‹ Organon de l'art de guérirChapitre 10 sur 52 · LIV · texte numérisé non relu

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geres, excitées par des médicamens dans des corps sains, bien join de les affaiblir et de leur nuire, contribuent au contraire à raffermir leur santé et à les rendre plus propres à réagir contre toutes sortes d’influences délétères. Quel plus bel exemple pour la vérité de cette assertion, que la santé de l'illustre auteur de l’Organon. Hahnemann, après avoir fait sur luimême l'essai de ‘tous les medicamens de sa Matiere médicale, jouit à l’âge de 77 ans de la plénitude de ses forces physiques et inte]lectuelles; il n’est jamais malade et il ne cesse d’être actif.

4) Les médecins homéopathiques font la plupart des essais sur eux-mêmes. Quand ils en font sur autrui, ce n’est que sur des personnes qui s’y prêtent volontairement par intérêt pour la science et pour la cause de l'humanité souffrante. En effet, quelle action saurait être plus philanthropique que celle de se soumettre volontairement à des douleurs et des incommodites passageres, pour faciliter la guérison future de millions diinfortunes, accables du poids de la maladie !

Où est ici la cruauté, où est l’action immorale ? Mais en revanche, Messieurs, n'est-il pas cruel d’expérimenter avec des médicamens inconnus sur le corps débile et souffrant du pauvre malade? C'est pourtant la ce qui vous reste à faire, si vous voulez seulement

abstraire les vertus curatives des remèdes par leurs effets dans les maladies!

‘Objections contre la thérapeutique de Hahnemann.

A) Contre le principe fondamental.

Pour ne pas embarrasser cette matière, il faut distinguer trois choses différentes :

1) l’homéopathie comme découverte pratique, c. à d. le fait, que la plupart des maladies sont guéries d’une manière directe, douce, durable et relativement rapide, en employant contre elles de petites doses de médicamens, qui, donnés en doses-ordinaires, peuvent produire sur des corps sains un groupe de symptômes morbifiques très-semblables à la souffrance naturelle;

2) l'explication théorique que Hahnemann donne de ce fait; et |

3) les reproches qu'il fait aux autres méthodes curatives.

Les adversaires de l’homeopathie ont toujours confondu ces trois points essentiellement différens, et ils

# ont cru avoir renversé la vérité du premier, quand ils ont fait quelques objections réelles contre des assertions de l’auteur qui se rangent sous les points No. 2 et 3. Nous allons donc en parler séparément.

1) L’homéopathie comme art pratique est réglée par la maxime que nous venons d’enoncer, et que Hahnemann exprime en peu de mots par l’adage latin: „Simtila similibus curantur ! © à d.: Les affections morbifiques des hommes sont andanties par des affections artificielles qui leur ressemblent parfaitement dans leurs effets ! |

Quelques adversaires ont été assez absurdes pour dire: „Que Hahnemann enseignait de guérir le mal avec le même mal; que par conséquent il fallait guérir p. ex. les souffrances qui provenaient de l'abus du vin, en faisant boire de nouveau force vin au malade.“ — Ces Messieurs n'ont pas fait attention qu'il y a une grande difference entre les mots égal et semblable (öuov et ouoioy). Il serait du dernier ridicule de dire, qu'on pouvait guérir p. ex. la scarlatine en exposant le malade à une seconde infection de la même fièvre. Mais Hahnemann dit: Administrez à cet individu une très-petite dose de belladonne, médicament qui, donné en forte dose, peut engendrer des souffrances médicinales très-semblables à ceux de la scarlatine, et votre malade sera guéri homéopathiquement.“ — Or la maladie artificielle. que l’homéopathie demande, n’est jamais une maladie égale et identique, mais seulement une maladie semblable et analogue à la maladie naturelle qu'il s’agit de guérir.

La maxime de guérir par des affections analogues est tout aussi peu une invention de Hahnemann, que la loi de la gravitation est une invention de l’immortel Newton. On a vu tomber pendant des milliers d’annees les pommes du haut des arbres sans y faire la moindre attention; ce fut pourtant ce phénomène vulgaire qui fit naître un jour dans la tête de Newton l'idée d'une loi générale de la physique! Eh bien, pourquoi nous étonner qu'on ait vu pendant de milliers d'années le phénomène des guérisons homéopathiques, avant que Hahnemann nous en ait donné la clef?

