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CHAPITRE V

Dqs Organe^ de la Reproduction sans fécondation parmi les Végétaux phanérogames.

AI dit, en commençant à m’occuper des organes de la reproduction, que tous les êtres organisés paraissent se reproduire par le développement de germes préexistens. Ces germes sont-ils, comme Ch. Bonnet le soutient, des corps existans en nombre infini dès l’origine de l’espèce , emboîtés les uns dans les autres, et destinés à se développer successivement lorsqu’ils trouvent des circonstances favorables? ou bien sont-ils des produits successivement formés par l’acte même de la vie, ou, comme on l’a dit, par les forces plastiques des individus, de manière à n’être préexistans que d’un terme court et défini à l’époque ofi leur développement est visible? Cette question est peu nécessaire à discuter, quant au but qui nous occupe en ce moment. Il nous suffira d’admettre qu’il existe dans diverses parties des végétaux, des germes qui se développent de deux manières : les uns ont besoin de l’acte particulier de la fécondation, et forment les graines dont nous venons d’étudier la structure et l’appareil. Les autres n’ont besoin pour se développer que du concours de certaines circonstances purement relatives à la nutrition.

Parmi ces derniers, il en est qui, sans aucun appareil préparatoire, se développent dès que la nourriture devient plus abondante dans un lieu donné ; ce phénomène

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est purement physiologique , et peut à-peine trouver place dans l’organographie : ainsi, lorsqu’dn entaille l’écorce d’un arbre, et que, par la stagnation de la sève, on détermine un bourrelet, c’est-à-dire, un dépôt de sucs, les germes latens, dans ce point, se développent avec facilité -, ce fait ne se lie à l’organographie qu’en ceci :

1. ® Que toutes les espèces offrent des points déterminés où certains développemens de germes se font avec facilité ;

2. ® Que certaines espèces offrent des points particuliers où il y a naturellement stagnation des sucs et dépôt de nourriture, et où par-conséquent les germes sont ou déjà visibles dans l’état naturel, ou plus faciles à développer.

Quant au premier objet, nous ferons remarquer que l’aisselle des feuilles est le principal de ces points déterminés dans tous les végétaux, où, par la marche ordinaire de la végétation j il y a facilité de développement pour les germes de branches ; c’est ce qui arrive dans le cours naturel des choses, et ce qui forme les bourgeons ordinaires.

Quant au second, il est des plantes qui offrent naturellement çà et là des articulations ou nodosités transversales, lesquelles jouent le rôle de bourrelets, retiennent la sève , forment des dépôts de nourriture, et par-conséquent favorisent le développement des germes : telles sont les articulations des œillets, des vignes ou des géraniums, les nœuds des graminées , etc. 11 en est d’autres qui forment de place en place des espèces d’exostoses ou tubercules, lesquels se remplissent d’une quantité notable de fécule, et qui tendent à faire développer les germes situés sur leur surface^ telles sont les pommes-de-terre,les topinambours, etc/, Tom. II. 8

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les germes paraissent sur ces tubercules comme des points opaques et un peu charnus ; on leur donne fréquemment le nom ^'yeux. Chacun sait, au-moins par l’exemple populaire de la pomme-de-terre, que ces yeux ou germes, séparés de la partie féculente du tubercule , et placés dans des circonstances favorables, peuvent se développer et produire un nouvel individu ; mais on sait aussi que ce développement est plus facile et plus vigoureux lorsqu’on laisse, autour de chaque œil ou germe, la totalité ou du- moins une partie de la nourriture qui avait été amassée d’avance autour de lui. Ainsi les développemens de ce genre sont favorisés par la nourriture accumulée dans les tubercules, mais peuvent avoir lieu par les forces propres du germe qui attire à lui l’eau ambiante. Il est en effet d’autres tubercules où l’on trouve le germe muni d’une très-petite provision de nourriture : tels sont ceux qui naissent sur les :

racines du saxifraga granulata ; tels sont les bulbilles ou |

petits cayeux qui se développent accidentellement ou con- |

stamment dans l’aisselle des feuilles de plusieurs liliacées, !

et même à l’aisselle de leurs spatlies, et qu’on peut presque '

à volonté considérer comme des bourgeons ou comme des tubercules.

Il est des cas où les germes existent presque sans provision quelconque , visibles sous forme de ponctuations, mais prêts à se développer quand les circonstances sont i favorables ; tels sont les points visibles dans les sinus des ! crénelures de (a feuille du hryophyllum calycinum , et 1 qui se développent quand cette feuille, étant un peu âgée, | vient à toucher la terre humide (i). |

(l) Voy. pl. 32 , f. I.

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Lorsque les tubercules quelconques , qui portent des germes, se détachent d’eux-mêmes de la plante qui leur a donné naissance, on conçoit facilement que cette double circonstance d’être des corps isolés, clos de toute part, î et susceptibles de produire un nouvel individu quand on I les sème , a dû les faire prendre pour .des graines ; c’est ce qui est arrivé pour la ficaire, par exemple, où le développement des bulbilles a été décrit pour une vraie germination (2).

I Cette erreur est d’autant plus excusable, qu’il est des 1 cas où il est réellement difficile de démêler la vérité, et où l’on observe , entre les graines et les tubercules , des rapports remarquables.

