Tome I n
i4G organes reproducteurs.
cellulaire y est visible au microscope, sous la forme dé réseau (6). Dans un petit nombre de mousses, telles, par exemple, que le sphagnum palustre, l’anthère est grosse, ovoïde, et portée sur un filet assez long (7).
Les organes femelles des mousses considérés à l’époque de la flèuraison, composent entièrement certains capitules dits fleurs femelles, et se trouvent vers le centre de ceux dits fleurs hermaphrodites. Dans fun et l’autre cas, leur nombre est variablede 3à 4 jusqu’à 8 ou 10; mais quel que soit ce nombre, il n’y a presque jamais qu’un de ces organes qui parvienne à l’état de fruit (8); les autres avortent, et sont déjetés latéralement sous forme d’écailles entremêlées avec les paraphyses.
Chaque organe est sessile ou presque sessile. A l’époque de la flèuraison, on y distingue un ovaire ordinairement ovoïde et d’un rouge brun, un style filiforme et de même couleur, et un stigmate un peu évasé, et béant à l’époque de la fécondation. Tout cet appareil est enveloppé par un tégument membraneux qui, après la flèuraison, est soulevé par l’alongement du pédicelle du fruit, se rompt par la base, et a reçu le nom de coiffe (calyptra), à cause de l’apparence qu’il prend à cette époque. Hedwig considère la coiffe comme la corolle des mousses -, et cette comparaison est soutenable, pourvu qu’on ne la considère que comme une manière abrégée d’indiquer que c’est un tégument intime de la fleur 5 mais-dans l’opinion où était cet auteur que le capitule des mousses est une fleur
(6) Hedw. 1. c., pl. Il, f. 10 J pi. i3, f.
(7) Ibid. , pl. 14.
(B; !bid.,p\.i3,f. 3.
simple 7 ce terme de corolle était contradictoire avec sa propre théorie; car chaque organe femelle a sa coiffe propre; et dans ce qu’il appelait les fleurs hermaphrodites, il fallait dire que la corolle était située en-dedans des étamines. Ces difficultés n’existent point lorsqu’on considère les capitules des mousses comme des fleurs aggre'gées. La coiffe est le tégument de chacune des fleurs femelles, et pourrait être assimilée ou au pérîgone des fleurs monochlamydées, ou à l’urcéole des carex, qui entoure immédiatement l’ovaire. Mais toutes ces analogies sont trop douteuses pour s’y arrêter; ét autant il est convenable de prendre le nom général de l’organe quand l’identité est bien démontrée, autant il convient de garder les noms particuliers, lorsque leur relation anatomique avec les autres organes reste douteuse; c’est d’après ces motifs que je pense plus convenable de conserver dès sa jeunesse au tégument dont nous parlons le nom de coiffe, que tous les botanistes lui donnent, quand son développe» ment est plus avancé.
Après la fleuraison, la coiffe, soulevée, comme je l’ai dit plus haut, par l’alongement du pédicelie, se rompt en travers, près de sabase; quelquefois, comme dans le spJiagnum palustre (9), la partie inférieure de la coiffe, persiste à la base du fruit, sous la forme d’une petite coupe ; le plus souvent cette base n’est pas visible, et la coiffe reste placée comme un éteignoir au sommet du fruit, et tombe à l’approche de la maturité. Tantôt le grossissement du fruit la force à se rompre latéralement, tantôt le pédicelle se courbe au sommet, de manière que le fruit est
(9) Hedw. 1. c. , pl. 1 5 , f . 2. c c.
l48 OR G A?; ES RE Plio D ü CTE L RSi
pendant, et que la coiffe tombe d’elle-même. Cette coiffe est toujours à celte époque membraneuse et dembdesséchée, ce qui tient à ce qu’elle n’a plus de communication organique avec la plante; elle est presque toujours lisse; quelquefois elle porte des poils qui paraissent être les débris des paraphyses soudés avec elle ; ces poils sont dirigés du côté supérieur dans Voligotrichum et \orthotrichum (lo) dirigés du côté inférieur dans \q polytriclium (il).
