‹ Organon de l'art de guérirChapitre 9 sur 52 · XXX VII · texte numérisé non relu

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lesquels nous distinguons les Docteurs Rau, Rummel et Bigel, que nous allons puiser la défense de l’homéopathie t). | Il n'entre pas dans nos vues de discuter ici toutes

les objections que l’on a faites à la doctrine de Hahnemann ; on pourrait en remplir un gros volume. Nous nous bornerons à faire connaître celles qui regardent les points les plus essentiels de la nouvelle méthode curative, et nous les comprendrons sous les trois catégories suivantes.

1) Objections contre le diagnostic de Hahnemann;

2) Objections contre sa matière médicale pure;

3) Objections contre sa thérapeutique.

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Objections contre le diagnostic de Hahnemann.

Quant aux objections de cette premiere catégorie, on reproche d’abord à la nouvelle methode curative, dinspirer le mépris pour toute eulture scientifique de la médecine, parce qu’elle se contentait de considérer les signes extérieurs des maladies sans se soucier des causes et de la véritable nature du mal: que par conséquent le médecin n'avait plus besoin ni d'anatomie, ni de physiologie, ni de pathologie etc.

1) Voyez: Ueber den Werth des homöopathischen Heilverfahrens, von Dr. Rau, Heidelberg, 1824. — Die Homöopathie von ihrer Licht- und Schattenseite, von Dr. Rummel, Leipzig, 1827. — Examen théorique et pratique de l'homéopathie par le Dr. Bigel, Varsovie, 1827, en 3 volumes. — Parmi les collaborateurs des Archives ee furent sur-tout les Docteurs Gross et Maurice Müller qui se chargerent de l'apologie de la méthode homéopathique ; le premier refuta l'ouvrage de Heinroth et l’autre

ceux de Jörg et de Wedekind.

Les adherens de l’homéopathie répondent, qu'il n’est jamais venu dans l'idée de Hahnemann, ni dans celle d’aucun autre médecin homéopathique raisonnable, que l’Organon renferme la médecine toute entiere, et qu’on puisse se passer de toute autre étude. Bien loin de bouleverser la science médicale, la nouvelle doctrine contribuera à l’enrichir de nouvelles vérités précieuses, et à la mener à un degré de certitude et de perfection qui approchera de celui des sciences mathématiques. Le médecin homéopathique porte un respect profond à toute science médicale qui est basée sur des observations et des investigations sincères de la nature, ainsi que sur les réflexions müres qui en ont été déduites. Il étudiera donc avec soin l'anatomie, résultat des recherches les plus exactes qui nous apprend à connaitre l'état normal de lorganisme humain dans toutes ses parties. Il devra aussi connaitre parfaitement la physiologie qui nous enseigne les lois des fonctions végétales et animales de ce même organisme en état de santé. Il fait aussi cas de toutes Jes véritables découvertes dans la pathologie, que nous devons aux Hyppocrate, aux Boerhave, aux Sydenham, aux Haller, et à tant d’autres grands hommes des temps anciens et modernes. Oui, il étudiera même avec zèle la matière médicale et la thérapeutique ordinaire, sachant qu'il Sy trouvent nombre de vérités utiles parmi quantité de rêves et de fictions, enfans de la conjecture et d’une spéculation vague. — Ce sont l'anatomie, la physiologie et la pathologie qui font connaitre au médecin homéopathique la véritable valeur des symptômes d’une maladie ; ce sont elles qui lui apprennent à distinguer lesquels de ces signes sont des symptômes idiopathiques ou principaux, qui déri-

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vent immediatement du foyer du mal, et lesquels ne sont que des accidens sympathiques ou secondaires, excites dans d’autres parties qui se trouvent en rapport avec l’organe siege du mal.