Le fondateur de la nouvelle méthode curative ne

demande pas une foi aveugle; non, il prie, il sollicite qu'on l’examine sur la pierre de touche de l’expérience. ‘Tous les médecins qui ont suivi cette invitation, et qui ont entrepris leurs essais avec sincérité et exactitude, ont trouvé constatée la loi homéopathique. Qu'on lise les narrations de cures opérées par les Docteurs Rau, Rummel, Messerschmidt, Steegemann, Bigel, Müller, Mühlenbein etc. etc., tous médecins de 10, 20, 30 a 40 années de pratique, hommes distingues par leur savoir et leurs succes, et on jugera si l’homéopathie est plus qu'un songe phantastique! Est-il probable que tous ces médecins qui ne se trouvent dans aucune relation avec Hahnemann, qui se défiaient même de la vérité de sa doctrine, aient été entrainés par une espèce de charme à raconter des mensonges, ou bien que le hazard leur ait fait le plaisir d’être toujours complaisant quand ils suivaient la méthode homéopathique? Assurément il faudrait abjurer toute foi historique, pour soutenir une telle négation !

Nos lecteurs trouveront dans le second chapitre de l'introduction de l’auteur une série de cures nombreuses, prises dans tous les temps, où des médecins de l’ancienne école ont guéri homéopathiquement sans le savoir. Les adversaires de Habnemann ont cru bouleverser son édifice, en prouvant que quelquesunes de ces cures souffraient aussi d’autres explications. Quelle erreur! Hahnemann, entrainé par le zèle pour sa création, a pu citer quelques exemples d’une valeur équivoque ; mais il est prouvé que la plupart sont frappans, et quand même de cette centaine de cures, il n'y en aurait que la moitié qui parlassent évidemment pour la découverte de l’auteur, ceci aurait dü suffire

pour éveiller l'attention générale. Au reste Hahnemann n’a cité ces exemples que pour constater l’antiquité de l’homéopathie, mais non pas sa vérité. „Essayez vous-mêmes les medicamens sur l’homme sain, dit-il, et employez-les ci-après contre les maladies suivant le principe de l’homéopathie, et vous verrez bien si je suis un réveur !“

La loi homéopathique est celle qui préside à l’action de tous les remèdes qu'on nomme spécifiques; voici la grande découverte que la science médicale doit à la doctrine de Hahnemann! Je me borne à quelques peu d'exemples, pris de l'ouvrage du Dr. et Conseiller Rau !).

„Le mercure, administré en grandes doses, excite des ulcères au gosier, tres-ressemblans aux ulcères vénériens ; de petites doses de mercure guérissent ces dernières. — La belladonne excite des souffrances et phénomènes semblables à ceux qui proviennent de la morsure d’un chien enragé; c’est ce médicament qui a très-souvent guéri la rage. — La pulsatille entraine des obscurcissemens de la vue; mais elle est aussi un excellent remède dans quelques espèces de goutte sereine. — De petites doses de rhubarbe appaisent des diarrhées spontanées; cette même rhubarbe, donnée en grandes doses, est un purgatif. — Le suc de pavot, administré en grandes doses, constipe le ventre; de petites doses de ce médicament sont un excellent remède dans la passion iliaque. — Le suc de pavot enivre et engourdit enfin le sentiment; de très-petites doses de ce mé-

1) Voyez: Rau, loc. cit. p. 75 — 78.

dicament éloignent comme par enchantement l’état comateux qui accompagne les fièvres chaudes. — L'homme des champs connait la qualité du suc de bouleau d’exciter des éruptions cutanées; inais il en fait aussi un usage salutaire contre certains exanthèmes invétérées. — L’ipecacuanha qui fait vomir, peut guérir en petites doses des vomissemens spontanés. — Le soufre engendre des exanthemes; on n’a qu'à visiter les eaux sulfureuses, p. ex. de Nenndorf, et on verra que la plupart des personnes qui en boivent, deviennent sujettes à des éruptions. C’est pourtant le soufre qui est le remède le plus souverain contre la gale. — L’ellebore blanc était déjà connu dans l'antiquité comme un remede efficace contre certaines espèces de manie; et cependant de fortes doses de cette drogue peuvent engendrer la dite maladie. “

En voilà assez, pour exciter la curiosité et pour ébranler l'incrédulité. Nous renvoyons nos lecteurs au second chapitre de l'introduction de lOrganon, où ils trouveront une plus ample collection de cures homéopathiques. — Il sera encore bien plus instructif de lire les narrations de cures homéopathiques qui se trouvent dans les Archives homéopathiques du Dr. Stapf, dans l’examen de lhoméopathie par le Dr. Bigel, dans les ouvrages cites des docteurs Rau et Rummel etc., et de les comparer avec les symptömes des remèdes en question qui se trouvent dans la Matière médicale pure et les autres ouvrages dont nous avons parlé précédemment. Cette comparaison ne laissera pas le moindre doute, que les dites guérisons se sont opérées suivant la maxime de l'homéopathie.