Le pédicelle, qui était si court à l’époque de la lleuraison, qu’on pouvait' à-peine le distinguer, s’alonge pendant la maturité, au point d’acquérir une dimension souvent plus longue que la tige : c’est un véritable thécaphore; il est grêle, simple, cylindrique, de consistance ferme, et composé de tissu cellulaire serré et alongé; on lui donne le nom de pédicelle ou de &oie (seta).
\durne (theca) qui termine le pédicelle, est le véritable péricarpe; sa forme est le plus souvent ovoïde, quelquefois ou amincie, ou renflée à la base, ou un peu bossue latéralement. Elle s’ouvre à sa maturité par une véritable déhiscence circulaire qui a lieu près de son sommet; la partie supérieure, qui ressemble à un couvercle de marmite, a reçu le nom ^opercule (operculum ) ; il est un peu aplati sur les bords, et relevé en cône vers le centre.
Après la chute de l’opercule, on voit que le bord interne de l’urne est muni d’une ou deux membranes termiminées en dents régulières; ces membranes portent le nom de péristome (peristoma), parce qu’elles entourent
(lo) Hcdw. fund. i, pl. i6, 17.
(ï i) Hcdw. spec. musc. , pJ. 2 \ , fund. musc, i, pl. 7, 9, i r, etc.
Ol:GA^;i:S REl'LODlj C TEU BS. i49
en effet l’ouverture de l’urne. Le périslome, lorsqu’il ri 'y en a qu’un 5 ou le péristome extérieur, lorsqu’il y en a deux, est très-remarquable par ses diversités de forme et par leur régularité^ dans un petit nombre de cas, il ne porte point de dents, par exemple dans gymnostojnum[\^\ le plus souvent il est bordé de dents ou de cils; et ces dents sont toujours égales entre elles et au nombre de quatre, ou de l’un de ses multiples, quatre dans le tetrapJiis (i3), huit dans le splacJmum (14)5 seize dans le grimmia ^ trente-deux, quarante-huit, ou soixantequatre dans divers polytrics. Dans plusieurs cas, chaque ^ dent est à moitié divisée par une fissure, comme dans les dicrajium (16); et dans les cas même où la fissure n’a pas lieu , on en aperçoit les traces sous la forme de stries ou de raies longitudinales. On pourrait croire que le nombre des dents est peut-être assez grand dans l’état normal, et qu’elles se présentent soudées deux à deux, trois à trois, quatre à quatre,' etc., d’où résulterait tous les nombres apparens inférieurs. Le péristome interne n’existe que dans une partie des mousses; il est plus membraneux: son bord est divisé en huit, seize ou trente-deux dents; celles-ci sont plus souvent inégales et irrégulières que celles du péristome externe.
Dans quelques genres, tels que le polytfic (17), les
(12) Hedi^. spec., pl. i — 4’
(13) Ibid. , pl. 7.
(14) Id. fund., pl.
(15) Id. stirp. cr ypt. , pl. 38.
{16) Id. , pl. I, 36, etc.
(17} Id, fund. I; pl. 7, 9, II, i3.
l5o ORGANES REPRODUCTEURS.
somiiiités des dents du péristome sont toutes soudées à une membrane transversale tendue comme la peau d’une caisse de tambour sur l’entrée de l’urne : cette membrane porte le nom ^ épiphragme ^ lorsqu’elle existe, les graines ne peuvent sortir qu’entre les dents du péristome. Dans presque tous les autres genres, ces dents sont libres et douées d’un mouvement bygroscopique très -prononcé; elles se courbent en-dedans lorsqu'elles sont humectées , et en-dehors lorsqu’elles sont sèches; au moyen de ce mouvement, elles servent, soit à soulever l’opercule, soit à faciliter la dispersion des graines.
Le centre de l’nrne est occupé par un axe vertical appelé columelle^ qui part de la base, et va atteindre la sommité de l’opercule auquel il porte probablement la nourriture; cette columelle est tantôt cylindrique, tantôt un peu renflée dans le milieu. Sa sommité s’oblitère à l’époque de la chute de l’opercùle.
