Voir Ar. de Quatrefaces, la Race Prussienne
qu'ils ont en outre pris conscience de celte communauté d’existence, qu’ils se sont donné un gouvernement et des lois, qu'ils ont en quelque sorte incarné dans cet appareil directeur l’idée qu’ils se faisaient de leur association. Voilà pourquoi, tandis que la société est seulement un organisme (lout au plus, un hyper-organisme), l'Etat apparaît avec les caractères d’une personne. En somme, le lien des individus dans la société est surtout économique d’une part, psychique et moral de l’autre ; à ce lien l'Etat en ajoute un autre, juridique et politique à la fois: Tout Etat est d’abord nécessairement une société; mais il y a des sociétés qui ne s'élèvent pas jusqu’à la forme Etat ; tels ces groupes d'Esquimaux qui n’ont ni chefs ni lois, quoique dans l’intérieur de chacun d'eux il y ait communauté de biens et de mœurs. L'Etat est donc la forme supérieure de la société : c’est une sociélé qui a la connaissance et le sentiment de son unité. Mais la société peut exister sans l'Etat, et elle 4 nécessairement existé avant lui.
La société est donc distincte de la race et de l'Etat. Est-elle identique à la nation ou au peuple? Nous avons répondu «oui» tout à l'heure, au moins pour les sociétés dans lesquelles nous vivons, c’est-à-dire pour les sociétés européennes et contemporaines. Mais nous avons fait remarquer aussi que primitivement la seule société connue était la famille ou tribu. Nous pouvons ajouter maintenant qu’il en est de même aujourd’hui encore dans quelques groupes particulièrement arriérés, notamment chez ces Esquinaux que nous venons de citer. En somme, toute nation, tout peuple (ces termes sont pour nous synonymes) est une société. Mais une société peut être autre chose qu’une nation ou qu’un peuple: elle peut être moins, ne comprenant alors qu’une simple famille, qu’une horde, qu’une tribu, qu’une cité ; elle pourra être plus un jour, elle pourra être une confédération de peuples, ou même l'humanité tout entière. C’est donc seulement en parlant des groupes au milieu desquels nous vivons qu’on peut dire indifféremment peuple, nation ou société.
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Ayant fait connaîlre ce que nous entendons par « société », nous pouvons maintenent examiner si les sociélés, telles que nous les concevons, ne rentrent pas sous la définition que nous avons précédemment donnée des organismes.
L'organisme est, avons-nous dit, un tout vivant composé de parties elles-mêmes vivantes. Celle formule convient assurément aussi à la société. Car celle-ci est: composée de’ parties vivantes, les individus ; et'elle est elle-même un tout ayant sa vie propre : du moins ce dernier point nous paraît-il évident, bien qu’on ait émis à ce sujet certains doutes, que nous nous éfforcerons bientôt de lever. De même, on pourrait appliquer à la société la définition donnée de l'organisme par Herbert Spencer, puisqu'on y retrouve une « combinaison définie de changements hétérogènes à la foissimultanés et successifs, en correspondance avec des coexistences et avec des séquences externes », et une « accommodation continue des relations internes aux relations externes. » Mais nous avons dit nous-même qu'aucune définition ne rendait complèlement compte de l’ensemble des propriétés présentées par l'être vivant, et qu'il fallait, pour le bien connaître, recourir à une énumération de ses caractères différentiels. Voyons donc si tous les attributs que nous avons reconnu lui appartenir conviennent aussi à la société.
Prenons d’abord les caraclères morphologiques extérieurs. L'être vivant, avons-nous vu, se distingue doublement à ce point de vue de l'être inanimé : son contour externe n’est point défini géométriquement, et à chaque instant il varie. Il en est de même pour les sociétés. La forme extérieure d’une société est déterminée par le territoire qu’elle occupe. Mais les frontières de ce territoire suivent les lignes les plus capricieuses. Et sans cesse elles sont modifiées par la guerre ou par la colonisation. Absence de régularité dans l'espace, absence de stabilité