2) Nous venons de justifier la réalité de la voie curative homéopathique sous le rapport pratique; le second point que nous avons à discuter, est son explication théorique. — Il n’y a qu'une seule et même manière de vérifier les faits: L'observation exacte, l'expérience pure, le jugement impartial, tels sont les moyens qui nous mènent au but. Mais une explication théorique est fille de la spéculation et de la réflexion qui peuvent marcher sur des voies différentes chez divers individus. Or, un fait peut être constaté, tandis que l’explication scientifique en demeure encore imparfaite. Voici le cas de l'homéopathie; la pratique en doit étre unique, mais on ne s’est pas encore mis complètement d’accord sur les dernières causes qui motivent les succès de cette méthode. Nous avons exposé dans le chapitre precedent $. XVIII. l'explication théorique de Hahnemann, et nous prions nos lecteurs de relire ce paragraphe, pour ne pas avoir besoin de le répéter en ce lieu. Les objections des adversaires se réduisent sur-tout aux points suivans:

1) Qu'il était faux de dire, que les puissances medicinales possédaient une force prépondérante et absolue, tandis que les autres puissances morbifiques n'avaient qu'une force inférieure et relative; vu que plusieurs substances médicinales exerçaient une influence très - faible sur nombre d'individus, au lieu que des miasmes, comme p. ex. la petite vérole, la peste orientale, le choléra etc. affectaient la plupart des personnes qui s'y trouvaient exposées.

2) Qu'il était inconcevable comment une nouvelle affection semblable pouvait combattre et ané-

“nn

antir la maladie naturelle; qu’au contraire elle devait s’allier à celle-ci et la rendre plus grave.

Voici ce que répond l’école homéopathique :

On ne prétend aucunement que chaque médicament soit plus fort que toute autre puissance délétère; Hahnemann dit seulement que les substances médicinales opèrent en général d’une manière plus définie et plus énergique sur l'organisme que ne le font les autres puissances nuisibles, et que c’est cette force pathogénétique particulière, qui fait qu'un médicament peut changer et vaincre la maladie à laquelle il convient.

On confond derechef les notions de l’identicité et de la ressemblance, quand on nie la possibilite de la victoire du remede homeopathique sur la maladie. Si le remède était dans son essence la même chose que la maladie, il y aurait sans doute addition du mal au mal. Mais comme il est une puissance différente quant à son essence, mais semblable quant à ses effets sur l’organisme, il doit nécessairement lutter contre la maladie naturelle et tàcher de la déplacer des organes qu’elle occupe; car ces parties sont justement les mêmes qui conviennent aussi au remède homéopathique. Or, comme l’action du remede est plus énergique que celle de la maladie naturelle, cette dernière se trouve anéantie et l'organisme en est délivré d'une manière durable. Mais la maladie médicinale qui subsiste, n’a qu'une durée bien limitée et

se trouve vaincue à son {our par la reaction de la faculté vitale.

Telle est la théorie de Hahnemann, qui a été adoptée par la plupart des médecins homéopathiques. Elle est pleine d'esprit et de sagacité, et peut-être est-elle la meilleure qu'on puisse donner. Cependant en pesant avec impartialité le pour et le contre, je n'ai pu me dissimuler qu’il me reste quelque chose à désirer. Car 1) pour ce qui est de la force plus énergique des médicamens, on ne saurait contester qu'il est difficile de mesurer au juste l’intensité des puissances dynamiques. Il y a des substances médicinales bien supérieures à l'influence de quantité d’autres choses nuisibles; mais il y a aussi en revanche des puissances délétères dont les effets me paraissent bien plus énergiques que ceux de quantité de médicamens. 2) La ressemblance de la maladie artificielle avec la maladie naturelle nous fait bien concevoir la nécessité d’une lutte immédiate entre l’une et l’autre, et la possibilité de la victoire du remede. Mais elle ne nous explique pas pourquoi cette victoire n’est pas toujours décisive, quoique le remède fût très-bien choisi et que le malade ne commit aucune faute contre la diète; elle ne nous explique pas, dis-je, pourquoi le remède n’opere souvent qu'une diminution de la maladie, de facon qu'il faut répéter l’usage de la même drogue ou en donner une autre qui réponde mieux au reste des symptômes. Si la maladie médicinale était de sa nature toujours plus énergique que la maladie naturelle, et qu’elle se mettait d'abord à la place de cette dernière, la première dose d'un remede spécifique suffirait toujours pour deloger et vain-

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cre le mal, ce qui pourtant est contraire à l’experience.