Les graines ou spores sont très-nombreuses, attachées, selon Hedwig , aux parois de l’urne, et non à la columelle. Elles sont très-petites, rousses ou brunes à leur maturité, de forme globuleuse ou arrondie. Hedwig a vu germer celles de plusieurs espèces (i8); d’après sa description, le tégument se rompt, et la jeune plantule présente à sa naissance un filet descendant , qu’on peut prendre pour une radicule et un corps cylindracé cloisonné^ qui paraît être une sorte de cotylédon : il se développe ensuite des espèces de feuilles primordiales cylindracées et ramifiées, dont le nombre est indéterminé; ces feuilles durent fort tard dans certaines espèces, telles que le phascum confer-
(i8) Hedw. 1. c. , pl. iG, f. 9, 10.
ORGANES REPRODUCTEURS. l5l
voidesy où elles se présentent en effet sons la forme de brins qui ne ressemblent pas mal à des conferves cloisonnées. M. Drummond (19), qui a observé depuis Hedwig la germination des mousses, assure que ces filets confervoïdes pénètrent en terre, et forment les racines.
Cette théorie de la reproduction des mousses que je viens d’exposer d’après Hedwig, quoiqu’univcrsellement admise aujourd’hui, ne l’a pas été sans contradiction : les uns ont commencé à nier les faits sur lesquels on est maintenant le plus d’accord; d’autres, en admettant la structure des organes, ont nié leur emploi, plus ce me semble d’après des opinions générales sur l’absence des sexes dans les cryptogames que d’après l’examen réel des faits. La principale objection positive a été , qu’il est difficile de concevoir comment la fleur femelle, revêtue de sa coiffe, peut être atteinte par la matière émise par les anthères et surtout dans les capitules dioïques; mais rien n’empêche d’admettre, et plusieurs ont dit avoir vu, qu’à celte époque la coiffe est un peu béante au sommet, ou fon peut croire au-moins qu’elle a quelque communication directe avec le stigmate. On a dit encore que le mode de fécondation décrit ci-dessus était impossible dans les mousses aquatiques; mais Hedwig a fait remarquer que lorsqu’elles fleurissent, ce qui est assez rare, les sommités s’élèvent à cette époque au-dessus de l’eau.
M. de Beauvois a soutenu que toute la reproduction des mousses s’exécutait dans l’urne seule , se fondant en partie sur le très-petit nombre de mousses chez lesquelles on n’a pas encore aperçu les organes mâles. Il pensait que
(19) 'frans. Lia. soc. I.ond. i3, p, 2^.
organes reproducteurs.
les graines d’Hedwig éfaient le pollen, et que les vraies graines étaient remfermées dans lacolumelle. On a objecté à cette théorie l’improbabilité dé trouver le pollen à la meme époque que les graines mûres, si parfaitement semblable à elles pour la forme et la grandeur et en quantité SI immense; on a surtout répondu par la germination de ces prétendus grains de pollen. Enfin M. Robert Brown paraît avoir trouvé la cause de l’illusion de M. de Beauvois ; lorsqu’on coupe l’urne en travers, le scalpel entraîne avec lui quelques graines dans la columelle,etcesont elles qu’on y avait cru logées; mais lorsqu’on coupe la columelle, ou en long ou après l’avoir complètement isolée , on n’y trouve plus que du tissu cellulaire dépourvu de graines.
Outre la reproduction sexuelle que nous venons de décrire, les mousses se propagent encore par des jets qui naissent des troncs, s’enracinent, et finissent par former des individus isolés. Ce mode de propagation est assez commun dans les mousses aquatiques, ou celles des lieux très-humides qui fleurissent rarement.
ARTICLE VII
Hépatiques,
La famille des hépatiques, quoique bien naturelle, présente des formes trop disparates pour qu’il soit commode delà décrire d’une manière collective; il sera plus clair de parler successivement du petit nombre de genres qui la composent, en commençant par ceux qui ont le plus de rapports avec les mousses.
Les jongermannes, qui forment le genre le plus nombreux de cette famille, ont été malheureusement décrites par Linné, qui a désigné leur fruit sous le nom d’anthère,
et confondu sous le nom de fleurs femelles les vraies fleurs mâles et les gemmules. Schmidel a le premier (i) éclairci ce sujet difficile ; Hedwîg (2) a confirmé et étendu ses observations, et M. Hooker (3) leur a donné un nouveau poids dans son excellente Monographie.