I Ainsi , l’on trouve plusieurs espèces de criniim et ! ^amaryllis dans lesquelles les loges des fruits, aii-lieu de I renfermer des graines à l’état ordinaire, ne contiennent I chacune qu’un corps épais, charnu, arrondi, où fon re- 1 marque un petit ceil -, ce corps se détache du péricarpe à ! sa maturité, et lorsqu’on le sème, il reproduit un nouvel I individu. Est-ce un tubercule ou un bulbille , comme on le I dit généralement? Est-ce une graine modifiée dans sa consistance, comme le pensent quelques botanistes modernes? Pour oser embrasser avec quelque confiance l’une ou l’autre j de ces opinions , il faudrait avant tout bien savoir quelle 1 différence essentielle se trouve entre les graines et les tubercules. Le même germe ne pourrait-il point, selon l’état de son développement, ou avoir besoin de fécondation, ce qui est le cas ordinaire , ou n’en pas avoir besoin, et alors se développer sous forme de tubercule ou de

(.i) Mirb. cité p«r Biria , renonc. , pi. i.

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bulbille? Ce soupçon semble prendre un peu de consistance, si l’on réfléchit que les germes du hryophyllum sont placés dans la feuille précisément comme les ovules dans le péricarpe, et semblent par-conséquent de même nature. Un second exemple, assez curieux mais moins clair, nous est offert dans les lentilles d’eau ou îemna (3) ; le mode ordinaire de reproduction de ces plantes est le développement d’un germe latéral situé sur le bord du disque foliacé qui compose la plante entière; ce germe, en se développant, forme un second disque foliacé collé au premier, mais qui ensuite s’en sépare de lui -même, et forme une plante entière. Or, lorsque ces plantes viennent à fleurir, ce qui est assez rare, leurs fleurs se trouvent précisément placées au point où est ordinairement le germe qui se développe en disque ; d’où l’on peut présumer, selon M. Léman, que cè germe peut se développer, suivant les circonstances, avec ou sans fécondation.

Enfin , nous verrons, dans le chapitre suivant, qu’il est des végétaux crj^ptogames dans lesquels il est tout-àfait impossible d’affirmer si leur développement est dû à une vraie fécondation ou à des circonstances purement relatives à la nutrition. Si l’identité de nature des germes qui se développent avec et sans fécondation peut être complètement démontrée, elle deviendra un fort argument contre le système de l’épigenèse. Je m’explique : parmi les naturalistes qui ont étudié la théorie de la génération animale, il s’est formé deux écoles opposées ; les uns, tels que Haller, Bonnet et Spallanzani, ont soutenu que le germe existait tout formé, avant la fécondation, dans l’organe

(3) WolfF. Comm. 1801, iii-4.® avec une pL* — Bull, phiiom. 3, n.o 79; pl. 18.

femelle, et ne recevait de l’organe mâle que l’action vitale. Les autres, tels que Needham, ont pensé que le germe existait dans l’organe mâle, qui le transmettait à l’organe femelle, lequel lui servait seulement de matrice. Les observations récentes de MM. Prévost et Dumas ont semblé donner de la force à cette dernière opinion, quoique dans le fait tout ce qui en est connu soit explicable dans les deux théories. Lorsqu’on a voulu appliquer ces considérations au règne végétal , on s’est demandé si les petits grains qu’on a aperçus dans quelques fovilias ne joueraient point un rôle analogue à celui qu’on a attribué aux animalcules sperm'atiques ; mais outre les faits nombreux qui constatent la préexistence des ovules à la fécondation, et la continuité de l’embryon avec la plante mère , il est évident que si les germes non fécondés, et par-conséquent non apportés par la fécondation , se développent de la même manière queues ovules fécondés, on doit en conclure que ceux-ci sont bien produits par l’organe femelle, et ne doivent au mâle que faction vitale.

La reproduction des végétaux par simple division, ou, ce qui est dire la même chose , par des germes non fécondés, est un phénomène universel, et toutes les plantes paraissent susceptibles de ce mode de multiplication. La fécondation végétale, ont dit quelques savans, est donc un phénomène inutile , puisque toutes les plantes ont un autre mode de reproduction, et par-conséquent on ne doit pas l’admettre. On peut répondre à ce genre d’argument , I qu’il faudrait aussi nier la fécondation dans les animaux susceptibles de division , tandis qu’il en est plusieursoù les deux modes de reproduction sont très-certains-, 2.® qu’il est très-vrai que tous les végétaux peuvent

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se reproduire sans fécondation, mais que dans la plupart il faut la main de l’homme pour déterminer ce phénomène-j qu’ainsi toutes les plantes phanérogames, qui ne sont ni rampantes, ni radicantes, ni munies de tubercules, c’està-dire au'inoins les trois quarts des végétaux connus, seraient dépourvues de toute reproduction naturelle, si les germes de leurs fleurs n’étaient pas vivifiés par la fécondation.

Il reste donc de cette observation, que la reproduction par germes non fécondés est pour ainsi dire virtuelle dans le règne végétal entier, circonstance très - remarquable quand on le compare au règne animal; mais que cette forme de reproduction exige un concours de circonstances physiologiques tel qu’il est rare de le rencontrer dans l’état de nature, au degré nécessaire pour la plupart des végétaux , et que la fécondation est le phénomène naturel qui remplace celui-ci, et assure ainsi la perpétuité des espèces.

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