Ce furent ces réflexions qui m'ont mené à la théorie suivante qui, dans le fond de la chose, est basée sur celle de Hahnemann, mais qui cependant lui ajoute quelques modifications. Je suis bien éloigné de croire que j'aie en effet approfondi la chose; au contraire, j'avoue franchement que ma propre explication ne me satisfait non plus entièrement: Je ne la regarde que comme un essai, qui présente un nouveau point de vue, et qui peut-être pourra contribuer quelque chose à faire trouver la vérité Le voici:

Je suis d’avis avec Hahnemann que le médicament homeopathique excite dans l’organisme une affection très-semblable au mal à guérir, et que cette nouvelle affection lutte contre la premiere qui occupe les mêmes parties. Elle tâche de la déplacer et la rend plus mobile, si j'ose me servir de cette expression; mais il n’est pas encore dit par là que la maladie naturelle soit parfaitement anéantie par le médicament tout seul, du moins pas dans tous les cas. Ceci se fait, à ce qu'il me semble, par un second acte dans lequel la faculté vitale de l’organisme joue le rôle principal. Cette faculté a toujours la tendance de maintenir lintégrité du corps et de réagir contre toute irritation étrangère et hostile. Or, l'influence médicinale étant telle, elle se ranime bientôt, après en avoir éprouvé l'impression primitive, et la combat de vive force. Mais comme la maladie homéopathique est parfaitement semblable à la maladie naturelle, la force vitale est en même temps déterminée à réagir contre cette dernière, et comme celle-ci a déjà été heurtée,

ébranlée, et rendue mobile par la maladie artificielle, la force conservatrice de l'organisme se trouve en état de vaincre à la fois toutes les deux affections et de ramener l’équilibre de la santé. Le médicament homéopathique est donc actif d’une double. manière: 1) directement, en excitant une affection artificielle qui lutte immédiatement contre la souffrance naturelle, et 2) indirectement, en déterminant la faculté vitale d'une manière spécifique à remporter une victoire complète sur la maladie à guérir.

Il me semble que cette théorie explique assez bien pourquoi des remèdes d’ailleurs très-homéopathiques n’operent souvent qu'une diminution successive du mal et quil faut une cure suivie pour le vaincre d’une manière radicale. Elle nous explique aussi pourquoi il existe des cas rares, où la méthode homéopathique ne peut pas plus qu'une autre méthode quelconque effectuer une guérison durable, c. à d. 1) quand le malade se trouve dans un état de décrépitude complète, où les ressorts de la vie ont perdu toute énergie, et 2) quand la maladie a causé une corruption totale de quelque viscère noble et indispensable à l’existence (comme p. ex. une suppuration et destruction générale des poumons). Dans l’un et l’autre cas on remarque bien au commencement un petit effet primitif du remède, on remarque aussi une petite diminution des symptômes, mais elle n’est que passagère; parce que la force vitale est trop impuissante pour anéantir la maladie naturelle elle-même. Cependant ceci ne saurait être un reproche pour la méthode homéopathique, car toutes les méthodes curatives se trou-

veroni

veront ici en une position pareille. : L'art médical touche à sa fin, lorsqu'il n’est plus secondé par les efforts de la nature. |

3) En prouvant la vérité du principe fondamental de l’homéopathie, Hahnemann s'est servi non seulement d’argumens positifs, mais aussi d'une démonstration négative, c. à d. en refutant l'utilité des autres méthodes curatives. Il n'entre nullement dans nos vues de justifier toutes les assertions que l’auteur de l’Organon a énoncées sous ce rapport. L’enthousiasme pour la grande découverte qu'il a faite, la persuasion de la defectuosite de l'art médical, et l'humeur que lui ont donné l'indifférence, la malignité et les calomnies de nombre de ses collègues, toutes ces circonstances ensemble l'ont porté parfois trop loin dans son zèle reformateur,: et lui ont fait soutenir des thèses tranchantes qui ont éloigné de l'étude de sa doctrine même quantité de: médecins d’ailleurs bienveillans.