Les jongermannes sont toutes monoïques*, les fleurs mâles (4) se présentent sous la forme d’anthères blan^ châtres, solitaires, sessiles ou presque sessiles, ovales ou O vées , composées d’une raemhrane fine et réticulée, pleines de pollen, et situées le long des nervures des feuilles, ou plus rarement éparses sur le disque. Hooker les a fait connaître dans plus de quarante espèces de ce genre (5). Ces anthères sont ordinairement nues, quelquefois entourées par quelques feuilles analogues à un involucre ou à un périgone. Les fleurs femelles (6) naissent dans des situations très'diverses*, elles sont presque toujours entourées par un périgone ou calyce foliacé ou membraneux , sessile sur la tige ou la feuille, et le plus souvent d’une seule pièce, tubuleux et un peu denté au sommet (7) : cet organe ne manque que dans un très-petit nombre, telles que les i imgermannia concimiata et Jiookeri (8) : on le trouve
(î).Diss. de Jungermanniæ caractère, iy6o.
(:?) Theor. fnict. crypt. retr. 1797, p. i54 — Ï71.
(3) Brilish Jungermanniæ. 1816, i vol. 83 planches.
(4) Hedw. Theor. , pl. 17, f. a, pl. 22 , f. 3 5 pl.24,f. 2.
(5) Voy. Mon. des Jongerm. brit. , pl. 5,6, 7, 8, 12, i3, 18, 21, 22, 23 , 24, 25 , 29, 3i , 32 , 34, 36, 37, 38, 40 , 4^ , 44» 49 5 5i , 55 , 57, 6r, 63 , 69 , 70 , 78 , 76 , 78 , 8i^ 82.
(G) Voyez Hedw. Theor. , pl. 17, 25, et toutes les pl. de Hooker brit. jung.
(7) Hook.l. c.,pl. 4, i3, 18,37,47, 53, 57, 58, 61, 63, etc.
(8) IhuL, p! 3 et 5 i.
l 54 ORGANES REI’ROBIICTEL'RS.
double dans les jungcrmannia lyellii et Jiihernica Chaque calice renferme de trois à quatre, jusqu’à dix pistils linéaires, très-semblables à ceux des mousses, et recouverts de même par une coiffe : celle-ci diffère de celle des mousses en ce qu’elle se rompt par le sommet; que parconséquent elle n’est point soulevée avec le fruit, et forme une espèce de cupule membraneuse à la base du pédoncule, lequel, comme dans les mousses, est peu ou point visible à la fleuraison, et s’alonge beaucoup et très-rapidement à l’approche de la maturité; ce pédoncule est presque toujours de couleur blanchâtre, de consistance délicate, et formé de cellules très-alongées; fume ou capsule est globu^ leuse, brune, toujours dépourvue d’opercule, et ouverte à sa maturité en quatre (lo) valves étalées; elle renferme un grand nombre de graines attachées à des filets ou lamelles linéaires, élastiques, très-hygroscopiques, roulés en hélice, et le plus souvent de couleur brune : on les nomme éla~ tères'y leur rôle parait être de servir à la dispersion des semences ; celles-ci sont sphériques , brunes, opaques. Hedwig a vu celles du jungerniannia epiphylla (i i) pousser à leur germination une radicule simple et se dilater en feuille par la partie supérieure.
Outre ces graines, les jongermannes ont encore presque toutes des sortes de gemmes ou de bulbilles qui servent à les reproduire : il paraît même que les corps réunis en tête serrée au sommet des feuilles de quelques espèces ,
(9) Hook., pl. 77, 78.
(10) Quelquefois en huit, d’après M. Weber. Hist. musc. hep. prod. Kil., i8i5 , p. ii.
(i I j Hedw. Theor. , pl. 28 , f. 07.
on G AN ES REPRODUCTEURS. î 55
telles que j un germa n nia nemorosa ^ et qu’ileüwig a considérés comme des fleurs mâles, ne sont autre chose que des amas de bulbilles.