„Mais,“ disent les adversaires, „les symptömes ne „sont pas la maladie elle-meme, ils ne constituent que „ses signes et phenomenes; et ces signes sont trom- „peurs, car des causes tres-differentes peuvent pro- „duire des effets semblables. C’est la cause du mal »qu'il faut pénétrer, c'est la cause qu'il faut combattre „et anéantir, pour opérer une cure radicale. Tolle »Causam, est la devise de l’école rationnelle !“

L'école homéopathique demande là-dessus, de quelle cause il est question? De la cause occasionelle qui engendre le mal, ou de la cause prochaine (causa morbi proxima), c. à d. du changement occulte dans l’intérieur de l'organisme qui est la source des symptômes? Si c’est de la cause occasionelle qu'on parle, le médecin homéopathique aura toujours soin de s’en informer, et si elle continue d'exister, il tächera de lecarter avant tout. Mais tres-souvent cette cause occasionelle a longtemps cessé d’agir, et nous n’avons plus à faire qu'à ses effets. — Si c’est au contraire de la cause prochaine du mal qu'on nous parle, nous soutenons que la science médicale n’est pas encore parvenue à reconnaitre le procédé pathogenétique dans l'intérieur de l'organisme, et qu'il est fort douteux si elle y parviendra jamais parfaitement. On simagine avoir approfondi l’essence des choses, quand on n'a fait que donner des noms collectifs à de certains groupes de symptômes. Si p. ex. on dit: „Les signes de cette maladie me font reconnaitre l'existence d'une fièvre inflammatoire,“ qu'est-ce qu’on a trouvé

sinon que le groupe des symptömes presens est celui que l’on a coutume de nommer fièvre inflammatoire? Mais savons-nous au fond ce que c’est que la fièvre ou l'inflammation? Avons-nous jamais observé ce qui se passe dans l'atelier mystérieux du corps vivant, quand nous voyons et sentons les effets des altérations susdites? — IL est sans doute nécessaire d'avoir des termes pour désigner de pareils groupes de symptômes, mais ces termes ne sont que des abstraclions, mais non pas la chose elle-même.

„Vous vous trompez, Messieurs, s’ecrie l’école „rationnelle, nous ne nous en tenons pas aux noms „seuls. L’anatomie pathologique, conjointement avec „la chymie, nous fait connaitre les changemens dans „linterieur occulte de l’organisme. Or nous remar- »quons quels ont été les phénomènes et sensations qui „ont accompagné ce dérangement intérieur, et quand „nous retrouvons un groupe de signes semblables nous „faisons la conclusion de l'extérieur à l'intérieur, et „nous dirigeons notre traitement avec certitude contre „la cause prochaine du mal.“

Nous avons, répondent les homéopathes, tout le respect possible pour l'anatomie pathologique, nous l’etudions avec zèle, et nous affirmons qu'elle a rendu plusieurs services importans à la thérapeutique. Mais nous nions quelle soit un guide sür qui nous fasse voir la cause du mal sans illusion et qui nous mette à même de former toujours un plan curatif convenable. La section du cadavre nous ouvre la demeure de la mort! Le principe vital a cessé d’agir et le travail de la décomposition des parties solides et fluides commence. Nous voyons bien des poumons en état de suppuration, un foie endurci ou enflé, des calculs

dans les reins, ou des hydatides dans le cerveau, ou des vaisseaux capillaires dilates et gorgés de sang, etc. etc. Mais connaissons-nous par la même le mystère du developpement de la maladie? Savons-nous, comment les facultes vitales etaient en desaccord, comment la nature des nerfs et des fibres irritables était modifiee, comment les humeurs étaient altérées etc. etc. tant que le corps était encore en vie? Souvent les maladies les plus graves et les plus longues ne laissent découvrir après la mort presqu’aucun vestige de conséquence. Et quel scalpel entra donc jamais dans les organes subtils de la pensée et du sentiment? Combien de maniaques et de mélancoliques ont été disséqués, sans qu’on ait trouvé le moindre désordre visible dans leur cerveau? — Combien de fois ne trouva-t-on pas des défauts organiques dans des parties, où l’on ne les avait jamais soupconnés? — Voyez quatre médecins célèbres au lit d'un malade souffrant d’une ancienne maladie compliquée ; chacun d’eux imaginera pour l’ordinaire une autre cause intérieure du mal, et la section du cadavre les désavouera peut-être tous à la fois! — Nous ne disons pas à cause de tout ceci qu'il faut abandonner entièrement la voie spéculative; l’esprit de l’homme en sent trop vivement le besoin, pour la bannir de la science. Elle est bonne pour la théorie, et elle peut mener parfois à des découvertes utiles. Mais le médecin pratique doit toujours préférer les faits et les expériences réelles à des hypothèses savantes mais illusoires.

