‹ Organographie vegetaleChapitre 15 sur 62 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

OIlGAKES ACCESSOIRES.

jusqu’alors, avaient reçu le nom d’azÿ«/7/o7Z5(aculei), plutôt par quelqu’analogie vague que par suite d’une définition rigoureuse, étaient des organes de la nature des poils endurcis et accrus plus qu’à l’ordinaire , et que tous les autres organes transformés en piquans devaient être et avaient été en général considérés comme des épines Quelques

exemples mettront ces principes hors de doute, et serviront en même-temps à faire connaître les variétés d’origine et de forme des épines et des aiguillons.

La circonstance qui produit le plus fréquemment des épines^ c’est le défaut de développement des branches de certains arbres, qui s’endurcissent et se transforment parla en pointes piquantes ; ainsi , par exemple , les épines du prunier épineux si commun dans les haies , ne sont évidemment que des branches endurcies (2); en effet elles naissent de l’aisselle des feuilles comme les branches : elles portent souvent des feuilles; leur anatomie est absolument celle des rameaux; bien plus, lorsqu’un de ces pruniers’se trouve placé dans un lieu très-aride , il a beaucoup d’épines ou, en d’antres termes, beaucoup dé branches qui avortent; si, au contraire, on le place dans un terrain fertile, il perd, dit-on, ses épines, c’est-à-dife que toutes ses pousses , au-lieu d’avorter, se prolongent en véritables branches. C’est à cause de cette circonstance commune à plusieurs arbres et arbustes , et surtout à ceux de la famille des rosacées , que l’on a souvent observé que les végétaux épineux se dépouillent de leurs piquans par la culture; ainsi j’ai vu, dans le jardin de Genève, un néflier

(2) Duham. , Phys. arb. 2, pl. i3, f. 127. Turp. Iconogr. , pl.4 fig. 7. a>.

ORGANES ACCESSOIRES

sauvage perdre en deux ans, par la culture, toutes les épines dont il était hérissé. Les épines des gleditsia, qui sont si énormes et si rameuses, celles des genets, des cytises et une foule d’autres, ne sont que des branches avortées et endurcies. On pourrait dire que ce sont des épines raméales.

Les pétioles des astragales adragans (3), de l’halimodendron (4), de l’aramodendron (5), offrent un phénomène analogue; ces pétioles s’endurcissent à la fin de la vie des folioles, et lorsque celles-ci sont tombées ou prêtes à tomber, ils se transforment en de véritables épines pétiolaires très-dures et très-aiguës ; par la nature même de leur origine elles sont toujours simples; elles durent presqu’autant que la tige elle-même ; car tous les pétioles qui ont cette tendance spinescente, sont continus et non articulés à leur base.

Les stipules de plusieurs plantes prennent un endurcissement tel, qu’elles se présentent sous l’apparence de véritables épines stipulaires : telles sont les épines des pîctetia (6). Mais il faut faire attention que les coussinets ou les protubérances de la branche sur lesquelles les pétioles sont placés acquièrent quelquefois un développement latéral assez grand pour former de véritables épines, qu’on a souvent prises pour des épines stipulaires; on les distingue très-bien dans certaines espèces d’acacia , où elles coexistent avec les vraies stipules , par exemple , dans

(3) DC., Astrag. t. 3i à 37. Pall. Astr. t. i, 2’, etc.

(4) Pallas, Fl. ross. t. 33.

(5) Id. Astrag. t. gr.

(6) DC. , Legum, , pl. 47.

l8o ORGANES ACCESSOIRES.

X acacia hœmatomma (^) -, niais lorsque l’un des deux organes se rencontre seul, il est presque impossible d’affirmer si les épines situées d’un et d’autre côtés des feuilles sont des stipules endurcies ou des expansions latérales du coussinet. L’analogie avec les plantes voisines peut seule lever le doute.