Toutes les autres méthodes curatives sont rangées par lui en deux grandes catégories, la méthode antipathique et la méthode allopathique.. (Voyez le chapitre précédent, 8..XIV.). Quant à la premiere, Hahnemann la recommande lui-même dans les accidens urgens, comme p. ex. en cas d’asphyxie. Il a aussi récemment enseigné qu'on pouvait faire un usage subordonné d’une espèce de traitement antipathique dans quelques maladies chroniques, c. à d. de commotions. électriques légères, pour réexciter la sensibilité dans des membres paralyses !).: Ne serait-il donc pas possible qu'il existe encore plus de cas où la méthode antipathique puisse servir de soutien à la mé-

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1) Voyez: Die chronischen Krankheiten, Vol. I. p.238 — 241. CELLES

thode homéopathique? Je n’en doute pas; il en reste seulement à découvrir les lois.

Quant à la méthode allopathique, l’ancienne école a réclamé contre Hahnemann, „parce qu'il la définissait comme une méthode employant des remèdes qui ne se trouvaient dans aucun rapport avec laffection du malade ; elle a prétendu au contraire que cette méthode n’attaquait que des organes et des parties qui se trouvaient dans une connexité physiologique et sympathique avec l’organe ou le système souffrant, pour opérer une révulsion salutaire du mal.“ En effet, si l'on veut étre impartial, on ne saurait nier que le mot allopathique est souvent trop large, et que le sens qu'y attache Hahnemann, a quelque chose d’offensant pour les médecins qui suivent cette voie curative. Il vaudrait mieux la nommer la méthode sympathique, parce qu'elle tâche de vaincre l'affection naturelle en excitant une souffrance artificielle dans un autre organe qui se trouve en rapport sympathique avec la partie qui est le foyer du mal. Ce qui est cependant tres-sür, cest que la malheureuse coutume de meler plusieurs drogues ensemble, fait que souvent la méthode sympathique devient allopathique dans le sens de Hahnemann.

Il faut encore remarquer, que Hahnemann comprend sous sa catégorie allopathique aussi les différentes méthodes évacuatives. On a vu au second chapitre $. VIT. que l'auteur regarde la presquetotalité des maladies comme dynamiques et que par conséquent il désapprouve les dites méthodes. Les adversaires ont reproché ici à Hahnemann, ,qu'il n’envisageait l'homme que d'un seul côté, savoir du côté dynamique, et qu'il negligeait le côté matériel;

que cependant il devait necessairement exister un traitement different dans les maladies sans matières morbifiques, et dans celles qui en avaient une pour base.“ — L'école homéopathique a répondu: „Que Hahnemann ne niait pas l’existence de matières vicieuses, mais qu'il les regardait seulement comme des produits d'un désaccord dynamique qui devaient nécessairement disparaitre avec l’anéantissement de celuici.“ — Les adversaires ont repliqué: „Que, supposé même que les matières. vicieuses' ne fussent que des produits d’une altération dynamique, ces produits devaient réagir d'une manière nuisible sur l'organisme et aggraver le mal.“ — Voilà cependant ce que plusieurs médecins homéopathiques ne concèdent pas; d’autres au contraire avouent qu’une surabondance de matière vicieuse (p. ex. de pituite, de bile etc.) peut nécessiter l'emploi de remèdes évacuatifs, et que les remèdes homéopathiques doivent être employés ci-après pour opérer la guérison radicale.

Nous nous bornons à ces remarques fugitives, car l’espace qui est accordé à ce traité, ne nous permet pas de tracer un parallèle suivi entre les différentes méthodes curatives. „La nature de l’organisme humain admet et demande sans doute plus d'une voie de guérison, et toute méthode est bonne qui est fondée sur des expériences pures et sur des motifs raisonnables. La méthode homéopathique nous parait être la plus parfaite de toutes, mais nous ne croyons pas qu'elle puisse se passer entièrement de ses soeurs.“ Telle est notre profession de foi, comme celle de tous les adhérens modérés de la doctrine de Hahnemann, et que nous

prononcons en face des parties belligérantes, car notre HAHHE 9

intention n’est pas de les acharner davantage l’une contre l’autre, mais de les faire venir à une composition amiable.

Ce point une fois établi, nous nous hätons d’aborder le reste des objections qui se dirigent contre l’exiguite des doses et la simplicité des remèdes homéopathiques.

B) Objections contre l’exiguïté des doses homéopathiques.

Aucun côté de la doctrine de Hahnemann n’a été plus souvent attaqué et ridiculisé que: les règles qu'il a donné sur la rarefaction des médicamens à l'usage de sa méthode curative.