C’est à tort que l’on nomme la méthode homéopathique un traitement symptomatique. Le traitement symptomatique est celui, qui n’a égard qu'à un

seul symptöme dont le malade se sent sur-tout incommode, et qui tâche de le combattre par un médicament antipathique, c. à d. par la voie palliative. La methode homeopathique au contraire envisage la maladie dans toutes ses parties et dans tout son développement, en tant quil est possible de le saisir sans avoir recours aux vaines conjectures. Le médecin homéopathique s’informe de la cause occasionelle du mal et écarte tout ce qui peut engendrer et nourrir les souffrances. Il envisage le malade sous tous les rapports, tant physiques que moraux; il accorde meme une attention singuliere aux changemens de l'humeur et de l’esprit. Il a égard aux influences du climat, des saisons, des lieux, de l’âge, du sexe, des occupations etc. etc. Il s’informe de la vie anterieure du malade et des infections auxquelles il a peutêtre été sujet, et desquelles sa souffrance actuelle n’est souvent qu'une forme secondaire. Qu'on lise dans l'Organon même les règles scrupuleuses que Hahnemann donne pour l'examen du malade, et qu'on dise encore que sa manière de considérer les maladies est légère et superficielle !

Hahnemann veut préserver la pratique médicale d'erreurs nuisibles; voilà pourquoi il appuie toujours sur la recherche exacte des symptômes et qu'il preche contre la conjecture et la spéculation. Cependant la méthode homéopathique ne saurait se passer d’une espèce d’abstraction. Hahnemann prescrit au médecin de distinguer et d'envisager sur-tout les symptômes caractéristiques de la maladie, vu que ce sont ceuxci auxquels le remède homéopathique doit répondre de préférence. Eh bien, ces symptômes caractéristiques et marquans, que sont-ils sinon les symptômes

idiopathiques et principaux qui dérivent du foyer de la maladie? Comment le médecin pourrait-il les distinguer de la foule des autres symptômes, sans avoir recours à l'anatomie, la physiologie et la pathologie ? On voit bien après tout ceci, que le diagnostic de Hahnemann embrasse plus que les mots ne semblent l'indiquer, qu’elle est un procédé tres-raisonnable, et qu’elle suppose de la part du médecin une érudition vaste et un esprit profond.

„L’ecole spéculative a encore opposé la possibilité, que, malgré la disparition de la totalité des symptömes, la cause du mal persistät dans le corps, et qu'elle reproduisit donc bientôt le mal sous la même ou sous une autre forme.“

Les homéopathes répondent là-dessus, que, quand il s’agit de guérison homéopathique, on entend toujours une guérison durable. Or, quand le médecin a délivré le malade de toutes ses souffrances de facon que celui-ci jouit continuellement d’une santé parfaite, il répugne à la droite raison de supposer que cet homme conserve encore dans son corps ane maladie occulte. Au moins une telle maladie pourrait être fort indifférente à l'individu en question. Il est vrai que les annales de la pathologie nous offrent quelques cas où la section du cadavre manifesta des vices organiques dans des personnes qui n'avaient jamais éprouvé des symptômes morbifiques (ou du moins pas des symptômes marquans). Mais dans ces cas rares le médecin spéculatif et le médecin homéopathique se trouvent tous les deux dans la même position; car, où il n’y a ni phénomènes, ni sensations, la maladie est nulle pour l’observation, et sans observation il n’y a point de possibilité de former un plan curatif, à moins qu'on ne possède le don de la divination !

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Objections contre la Matière médicale pure de Hahnemann.