Il arrive, dans un petit nombre de cas, que les folioles avortent en tout ou partie, et que le pétiole se change en épine; cette épine est simple quand toutes les folioles avortent, trifide quand les deux stipules adhérentes à la base du pétiole , ou les deux folioles inférieures réduites à leur nervure moyenne endurcie, forment les deux branches latérales de l’épine; quinquéfide quand le^stipules et les folioles persistent à-la-fois. C’est de cette manière que paraissent se former les épines des diverses espèces de her~ heris ou épine-vinettes (8) , qui ne sont évidemment autre chose que des feuilles réduites à leur moindre expression , et chez lesquelles les faisceaux de feuilles axillaires remplacent, quant à l’usage physiologique, les vraies feuilles transformées en épines. )

La feuille elle - même peut se transformer en épine de deux manières : tantôt la feuille se trouve réduite à un pétiole foliacé, plus ou moins dilaté, et terminé en pointe épineuse , comme cela paraît avoir lieu dans le littœa, le yucca, etc.; tantôt le limbe lui-même se prolonge par son extrémité en épine, formée par le prolongement de la nervure moyenne , comme dans le chuquiraga. Ce que je viens de dire des feuilles est égale-

(7) DC. , Legum. , pl. 68.

(8) Duham. Phys. arb. 2, pl. 12, f. 124. Voyez aussi pl. 9^ f. I de cet ouvrage.

ORGANES ACCESSOIRES. l8l

ment vrai des folioles, dont la nervure moyenne se prolonge en épine, comme dans le genre çoulteria; des lobes des feuilles dont les nervures se prolongent en épines, comme on le voit dans les chardons; et des dents épineuses, qui ne sont que des lobes plus petits que les précédens. Les pointes des feuilles des houx (9) , etc., rentrent dans ces cas d’épines foliaires, mais celles des aloës et des agavés sont analogues aux épines latérales des pétioles.

Les feuilles, réduites à l’état d’écailles, d’involucres ou de bractées, présentent tous les mêmes phénomènes, et se rapprochent, pour la plupart, des pétioles dépourvus de limbe et prolongés en épines : c’est ce qu’on voit facilement en examinant les involucres des chardons et des autres composées épineuses.

Les pédoncules des fleurs peuvent, comme tous les, autres organes de la plante, et notamment comme les branches dont ils ne diffèrent pas réellement, s’endurcir au point de former des épines; cet endurcissement a surtout lieu après la fleuraison, et se présente sous deux formes assez remarquables : tantôt les branches florales , plus ou moins rameuses, persistent après la chute des fleurs et des fruits, et forment des espèces d’épines ordinairement ramifiées et en apparence terminales, comme, par exemple, dans Va/jssum spinosunif le mesembryanthemum spinosum etc. ; tantôt l’axe de l’épi s’endurcit après la fleuraison et se termine , à l’époque de la maturité, en une pointe dure qui, dans certaines plantes, telles que le trifolium suhterraneum y sert, par suite de la courbure du pédoncule , à pénétrer dans la terre pour y enfouir les graines.

(9) Duliam. Phys. arb. i, pl. 3, f. ii3.

i82 organes accessoires.

Quelquefois les pédicelles, lorsqu’ils ne portent pas de fleurs J se trausfonpent en épines : c’est ce qui paraît avoir lieu dans le nauclea (lo), etc.

Les parties mêmes de la fleur, quoique plus fugaces que les autres et ayant par-conséquent moins le temps de s’endurcir, ne laissent pas que de présenter des dégénérescences épineuses.

Ainsi, les sépales participent tellement à la nature des feuilles, qu’on les voit souvent, comme elles, se terminer en épines, par exemple, dans les stachys^ les aigrettes épineuses de certaines composées rentrent dans cette classe.

Les pétales eux-mêmes, malgré leur mollesse habituelle et leur fugacité , se terminent quelquefois en pointes épineuses ; tels sont ceux du enviera (i i).

Les étamines persistantes ou stériles de quelques byttnériacées acquièrent une consistance assez ferme pour pouvoir prendre le nom d’épines.

Les styles persistent souvent après la fleuraison, et forment au sommet des fruits des épines souvent trèsdures et très-prolongées : telles sont , par exemple , les cornes épineuses des martynia.

