venus de toutes les cellules de l'organisme parent (théorie de la périgénèse des plastidules, de Hoœckel), ou même de toutes les cellules de tous les organismes ancestraux (théorie de la pangénèse, de Darwin). Ainsi chaque portion de l’auteur contribuerait à former le descendant, ce qui explique commen celui-ci ressemble à son générateur, non-seulement dans l’ensemble, mais souvent jusque dans des détails insignifiants. Les mêmes théories pourraient être fort aisément appliquées à la reproduction sociale. Car, dans la colonie humaine en voie de formation, se rassemblent des hommes venus de toutes les parties (races, régions, corporations, classes) de la société parente, et se retrouvent les principales tendances qui coexistent et souvent luttent entre elles dans cette société. — Les origines étant les mêmes, les évolutions ultérieures sont semblables également. Le bourgeon, quand il commence à prendre forme, rap-

ci. L'organisme parent est compris dans la colonié aussi bien que ses descendants, dont il ne sedistingue, au reste, par aucun caractère anatomique ou physiologique tranché,

pelle d'abord en petit l'organisme parent. Il se divise, exactement de la même façon que lui, en feuillets, puis en segments : les tissus et les systèmes, les organes et les appareils, s’y forment comme chez son auteur. Progressivement pourtant, quelques différences s'introduisent, par suite de la nécessité qu’éprouve le rejeton de s’adapter à un milieu toujours plus ou moins différent de celui de son auteur : restât-il accolé à celui-ci, leur différence de position fait que les impressions qu'ils perçoivent ne peuvent pas être identiquement les mêmes. L'évolution ne s'opère pas autrement chez les colonies humaines. La colonie se calque d'abord sur le pays dont elle est issue. Elle en reproduit les divisions emhryologiques, au sens où nous avons pris ce mot (chapitre VI) : ses membres sont groupés par familles et par races, comme ils l’étaient dans la mère-patrie. Elle en reproduit ensuite les divisions topographiques : les colons se répartissent en villes construiles, en provinces organisées autant que possible de la même façon que celles de la terre natale, et qui souvent portent le nom de ces dernières ; beaucoup de pays, de régions, de cités de l’Europe ont ainsi leurs homonymes aux Etats-Unis. Puis la colonie reproduit l’organisation corporative de la métropole, et sa division en tissus sociaux : les mêmes industries, les mêmes administrations s’établissent ; les mêmes groupes de travailleurs se retrouvent. Elle en reproduit enfin les groupements par castes, et les groupements par affinités morales : il y eut une aristocratie puissante dans les premiers établissements fondés par les Européens en Amérique, et aujourd'hui encore il n’est guère de colonie qui n'élève, à sa naissance, autant d'églises ou de temples qu’elle compte de confessions parmi ses membres. Ainsi la colonie humaine, comme le bourgeon organique, passe successivement par les diverses phases qu'a traversées l'être dont elle sort.

Elle en rappelle, à ses débuts, les stades originaires. Voilà pourquoi on a pu dire que « les colonies sont, à bien des égards, une rétrogradation : on y voit renaître des procédés de culture abandonnés depuis longtemps dans la mère-patrie, ou des institutions disparues de celle-ci, comme l'esclavage, ou parfois