Il y a eu des adversaires de la doctrine de Hahnemann qui ont cru renverser sa Matière médicale pure, en disant: ,, Qu'il était absurde de puiser la connais- „sance des vertus curatives des remèdes dans des es- „sais sur l’homme sain, vu que les médicamens ne pou- „vaient manifester la dite vertu qu'en luttant contre „une maladie, qu’au contraire cette qualité devait être „nulle la où il n'existait aucun mal.“

Cette assertion, quelque superficielle et fausse qu'elle soit, n’a pas manqué d’en imposer à nombre de personnes non-accoutumées à réfléchir profondément sur des matières de cette espèce. Sans doute, il est vrai que les remèdes ne peuvent enlever une maladie que dans le corps malade; tout homme qui n'a pas perdu la raison, vous fera cette concession, Messieurs les adversaires. Mais dites-nous donc, si vous croyez que les médicamens opèrent la guérison par une espèce de miracle, ou moyennant des effets physiques qui luttent avec la maladie, en altérant et modifiant l’état de l'organisme, soit en entier, soit en partie? Est-ce que le tartre emelique que vous employez contre une fievre bilieuse, la fait cesser comme par enchantement, ou bien ne fait-il pas éprouver auparavant à l’estomac et au canal intestinal des contractions convulsives, ne cause-t-il pas des nausées et des vomissemens? Estce que la rhubarbe qui decharge les boyaux constipes, ne les excite pas auparavant à des mouvemens péristaltiques et ne leur fait pas sentir des pincemens douloureux suivis de diarrhées? Est-ce que le vesicatoire,

avec lequel vous combattez par exemple une inflammation des yeux, anéantit ce mal d’une manière insensible, ou bien ne cause-t-il pas des picotemens, des douleurs brülantes, de la rougeur et des vessies sur la peau où il a été placé? Et tous ces effets du tartre émétique, de la rhubarbe et du vésicatoire, dont nous venons de parler, ne s’operent-ils pas tout aussi bien sur des hommes sains que sur des hommes malades? — Ces faits sont grossiers sans doute, mais ils renferment une vérité importante, c. à d. qu'il faut distinguer entre les effets positifs du médicament qui luttent avec la maladie, et entre les effets consécutifs ou salutaires, qui sont la suite de cette lutte et de la victoire que le médicament a remportée sur la maladie. Les effets positifs constituent les facultés innées et primitives du médicament de modifier et d’alterer d'une manière particulière l’état de notre santé, facultés qu'il exerce sur l'organisme sain comme sur l’organisme malade. Personne ne contestera assurément les dites qualités du tartre émétique, de la rhubarbe et du vésicatoire, et c’est aussi d'après ces effets positifs qu’on les a classifiés dans la Matière médicale ordinaire. Mais combien de remèdes n’ont pas été qualifiés uniquement d’après leurs effets salutaires? La Matière médicale range p. ex. la camomille parmi les antispasmodiques, parce qu’elle calme les crampes; fort bien, mais comment les a-t-elle calmées? On range le quinquina parmi les fébrifuges, parce qu'il anéantit la fièvre intermittente; fort bien, mais comment a-t-il agi auparavant sur l'organisme ? On ne connait que les effets salutaires.

Ce n’est que la connaissance des effets positifs des médicamens qui puisse nous mettre en état de

nous rendre compte du succes d’une cure, et d’appliquer le même remède à tous les cas convenables. L’effet salutaire du remède dans un cas donné nous apprend seulement que le médicament peut guérir la maladie en question. Mais si cette maladie n’était pas une à miasma fixe ou d’une forme constante, nous avons très-peu gagné. Car le même cas ne reviendra peut-être jamais dans notre pratique, et nous tätonnerons envain pour le retrouver. Voici la cause pourquoi tant de remèdes vantes comme d’excellens spécifiques par tel médecin, sont rejetés. comme inutiles ou nuisibles par dix autres, qui les ont essayés contre des maladies un tant soit peu analogues à celle qui a été décrite, mais en effet essentiellement différentes. Il n’y a donc aucun autre moyen de mettre ordre dans la Matière médicale, que de rechercher les effets positifs de tous les médicamens. Si nous avions cette connaissance, nous saurions au juste quels organes sont affectés de préférence par telle ou telle drogue et comment ils sont affectés ; nous aurions par conséquent une boussole qui dirigerait avec précision nos procédés curatifs. Mais en examinant les medicamens sur le corps malade, vous ne verrez qu'une combinaison et une confusion des symptômes de la maladie et de ceux du remède, au lieu qu’en les examinant sur le corps sain, vous regardez dans un miroir pur, qui fait rejaillir les effets positifs du médicament avec toute la clarté possible. Telle est la grande pensée de Hahnemann, qu'il a réalisée dans sa Matière médicale pure!