„I y a eu des adversaires qui ont voulu prouver par des calculs, que la masse d’eau nécessaire pour produire la raréfaction d’une goutte que Hahnemann nomme une décillionième, formerait un globe ayant plusieurs billions de milles géographiques pour diamètre.“ — On leur a répondu qu'on regrettait bien la peine qu'ils s'étaient donnée, mais que Hahnemann n'avait besoin que de 3000 gouttes d'esprit de vin pour former sa trentième rarefaction qu'il nomme l’atténuation des décillionièmes. Nous prions nos lecteurs de relire ici la déscription des atténuations homéopathiques que nous avons donnée au chapitre 2ième $. XX. Le Dr. Bigel dit fort bien: „In’y a que la terminologie qui implique dans cette affaire. Les remèdes homéopathiques s’atténuent de l’unité jusqu’à trente fractions de cette unité. Supprimez les mots centièmes, dix-milliemes, millioniemes etc., pour les remplacer par ceux de liere, 2ième, 3ième division etc., et les mots cesseront d’en imposer à la raison, qui entend très-bien qu'une goutte médi-

cinale mêlée à quatre onces de liquide communique sa verlu à toutes les parties constituantes de ce liquide. Cette dose de quatre onces est en effet le total du liquide employé à la division de la goutte médicinale en 30 fractions différentes 1).

, D’autres ennemis de l'homéopathie ont dit qu’une goutte d’un médicament versée dans le lac de Genève, devrait rendre toute la masse du lac propre à des guérisons homeopathiques.“ — Mais le ridicule de cette saillie ne retombe que sur ses auteurs. Car le medecin homéopathique ne mêle jamais les gouttes médicinales avec de grandes masses d’eau, mais seulement avec 100 gouttes d'esprit de vin (ou de grains de sucre de lait) à la fois. Le mélange n’est non plus un mélange superficiel, mais une mixtion très-intime qui s'opère à force de sécousses ou de triturations. Or, Hahnemann a riposté avec raison à ces moqueurs, qu'ils Jui trouvent une machine propre à mêler une goutte médicinale aux eaux du lac de Genève, de facon que chaque goutte d’eau recoive une quotité relative de la goutte du médicament ©? )!

D'autres antagonistes de Hahnemann, plus sages que ces railleurs absurdes, ont dit qu'ils concevaient bien comment se faisaient les raréfactions homéopathiques, mais qu'il était contre toute vraisemblance et contre toute analogie qu’une goutte d’un médicament, arrivée à la 3ième, 4ième, 5ième rarefaction, puisse encore faire le moindre effet sur le corps de l’homme. Car, disent-ils: 1) l’air que nous respirons est tou-

1) Voyez: Bigel, Examen de l’homéopathie, Vol. 1. p. 11. 2) Voyez la es de Hahnemann sur l'efficacité des doses homeopathiques, qui se trouve dans sa Matière médicale,

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jours rempli d'une quantité de gaz et de particules nuisibles et médicinales ; or il faudrait que nous fussions continuellement malade. 2) Si les particules homéopathiques étaient vraiment actives, il faudrait nécessairement que les doses dont se servent les autres méthodes, fussent toujours mortelles ou du moins trèsnuisibles, et jamais salutaires; chose qui est refutée par l'expérience journalière.

Voici ce que replique l’école homéopathique.

1) Nous ne nions pas que latmosphère, sur-tout dans les grandes villes, abonde de toutes sortes d’emanations de diverses substances, mais toutes ces émanations se contrarient réciproquement et se trouvent aussi décomposées et neutralisées par Yinfluence du grand air, de facon que, dans la regle, il n’en peut resulter une affection morbifique sur les individus qui s’y exposent. Il en est de même des émanations de diverses plantes médicinales dans les champs, les bois et dans nos jardins. Mais mettez-vous quelque temps en contact avec une seule et même émanation, p. ex. avec l’odeur d’un sureau en pleine floraison, et vous avouerez bientôt que ces particules impondérables ne sont pas sans influence sur votre sensibilité. Rappelez-vous donc des miasmes de plusieurs maladies épidémiques qui se communiquent par l'air d’une manière si inconcevable. Rappelez-vous de plusieurs substances odoriférantes et sur-tout du musc dont un seul grain est en état de parfumer un vaste salon de facon que vous sentirez son odeur à chaque distance et que nombre de personnes en recoivent des maux de tête, des vertiges etc.; pésez

donc les particules qui nagent dans cette atmosphere ?