même lacomposition pécuniaire pour crimes » (1). « Lorsque les premiers émigrants anglais s’établirent dans la Nouvelle-Angleterre, iis se distribuèrent en communautés de village (2).» Mais d'autre part la colonie traverse les phases évolutives qu'a connues sa métropole, plus vite que celle-ci: car elle bénéficie de l'expérience acquise par celte dernière, et l'exemple de la mèrepatrie, parlois même ses ordres ou ses conseils, activent l’évolution de la société-fille. C’est ainsi que l'esclavage a disparu du Nouveau-Monde au bout de quatre siècles, donc intinimeat plus vite qu’en Europe. Dans ce raccourcissement de l'évolution chez l’organisme-fils, nous trouvons un nouvel exemple de la loi de condensation embryogénique, en veriu de laquelle l'ontogénie (évolution de l'être individuel) ne reproduit la phylogénie (évolution du type, évolution ancestrale) qu’en l’abrégeant et la resserrant. Parfois même il arrive que la colonie bénéficie d'emblée de toute la civilisation accumulée par la métropole, et n’a pas à passer par la phase de barbarie que celle-ci a connue. Ainsi, il a fallu des milliers d'années à l'Europe pour inventer l’usine.et le télégraphe. Mais aujourd'hui le télégraphe et souvent l’usine sont parmi les premières choses que fondent, dans le poste où ils se fixent, les émigrants russes qui s'avancent vers la Haule-Asie. Sur certains points, donc, la colonie atteint du premier coup à la perfection de l'organisme maternel. Mais, ce qui est toujours vrai, c'est qu’à l'origine elle ressemble forcément à la mère-patrie : qu’elle en reproduise l’aspect primitif, ou qu’au contraire elle en imite l'organisatiqn perfectionnée, c’est nécessairement sur le type ancestral qu’elle se modèle tout d’abord.

Seulement, progressivement, elle est forcée de prendre des caractères nouveaux, qui la différencient de la métropole. Les conditions d'existence (sol, climat, faune, flbre, productions minérales, elc.), ne sont pas les mêmes. ‘Les industries doivent

1. G. Tarde, Les transformations du Droit, chap. IV. 2. H. Sumner Maine, Etude sur l'Histoire des Institutions Primilives,

chap. III.

donc plus ou moins différer. La population se trouve plus condensée ou plus raréfiée. Le sang se modifie par le croisement avec les populations indigènes. Pour toutes ces causes, les idées des colons cessent peu à peu de ressembler à celles de leurs compatriotes du pays d'origine, et les principes du gouvernement qui sont admis en celui-ci doivent se modifier en s’appliquant à eux. — En somme, il s'établit une lutte, au sein de la nouvelle société (comme cela se passe au sein de tous les organismes) entre les caractères transmis par la société parente et les caractères pris au nouveau milieu, entre l’hérédité et l'adaptation. La lutte de ces deux éléments, le premier conservateur, le second novateur, est très visible dans toule société en voie de développement. Parfois c’est le premier de ces éléments qui l’emporte. Cela arrive surtout lorsque la colonie est en contiguité avec la mère-patrie — tels les prolongements que pousse aujourd’hui la Russie dans le centre du continent asiatique —, ou du moins lorsqu'elle est établie à son voisinage immédiat — telle l’Algérie. Dans ce cas, en effet, l’action novatrice est à son minimum d'intensité, parce que les conditions d'existence ne sont pas très différentes pour la mère-patrie et pour la colonie; et l’action conservatrice au contraire est très forte, parce que le métropole, étant proche, peut aisément refouler toute tentative de soulèvement. Au contraire c’est le plus souvent l'élément novateur qui l'emporte quand la colonie est établie au loin, ce qui rend à la {is les milieux plus divers et les relations plus difficiles et plus. rares. Alors la société-fille diverge de plus en plus de la sociétémère. Elle prend un esprit local, une organisation administrative distincts. Les intérêts économiques et moraux des deux: groupes finissent par paraître opposés. La colonie éprouve alors le besoin de se séparer complètement de sa métropole. Elle proclame son indépendance, et le plus souvent elle arrive à la faire reconnaître. Ainsi, au xviu® siècle, les Etats-Unis ont rompu la chaîne qui les unissait à l’Angleterre ; Saint-Domingue s’est séparé de la France. Plus près de nous, le Mexique, l'Amérique centrale, la plus grande partie de l'Amérique du Sud, se sont rendus indépendants de l'Espagne ; le Brésil a