» Des adversaires plus sensés que ceux dont nous „venons de parler, accordent que tout médicament

efficace modifie et altere l’organisme de l’homme. „Mais, disent-ils, on ne peut faire aucune conclusion „de l'effet d’une substance sur l’organisme sain, à „celui qu'elle fera sur l'organisme malade; car l’un „et l’autre réagissent d’une manière tout-à- „fait différente.“

Il faut avouer que cette objection est beaucoup plus fine, que la premiere et qu'elle a une grande apparence de vérité Mais des réflexions müres nous convaincront bientöt que cette assertion n’est qu’a moitie vraie et incapable d’ebranler la vérité et la nécessite d’une Matière médicale pure.

Il est incontestable que les fonctions animales et végétatives de l'organisme sont diversement altérées et modifiées dans les maladies; mais toutes ces modifications ne se rapportent qu'à un plus ou à un moins d'activité; or, la différence de la réaction ne peut être que quantitative, mais non pas qualitative, et voici justement l'essentiel. Personne n’a mieux démontré cette vérité que le célèbre professeur Jörg à Leipsic, dans ses Cahiers critiques à l'usage des médecins et des chirurgiens, 3 ième cahier, 1824. Mr. Jörg était un des adversaires les plus violens de lhoméopathie, mais il sentait pourtant que ce que Hahnemann avait dit de la nécessité d’une réforme de la Matière médicale n’était pas dépourvu de fondement. Il établit donc lui-même une société expérimentale à Leipsic, pour soumettre plusieurs drogues efficaces à l’examen sur des corps sains. Les résultats de ses essais furent déposés dans son ouvrage: ,, Matériaux d’une pharmacologie future, Leipsic, 1825.“ Quoique Mr. Jörg persistät à donner la préférence à la méthode antipathique, il eut pourtant la candeur d’avouer

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que la Matiere medicale vulgaire etait remplie d’erreurs et de lacunes, et que les essais-des médicamens simples sur des hommes sairs étaient le moyen principal d’y mettre ordre et certitude. (Cet aveu de la part d’un ennemi est d’un prix inestimable. Il faut rendre la justice à Mr. Jörg, que personne que lui n'a établi avec tant de précision la différence entre le changement quantitatif et qualitatif de la faculté réactive de l'organisme. Nous emprunterons donc de cet auteur les exemples propres à éclairer cette vérité 1}.

„Les sels dont des personnes saines se servent „souvent comme laxatifs, les purgent de la même ma- „niere que les malades; la même chose arrive par la „rhubarbe, le jalap, l’alo&, la coloquinthe etc. etc., et „presque par les mêmes doses, à moins que des alté- „rations particulieres du canal intestinal ne contribuent „a diminuer ou à exalter leur efficacité. “

„L’ipecacuanha et le tartre émétique administrés en petites doses, causent des nausées à l’homme sain comme à l’homme malade, et des vomissemens lorsqu'ils sont pris en grandes doses. — Une trop forte dose d’arsénic cause des inflammations de l'estomac et des boyaux, soit que cette substance ait été avalée imprudemment par des personnes saines, soit qu’on l'ait fait prendre comme remède par un malade. — Le mercure dulcifié cause des selles glaireuses et fréquentes à des personnes saines, et, fut-il continué long-

temps, même du ptyalisme. Ce métal exerce la même influ-

1) Voyez: Jörg, Kritische Hefte für Aerzte und Wundärzte, 3s Heft, p. 177 — 179. Leipzig, 1824.