Quant à la seconde objection, nous répondons : La tendance des méthodes curatives usitées que Habnemann comprend sous les catégories de méthode antipathique et allopathique, étant toute différente de celle de la méthode homéopathique, il n’y a rien de surprenant que la mesure des doses le soit aussi. La méthode antipathique veut vaincre la maladie en produisant une affection contraire, chose qui demande une attaque vigoureuse, parce que les organes souffrans se trouvent dans une disposition toute opposée. Il faut donc de fortes doses d’opium pour arrêter une diarrhée; il faut de fortes doses de remèdes excitatifs pour vaincre la torpeur des nerfs dans certaines fievres nerveuses: il faut de fortes doses de remèdes antiphlogistiques pour produire l’état de relâchement opposé à l’état inflammatoire etc. etc. — La méthode allopathique qui comprend les méthodes révulsives et antagonistiques, attaque une partie saine ou moins souffrante de l'organisme pour détourner la force de la maladie des organes’ primitivement affectés qui se trouvent dans un danger éminent. Or il faut encore que cette méthode se serve de fortes doses, parce qu'il s’agit de produire une maladie artificielle dans des organes et des parties qui n’y sont pas disposées, qui même y sont souvent encore moins disposées que dans un corps parfaitement sain.

Mais le cas est tout different dans la methode homéopathique. Le remède marche ici droit vers le foyer du mal; il attaque les organes souffrans avec une maladie artificielle très-semblable à l'affection qui les occupe; or les parties souffrantes se trouvant dans une disposition extr&me pour recevoir toute impression analogue, le médecin n’a besoin que d'une très-petite dose pour produire l'affection medicinale qui lutte contre la maladie naturelle, et l’anéantit, soit en la déplacant, soit en déterminant la faculté vitale à la réaction dont nous avons parlé précédemment. Une grande dose au contraire augmenterait la maladie à un degré exorbitant, de facon que la faculté vitale serait impuissante de réagir, et que le malade périrait peutêtre de l’aggravation homéopathique produite par le remède.

Il est donc clair, que la diminution des doses homéopathiques est une suite immédiate et fort rationnelle du principe fondamental de la nouvelle doctrine. Les méthodes antipathiques et allopathiques ont raison de dire: „Plus grave est la maladie, plus les doses doivent être fortes.“ Mais la méthode homéopathique a tout aussi raison de dire: ,,Plus la maladie est grave, plus les doses doivent être subtiles.“

„Mais,. disent les adversaires, Hahnemann cite pourtant lui-même des cures homéopathiques opérées par des médecins de l’ancienne école, et assurément ces médecins n’ont pas administré des doses tellement atténuées qu'il a coutume de les ordonner.“

Nous ne nions pas, répondent les adhérens de l’homéopathie, que l’on a souvent guéri des maladies

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par des remèdes homéopathiques quoiqu’on les eût administrés en doses ordinaires. Mais il faut ici mettre en considération: 1) que le degré de receptivité et de sensibilité des malades est tres-different; 2) que les médecins de l’ancienne école emploient rarement un seul remède simple à la fois; mais qu'on a coutume d’affaiblir la violence des spécifiques en y joignant d’autres médicamens nommés correctifs, et 3) que les grandes doses provoquent souvent des crises évacuatives, par lesquelles la nature se débarrasse du surplus du médicament avant qu'il n'ait fait tout son effet. — Mais comme on ne peut jamais savoir au juste d'avance quel sera le degré de receptivité et de sensibilité de l'organisme, il vaut toujours mieux agir prudemment que d'exposer le malade à une chance dangereuse. Or, comme l'expérience prouve que l’on réussit tout aussi bien avec les petites doses homéopathiques qu’avec les doses ordinaires, il est de raison de préférer les premières. D'ailleurs les petites doses ménagent davantage les forces du malade, et facilitent la réaction de la faculté vitale, en lui opposant moins de résistance dans l'affection médicinale.

C) Objections contre la simplicité des remèdes homéopathiques.

Les adversaires de l’homéopathie ont observé: 1) Qu'il était impossible de suffire avec un seul médicament simple à toutes les indications d’une maladie. 2) Qu'il fallait souvent corriger les qualités secondaires nuisibles d’un médicament, d’ailleurs utile, en lui ajoutant un ou plusieurs correctifs. 3) Que plusieurs médicamens ensemble développaient souvent des vertus toutes nouvelles et des effets admirables qu'aucun des divers ingrédiens n'aurait pu opérer tout seul.