Les marcTiantia (^iV) ne différent des jongermannes, quant à la fructification, que par les circonstances suivantes : I.® les anthères, quoiqu’assez semblables pour leur forme à celles des jongermannes, sont réunies et comme régulièrement nichées dans un disque orbiculaire , à-peu-près plane, légèrement sinueux, et porté sur un long pédoncule (i4); 2.® les fleiri’S femelles, organisées comme celles des jongermannes, sont sessiles à la face inférieure d’un disque étoilé et pédonculé, et dirigées en en-bas; les capsules ne s’ouvrent que par le sommet, en dents peu prononcées (i5), et l'es élatères sont plus grêles; 3.° enfin les bulbilles sont plus fréquens , et réunis dans des espèces de cupules sessiles (16).
Dans lés anthoceros ^ les organes mâles sont, selon Hedwig (17), des anthères ovoïdes, légèrement pédiceL lées, réunies trois ou quatre ensemble en points épars sur le disque de la feuille, d’abord cachées sous une pellicule qui se rompt, et forme autour d’eux une espèce de périgone. Les fleurs femelles (18) naissent aussi sur le disque de la feuille : elles se présentent d’abord sous la forme de cône, le percent par le sommet et en gardent les
(12) Hedw. Theor. , pl, 17, , f. 2, 3, 4 , 5.
(13) Schmit délie, et anal,, p. 4 i, pl. 9.
(14) Hedw. Theor., pl. 26,f. 2,et pl. 27, f. 5.
(15) 2, 6, f. 5,6, 7, pl. 28, f. 3—7.
(16) Ihid. , pl. 27, f. I.
(17) Ihid. , pl, 20, f. 2 — 7.
(t8) Ihid. , pl. 29 , f. 2 , 3 , 8 , 9 , et })1. 3o, f. 1 — 3.
Ï ^56 0 P. G A Mi s REPRODUCTEURS,
débris à leur base, sous forme de gaine; elles offrcntensuite une capsule alongée, bivalve, qui s’ouvre longitudinalement, et présente alors un fil isolé situé dans l’axe de ce fruit. Les graines sont sphériques, un peu hérissées, et munies de lames comprimées, qui paraissent jouer le rôle d’élatères.
Les targionia ne présentent qu’une capsule globuleuse entourée d’un périgone; les graines y sont dépouvues d’élatères. M. Sprengel (19) pense que les organes mâles sont des corpuscules épars sur la membrane située autour de la fleur femelle, et qui se flétrissent avant la maturité du fruit.
Enfin les riccia ne présentent pour fruit, selon Hedwig, que des espèces de capsules univalves enfoncées ou immergées dans la feuille , surmontées par un petit filet qui semble un style, et renfermant plusieurs ovules dépourvus d’élatères. Les organes mâles sont, selon le même auteur, de petits points blanchâtres, sessiles, épars sur la feuille, vers le bord de ses expansions (20). Mais le mode de reproduction de ces deux derniers genres mérite un nouvel examen, surtout en ce qui tient aux organes mâles.
Ici se termine la série des végétaux cryptogames où Pou peut reconnaître des sexes avec un certain degré de précision. Dans les familles suivantes, nous ne trouverons plus d'organes qu’on puisse, avec quelque vraisemblance, considérer comme des organes mâles, et si la fécondation 5^3 lieu, il est probable que le fluide fécondateur y est renfermé
(19) Bull, philom. , n.® 62 , p. 27, pl. 2 , f. 2.
(20) Hedw. Tliéor. , pl. 3i.
OR G A ?? ES RErr. ODUCTEL’RS. 1 -ÿj
tlaiis les mêmes cavités que les ovules, sans avoir d appareil qui lui soit propre.
ARTICLE VIIL
Lichens.