influence dans des maladies très- différentes, contre lesquelles on l’emploie tantôt avec raison, tantôt à tort. — Le plomb constipe le ventre de l’homme sain comme de l’homme malade, et lui cause dans la continuité une colique particulière. — Les grains du genièvre dont on assaisonne parfois la bière et quelques alimens causent une secrétion augmentée des urines à des personnes saines; cest justement cet effet qu'ils font aussi sur les malades. De même le céléri, le persil, le colchique exercent des forces diurétiques sur l'organisme sain tout aussi bien que sur le corps malade. — Les cantharides, soit qu'on les applique à la surface du corps, soit qu'on en fasse un usage intérieur, operent sur les reins, les stimulent à une activité plus vive et les mettent même, conjointement avec la vessie, dans un état plus ou moins inflammatoire ; tout cela se fait dans l'homme sain aussi bien que dans l’homme malade. — L’opium constipe pour lordinaire le ventre pour quelque temps; il cause aussi des as soupissemens de la tête, si la dose était copieuse, soit qu'il ait été pris par une personne parfaitement saine, soit par un malade. — La jusquiame, la belladonne, et d’autres substances vénéneuses du règne végétal ou minéral que des personnes saines avalerent souvent par imprudence, ont manifesté justement les mêmes effets que dans le corps malade où on les employa comme remèdes, supposé que dans le premier cas la dose n'ait pas été trop grande, car alors les effets en furent plus graves et plus destructifs. “

Voilà bien assez d'exemples pour vaincre l'incrédulité! — Mr. Jörg passe en revue tous les organes du corps, et montre avec évidence, que l'influence

qu’exercent sur eux les puissances extérieures, ne saurait “u

être essentiellement une autre dans l’état de maladie qu'en état de santé. Des poumons affectés, par exemple, restent cependant toujours des poumons, c. à d. des organes destinés à la respiration de l'air atmosphérique. Il est vrai qu'un air un peu vif, qui ne fait aucune impression désagréable sur une poitrine saine, excitera à la toux une poitrine faible; mais un air surchargé d'oxygène irritera: des poumons vigoureux tout aussi bien que des poumons souffrans. — Un oeil malade est blessé de la lumière d’une bougie qui n’offense nullement un oeil sain, mais l'éclat du soleil éblouit ce dernier tout aussi bien que le premier. — Pour faire vomir un maniaque il faut souvent employer une quantité de tartre émétique qui mettrait en danger la vie d'une personne saine, tandis que celle-ci n’a besoin que de quelques grains de cette substance pour souffrir le même effet; mais enfin l'influence de la dite substance est essentiellement la méme. — Pour combattre la torpeur du système sensible dans les fièvres typheuses, on fait prendre aux malades des doses prodigieuses de remèdes excitatifs dont la vingtième partie suffirait pour mettre en exaltation un homme sain; mais toujours ces substances operent-elles comme des excitatifs et sur l’un et sur l’autre individu. — C’est ainsi que chaque organe, à moins quil nait été parfaitement détruit ou que sa sensibilité n'ait été complètement anéantie, réagit d’une manière semblable quant à l’essence du mode de la réaction; ce ne sont que les degrés de la force, ou en d'autres mots, les rapports quantitatifs qui varient. Or il en résulte la vérité importante: Que les essais des médicamens sur. des hommes sains nous indiquent sans contredit, que les médicamens produi-

ront essentiellement les mêmes effets primitifs sur des corps malades, mais quil s’agit seulement d’administrer la dose du remède de manière qu’elle soit en une juste proportion avec le degré de réaction de l’organisme.