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rejeté le joug portugais. Il n’est pas bien sûr que les îles de la sonde doivent toujours rester unies à la Hollande, dont le Transvaal s’est déjà affranchi. La colonie du Cap, les états australiens, le Dominion du Canada, ont une autonomie administralive qui se changera sans doute un jour en une autonomie politique complète. Qui sait ce que deviendront l’Hindoustan et l'Indo- Chine ? > Quoï qu'il en soit de cet avenir incertain, un point est hors de doute. C’est qu’il y a, dans ces deux façons dont peuvent se comporter les:colonices à l'égard de leurs métropoles, l’analogue exact de ce qui arrive aux bourgeons vis à vis de leurs parents: organiques. Les uns restent unis au corps qui leur a donné naissance; nous avons déjà cité les ascidies composées, et il faut y ajouter la plupart des annélides, les hydro-méduses, et sans doute aussi les échinodermes : les segments de l’annélide, les «individus » du coralliaire, les bras de l'étoile de mer naissent par de semblables bourgeons. Les autres au contraire s’isolent, pour former un organisme nouveau, plus ou moins semblable au parent : cela se produit chez les ascidies libres, et aussi chez certaines annélides (les Dero et les Naïs parmi les Oligochèles, les Syllis et les Autolytus parmi les Polyehètes), lesquelles bourgeonnent, à côté de segments: qui Jeur: restent unis, d’autres individus semblables à elles, qui se séparent. Il y a donc, là encore, concordance parfaite entre les phénomènes de la vie organique et ceux de la vie sociale ({).

4. Ne pourrait-on pas tirer de cette vue spéculative des conseïls pratiques, dont.feraient leur profit les nations qui cherchent à coloniser ? Peut-être. En tous cas elles feraient bien de méditer cette loi, vraie pour la vie sociale comme pour la vie organique, que la reproduction n’est possible — tout au moins d’une manière utile — qu'aux êtres bien constitués et vigoureux. C’est ce qu'a exprimé, en termes heureux, un économiste que ses doctrines ne portent pourtant pas à admettre trop aisément l’analogie qui fait le fond de notre travail. « La colonisation, écrit M. Edmond Villey (Principes d'Economie Politique, 2 éd., livre II, chap. I, p. 154), n’est pas seulement un bien, elle est une nécessité pour les nations fécondes, dont la population

Nous n’en voulons pas dire ici plus long sur la reproduction des sociétés. Quand nous parlerons, dans le prochain chapitre, de leur origine, nous examinerons quels furent leurs modes initiaux de genèse, de production; et naturellement ce qui fut vrai au début l’est encore aujourd’hui : les modes de produclion sont demeurés, sous la forme de modes de reproduction. On verra là de nouveaux arguments en faveur du parallélisme poursuivi par nous. Mais dès maintenant nous croyons avoir donné, au moins dans les grandes lignes, la démonstration de cette idée, qu’il existe une véritable « reproduction des sociétés », et qu’elle est analogue, quant à ses lois les plus générales, à la reproduction des individus. Or, la fonction reprodutrice est celle qui semble le plus étrangère à la nature de la société, celle qu'on conçoit le moins aisément séparée d’un organisme individuel. Si donc il est prouvé que, en dépit des apparences, elle peut être‘une fonction vraiment sociale, la même vérité ne sera-t-elle pas plus évidente encore pour les fonctions de relation et de nutrilion ?

croit suivant la loi de nature. Pour les nations stériles et stationnaires, elle peut n'être qu'un danger; mais celles-là sont en révolte contre la loi naturelle. Les premières fondent des colonies comme l'animal adulte et dans l'épanouissement de sa vie fonde une postérité; et loin que par làäelles s'’appauvrissent, elles assurent l’équilibre normal de leur circulation. Les secondes, quand elles colonisent, ressemblent à l'enfant ou au vieillard qui, en se livrantavant ou après l’âge à l’œuvre de la reproduction, se prive de la vie qu’il communique et s’appauvrit parfois jusqu’à la mort, »

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