Les lichens , considérés sous le rapport de la fructification, présentent tous des espèces de disques ou de tubercules qui ont reçu le nom commun diapothecia.^ et auxquels on donne les noms de scutelles, de lirelles etc., etc. , etc., lorsqu’on veut désigner leurs formes particulières. Tous ces apotbèques renferment à leur maturité .un noyau qui paraît le véritable fruit, et dans lequel on trouve des corps ovoïdes ou globuleux, opaques, noirâtres, qui paraissent être les corpuscules reproducteurs (i); on ne les a cependant jamais vu germer, et ce n’est que par une analogie très- vraisemblable àda-vérité, mais non par une observa^ tion directe , qu’on assimile ces corpuscules aux graines ou aux spores.
Une fois ce point admis presqu’uuiversellement, on s’est demandé si ces corps avaient été fécondés, et si l’on pouvait attribuer le rôle d’organe mâle à quelque partie connue des lichens. Les uns ont pensé que certaines efflorescences farineuses qu’on observe dans diverses places des lichens étaient des amas de pollen; d’autres ont cru que des paquets presque globuleux, de matière pulvérulente , amassés à l’extrémité de certains lobes du thallus(2), remplissaient cette fonction. Quelques-uns l’ont attribuée à des espèces de cavités creusées dans lethallus (3), et où l’on dit avoir
(i) Hedw, Theor. , pl. 82, f. 3 — G.
* {2) Ibid. , pl. 33, fig. 7, 8, g.
(3) Ibid. J pl. 32, f. I. rt, pl. 33, f. I.
l58 ORGANES lîli pr. 0 D ü C TE L' lis.
trouvé une matière polliniforme. Aucune de ces opinions n’est fondée sur des preuves ou même des probabilités suffisantes , et l’on peut objecter contre toutes ces théories que le plus grand nombre des lichens manque de ces organes auxquels on voudrait attribuer une fonction aussi importante, et que, par-conséquent, il est plus probable que ces efflorescences, ces capitules ou bes verrues propres à certaines espèces, sont relatives à des usages moins généraux. M. Cassini a montré que les globules amassés vers les extrémités de la feuille de la physcia tenella étaient susceptibles de reproduire un nouvel individu (4)? et il est vraisemblable qu’on doit les considérer comme des bulbilles, et que les globules analogues à ceux-ci dans d’autres espèces sont de la même nature.
Ceux qui, en reconnaissant la vérité de ces observations, persistent à admettre la fécondation dans les lichens, ont été réduits à supposer, ou que le pollen était produit par le bord même des scutelles, qui est ordinairement roulé en’dedans à l’époque du premier développement de cet organe , qu’on doit supposer celui de la fleuraison -, ou que la matière fécondante est renfermée dans les cavités du noyau avec les ovules. Il est évident que rien ne peut déhiontrer ni la vérité ni la fausseté de ces opinions, fondées , non sur l’observation, mais sur la théorie de l’analogie: si elles sont vraies, les corpuscules supposés reproducteurs des lichens, seraient de véritables graines.
D’autres ne voulant admettre que ce qu’il est possible de voir, et niant peut-être imprudemment l’existence de ce qui ne tombe pas sous les sens, ont prononcé sans hésiter
(4) Bull, philom. Mai 1820. Opusc. phyt. 2^ p. Sgr.
ORGANES REPRODUCTEURS. lôg
que les lichens sont dépourvus d’organes mâles et de fécondation ; en conséquence les uns les ont nommés agames, d’autres anandres, ceux-ci inembryonés, ceux-là acotylédones , mais tous ont été évidemment guidés par une hypothèse , la non-existence de la fécondation. Si cette opinion est vraie, les corpuscules reproducteurs seraient de véritables bulbilles.
Comme je ne connais aucun motif pour rejeter ou pour appuyer l’une ou l’autre des deux théories que je viens d’indiquer, je persiste à penser que dans le doute, il convient de conserver à ces corpuscules un nom qui soit , si j’ose parler ainsi, totalement neutre*, ceux de spores ou AQgongyles ont été proposés dans ce but et me paraissent les plus philosophiques, car ils n’affirment rien au-delà de de ce qui paraît connu.