Voici ce qu'ont répondu les adhérens de l’homeopathie :

1) La supposition qu'un seul médicament simple soit trop faible et trop pauvre en vertus curatives pour répondre à toutes les indications d’une maladie, ne dérive que de la défectuosité de la matière médicale vulgaire. C’est parce que l’on n’a jamais examiné les drogues simples d’une manière parfaite sur l'organisme de l’homme sain, qu'on se doute de la richesse de leurs effets positifs. Cet examen prouve que chaque medicament efticace possède la faculté de produire une diversité prodigieuse de symptômes, faculté qui le rend propre à servir de spécifique non seulement à une maladie toute entière, mais encore à différentes autres maladies, c. à d. que l’on peut trouver dans la série des symptômes du même médicament les élémens nécessaires pour composer les tableaux (ou groupes de symptômes) de diverses maladies. Comme la dose du médicament homéopathique est très-petite et bien raréfiée, le remède ne développe que les symptômes analogues au mal à guérir, qui touchent le côté souffrant de l'organisme, et pour lesquels celui-ci a une disposition singulière, que le Dr. Bigel a comparée ingénieusement à la disposition idiosyncratique Le reste des symptômes: qui se trouvent dans un rapport allopathique avec le cas donné, ne se développe pas; car pour produire des effets allopathiques il faudrait une plus forte dose.

Quand même un seul médicament ne suflirait pas à couvrir le groupe des symptômes de la

maladie, l’homéopathie n’emploiera jamais plusieurs médicamens à la fois, mais elle appliquera, Yun après l’autre, ceux qui se disputent le prix. La raison en est bien facile à concevoir. En mêlant ensemble quatre remèdes que nous voulons nommer à, b, c, et d, nous ne pourrons jamais dechiffrer auquel des quatre il faut attribuer l'effet salutaire ou nuisible qui en a résulté. Nous savons seulement que la mixture abcd a fait un tel effet, mais il y aurait de l’arbitraire à dire que’c'était &, ou D, ou c, ou d de préférence. Voilà cependant ce qui se fait tous les jours dans la pratique de l’école régnante. Voilà ce qui a corrompu totalement la Matière médicale et ce qui en a fait un labyrinthe plein d'erreurs et d'illusions. Voilà pourquoi on recommande une telle infinité de remèdes contre la même maladie, remèdes qui sont vantés dans tel journal et décriés dans tel autre. +

C’est à tort que l’on accuse certains médicamens efficaces d’avoir des qualités secondaires malignes. Les doses démésurées dans lesquelles on a coutume de les administrer sont la véritable cause de ces effets nuisibles. Diminuez la quantité des doses et vous n’aurez plus besoin de correctifs. Tous les correctifs et tous les autres remèdes que vous joignez comme soutiens au remede principal, nommé la base, se modifient et s’alterent réciproquement. Les divers ingrédiens a, b, c, d, nagissent plus d’après leur nature individuelle, non, ils forment un nouvel être composé dont il est impossible de combiner d'avance les effets.

3) Nous ne nions pas, que deux ingrediens medicinaux, meles ensemble, puissent quelquefois produire un effet favorable qu’un seul d’entr’eux n’aurait pu effectuer. Mais alors il faudra regarder cette mixtion comme un individu, et l’examiner comme tel sur l'organisme sain, pour connaitre avec certitude ses effets positifs. Pour le moment la Matière médicale a assez à faire de s’acquérir les vertus spécifiques des médicamens simples. La richesse des qualités de ceux que l'école homéopathique a déjà examinés, nous fait espérer qu'on pourra peut-être venir à bout de toutes ou de la plupart des maladies moyennant des remedes simples. La simplicité est le timbre que le créateur a imprimé aux lois de la nature. Vouloir atteindre par des forces combinées ce qu’on peut mieux effectuer par une seule, est contre le principe de la sagesse !

Nous finissons ici notre précis de la méthode homéopathique. Nos lecteurs ont parcouru successivement l'histoire, les dogmes principaux et la critique de la nouvelle doctrine médicale, et nous nous flattons de les avoir suffisamment préparés à la lecture de l'Organon même. Hommes éclairés d'une pation quelconque, et sur-tout Vous, médecins savans et philanthropes, veuillez étudier sans prévention et examiner par des expériences sincères cette jeune science interessante! Il s’agit de la réforme de l’art dépositaire du don le plus précicux de l’homme physique — la santé!

Dresde, le 30 Avril 1830.

Le Traducteur.

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