Ainsi tous les organes des plantes , excepté les racines et les graines, sont susceptibles de s’endurcir ou de se prolonger en épines, de telle sorte qu’il est impossible de dire qu’une épine soit un organe proprement dit, mais qu’on doit la considérer comme un état particulier de végétation.

(10) Hayn. Term. bot. , t. 29, f. 5.

(11) DC. , Ann. mus. cl’Hist. nat. , v. 9 , pl. i5.

ORGANES ACCESSOIRES

Tous les piquans qui ne sont ni l’endurcissement ni le prolongement d’aucun des organes que j’ai mentionnés, portent génériquement le nom ^ aiguillons^ et peuvent être considérés comme des espèces de poils plus grands, plus forts , plus durs qu’à l’ordinaire *, il est des cas où la transition des poils aux aiguillons est tellement insensible, qu’elle démontre l’identité de leur nature : ainsi, dans les houppes de poils qui naissent à l’aisselle des feuilles des opuntia, on en voit quelques-uns prendre plus de force qu’à l’ordinaire , et se transformer en aiguillons trèsalongés et très-durs. Il en est à-peu-près de même des rosiers (12) : on voit souvent les poils glanduleux de leurs pédoncules et de leurs calices s’endurcir eu de véritables aiguillons. Il est donc des cas où l’on ne peut guéres douter que les aiguillons sont analogues aux poils , et semblent des poils endurcis. Je sais qu’on ne peut l’affirmer dune manière générale, si ce n’est par voie d’analogie.

Quoi qu’il en soit, les aiguillons se distinguent des épines en ce qu’ils ne tiennent la place d’aucun des grands organes de la plante : on les trouve ordinairement le long des tiges, des branches , des pédoncules, des pétioles, des nervures des feuilles ou des calices ou même des pétales 5 mais ils ne.terminent jamais les fibres ou les nervures, tandis que les épines, étant des endurcissemens d’organes, sont toujours placées à leur sommet. Ce caractère me paraît le plus sùr pour distinguer les aiguillons des épines, surtout dans la classe des monocotylédones.

De ce que les aiguillons remplacent les poils , et que les

(12) Duham Phys. arb. 2, pl. i3, f, 122.

ORGANES accessoires.

épines remplacent tous les autres organes, il suit, comme conséquence, que les premiers sont superficiels, et que les seconds tiennent au tissu intime; ce qui rentre dans l’une des anciennes manières de considérer ces organes.

On a remarqué que la plupart des aiguillons des tiges ou des pétioles sont courbés, avec la pointe dirigée du côté inférieur, comme on le voit dans le rosier (i3); mais cette règle ne doit pas être prise à la rigueur : il existe de véritables aiguillons parfaitement droits, par exemple, dans plusieurs mimosées.

Les piquans, quelle que soit leur origine, sont en général des armes défensives propres à certains végétaux, et qui servent à les protéger contre la morsure des grands animaux, et souvent même contre l’attaque de l’homme. Quelques-uns peuvent servir, ou à percer la terre, pour favoriser la seraaison naturelle , cornme je l’ai dit plus haut du trèfle souterrain, ou à accrocher les fruits ou les graines de certaines plantes à la laine des animaux, pour les transporter au lieu , comme on le voit pour les involucres de la Bardane , etc.

L’existence, et par-conséquent l’usage des piquans, est un fait entièrement propre à certaines espèces, quelquefois à certaines variétés, et ne se lie que très-légèrement à la symétrie générale des végétaux, et par-conséquent aux lois fondamentales de leur organisation; aussi on observe* fréquemment, dans les mêmes familles et dans les mêmes genres, des espèces, les unes munies, les autres dépourvues de piquans.

Observons, en terminant ce chapitre, et cette remarque

^(i3) Duham. 1. c. , pl. i3, f. 121 , 122.

ORGANES ACCESSOIRES

sera également applicable au suivant, que l'analogie qu’on observe dans la manière dont les sépales, les pétales, les étamines et les carpelles peuvent , comme les vraies feuilles, se transformer en épines ou en vrilles, tend à confirmer l’identité d^origine de ces organes , telle que nous l’avons exposée au livre précédent.

ORGANES accessoires.

Page 1