ARTICLE IX
Champignons »
La vaste famille des champignons présente des formes si variées, que je sortirais complètement des bornes de cet ouvrage si je voulais tenter de les décrire: je laisserai donc absolument de côté, pour les renvoyer aux descriptions particulières des genres, les discussions sur les limites de la famille , celles relatives à sa division en tribus et en genres, et même les descriptions qui n’auraient pour résultats que de faire connaître des formes extraordinaires, sans pouvoir rien dire ni de leur rôle anatomique ni de leur fonction physiologique. Je me bornerai à dire que tous les champignons, en prenant ce terme dans le sens le plus étendu que les classificateurs lui aient assigné, offrent à leur maturité des corps globuleux, colorés, et
iGo ORGANES REPRODUCTEURS.
qu’on regarde comme des corpuscules reproducteurs , ou qu’en d’autres termes ou désigne sous les noms de spores ou de gongyles. Ces spores sont placés très-diversement, dans diverses tribus : tantôt renfermés dans le corps même du champignon, comme dans les vesses-de-loup et les truffes; tantôt situés à la surface, comme dans les clavaires; tantôt entre les lamelles, comme dans les agarics ou dans les tubes des bolets, etc., etc. Ces corps sont considérés comme reproducteurs, quoiqu’on ne les ait jamais vu germer. On les observe dans deux états : tantôt, comme dans les agarics , ils paraissent sous la forme d’une poussière impalpable, qui se détache à la maturité de la membrane qui . les produit et qu’on appelle hyménium i dans ce cas ils paraissent des spores nus (i); tantôt, comme dans les sphœria , on les voit encore renfermés (2) dans une enveloppe membraneuse qui est \in sporangium , et qui se présente le plus souvent sous la forme d’un globule (3) ou d’un fuseau oblong. Dans les deux cas, les spores ou les sporanges peuvent être, tantôt à sec dans des cavités ou sur des surfaces non muqueuses, tantôt comme immergées dans des cavités ou sur des surfaces qui secrétent un mucus particulier; les sporanges, quand ils ne sont pas noyés dans un mucus, sont souvent adhérens à des filets cloisonnés (4)*
Quant aux organes fécondateurs, le doute le plus absolu couvre encore leur existence. Bulliard a bien remarqué que dans quelques sphœria il existe, indépendamment des
( 1 ) Hedw. Tlieor., pl. 40, f. 8.
(a) Ihid, , pl. 37, f. 7j pl. 38 , f. 5 et 6.
(3) Voy. pl. 60 , f. I — 6 ^ fig. 4 , 5 et 6.
(4) Ibïd., f. I, 5 et 6.
ORGANES REPRODUCTEURS. l6
sporanges dont nous venons de parier, une efflorescence blanche et fugace , qu’il a supposée analogue à un pollen (5). Hedwig a bien cru reconnaître, soit dans les loges des spJiœria, soit sur le bord du chapeau des agarics, etc., des espèces de corps remplis de matière pulvérulente, et qu’il a cru être les organes mâles*, mais aucune de ces assertions ne repose sur des observations assez positives ni étendues à un assez grand nombre d’espèces pour qu’il soit possible de leur accorder quelque confiance.
Dira*t-on que le fluide fécondateur est renfermé avec les spores dans les sporanges ou autour d’eux, dans les cavités quelconques qui les contiennent? Cela peut être; mais ceux qui l’affirment et ceux qui le nient n’en savent pas plus les uns que les autres. Il serait donc prématuré de donner actuellement la moindre importance à des théories qui ne reposent sur aucuns faits positifs. En attendant que ceux-ci soient connus, si jamais ils peuvent l’être, nous appellerons spores ou gongjles ces corpuscules fécondés ou non fécondés que nous supposons, par analogie, reproduire les champignons.
La multiplication pratique de Xagaricüs campestris ^ qui s’exécute par le moyen des débris d’anciennes couches, ou de ce que les jardiniers nomment blanc de champignons^ n’a point encor.e servi à éclaircir la théorie de la reproduction de ces plantes ; en effet , dans cette opération grossière, on entasse pêle-mêle et les débris des racines et ceux des chapeaux des anciens champignons, et on peut au-moins aussi bien croire qu’il s’opère une reproduction par bouture qu’une véritable semaison : même en
(5) Bnll. , champ., pl. 468, f. i. A.