On a encore fait l’objection, que: tout individu avait des dispositions particulières pour tel ou tel mode d'altération ; que, p. ex., un tel avait une disposition éminente au rhumatisme, tel autre à des coliques accompagnées de diarrhées; que le même air froid et humide qui affecte l’un et l’autre, provoquerait donc dans le premier des douleurs rhumatiques, dans le dernier des coliques et des diarrhées. Qu'il en était de même des medicamens; que la même drogue excitait peut-être dans une telle personne saine des maux de tête, tandis que telle autre en ressentait des maux de poitrine „que par conséquent les essais sur le corps sain ne présentaient aucune mesure certaine et uniforme pour l'emploi des remèdes dans les maladies. “

Cette objection renferme des assertions vraies dans ses prémisses, mais elle est fausse dans sa conclusion. Il est très-vrai que les puissances extérieures ne produisent pas exactement les mêmes effets sur tous les individus. Mais tous les effets qu'ils produisent, leur sont propres; car la maladie est le résultat combiné de l’action de la puissance extérieure et de celle de l’organisme. Il est connu p- ex. que la petite vérole excite dans tel individu des vomissemens, dans tel autre des inflammations des veux; tous les deux symptômes sont renfermés dans le poison de cette maladie exanthematique, et elle les développe tantôt ici, tantôt la. Il en est de même des médicamens ; il faut les essayer sur plusieurs per-

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sonnes de différente constitution, âge et sexe, pour découvrir la totalité de leurs effets positifs Mais il ne s'ensuit aucunement quelque chose contre l'utilité des essais sur l’homme sain pour la thérapeutique. Car E) il est faux de dire que chaque individu présente d’autres effets médicinaux. Les symptômes les plus caractéristiques d’un médicament se montrent presque chez tous. 2) Les effets du second ordre se manifestent au moins chez la pluralité des personnes essayantes. Plus on multiplie les essais d’un médicament, et plus on voit reparaitre toujours les mêmes symptômes qu'on a déjà observés. Eh bien, si dix personnes véridiques offrent le même groupe de symptômes, la vraisemblance sera déjà grande; mais si 20, 30, 40, 50 personnes donnent toujours le même résultat, il n’y a qu'un fou qui en puisse contester la réalité et la certitude. 3) Chaque médicament est en état de produire chaque symptôme qui lui est propre, lorsqu'il est employé dans une maladie analogue où le corps se trouve déjà dans la disposition favorable pour recevoir l'impression du symptôme en question, fut-il même du nombre de ceux qui se sont montrés le plus rarement chez des personnes saines.

, Certains adversaires de Hahnemann, desesperant de faire tomber sa Matière médicale pure en employant contre elle les armes de la logique et de l'expérience, se sont réfugiés au sanctuaire de la religion et de la morale, pour y chercher de nouveaux appuis. On a dit qu'il était cruel et contre la conscience, d’exciter des maladies artificielles dans des hommes sains, et de les exposer à périr par l'influence de quelque substance vénéneuse, ou du moins à perdre insensiblement leurs forces et la fleur de la santé.“

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Fort bien, leur répondent les médecins homéoques, nous applaudissons aux maximes délicates

de votre conscience, mais permettez-nous quelques

remarques. | 1) Les expériences que nous faisons sur le corps

sain, se font avec la plus grande précaution possible, de facon qu'il n’en peut jamais résulter un dommage pour la personne essayante. Lisez les règles que prescrit sous ce rapport Hahnemann dans son Organon de l’art de guérir, et vous ne direz pas que ce grand homme et ses adhérens sont des empoisonneurs. Jamais une drogue n’est employée en plus fortes doses que vous-memes ne les administrez tous les jours a vos malades, et ces substances que vous nommez poisons, sont les mêmes que vous ne doutez pas d’employer contre les maladies.

Il n’est ni dans notre intention, ni dans la nécessité, de donner à un homme sain une maladie permanente, comme une étisie, la goutte, les hémorrhoïdes etc. etc. Il nous suffit que le médicament développe tous ses symptômes; mais ces symptômes sont d'une durée limitée et disparaissent tantôt dans quelques heures, tantôt dans quelques jours, et tout au plus dans quelques semaines. Ce n’est qu'en continuant longtemps l'usage du même remède, qu'il en provient à la fin une maladie artificielle chronique, comme p. ex. la maladie mercurielle qui n’est que trop souvent la suite terrible d’une longue cure antisyphilitique.

3) L’experience prouve, que ces souffrances passa-

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