‹ Organon de l'art de guérirChapitre 32 sur 52 · DB · texte numérisé non relu

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Le médecin est en même temps un conservateur de la santé, quand il connaît les choses qui la derangent et qui produisent et entretiennent les maladies, et quand il les sait bannir du régime de l’homme sain.

Seh:

On peut bien concevoir, que chaque maladie suppose un changement dans l’intérieur de l’organisme humain. Cependant ce changement ne peut étre que soupconné d’une manière obscure et trompeuse par les symptômes de la maladie (seules indications en toute maladie non-chirurgicale); mais jamais il ne saurait être reconnu dans toute sa réalité d’une manière infaillible.

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Les changemens invisibles opérés par la maladie dans l’intérieur de l'organisme, et les changemens perceptibles à nos sens, c. à d. la somme des symptômes, forment ensemble une image complète de la maladie; mais cette image n’est visible dans son entier qu'à l'oeil du créateur. Ce n’est que la totalité des symptömes, qui forme la partie accessible au médecin, mais c'est aussi dans cette somme des symptômes, qu'il trouve tout ce qu'il doit connaitre de la maladie pour la guérir ').

1) Je ne sais donc pas, comment l’on a pu s’imaginer qu'il fallait chercher l’objet de la guérison uniquement dans l’intérieur de l'organisme, qui restera toujours caché et inaccessible à nos regards; je ne sais pas, dis-je, comment on a pu avoir la prétention aussi vaine que ridicule, de pouvoir reconnaître ce désordre invisible et rétablir la santé par des médicamens, sans se soucier des symptômes de la maladie, et que cette méthode de guérir était la seule raisonnable et radicale.

Est-ce que cette maladie qui s'offre à nos sens par ses symptômes, n’est pas identique avec celle qui a produit dans l’intérieur de Porganisme le changement invisible que nous ne pouvons reconnaître dans sa réalité? La dernière n'est-elle pas le côté inaccessible, celle-là au contraire le côté perceptible de la même chose, le seul côté, dis-je,

qui peut être observé par nos sens et qui seul nous a été of fert par la nature comme objet de guérison? Peut-on prouver le contraire? N’est-il pas étrange de se proposer comme objet de guérison l’état intérieur, impénétrable et invisible de la maladie, nommé prima causa morbi, et de rejeter et de mépriser comme tel le côté offert à nos sens, c. à d. les symptômes qui nous parlent si clairement?

Le docteur Rau, dans son ouvrage sur le mérite de la méthode homéopathique, s’enonce là-dessus de la manière suivante: „Le médecin qui recherche les changemens occultes „dans l’intérieur de l'organisme, peut se tromper à chaque in- „stant; mais le médecin homéopathique qui a recherché avec les soins nécessaires le tableau fidèle de la totalité des sym- „ptömes, a trouvé un guide sûr, et, s’il est parvenu à enlever „le groupe entier des symptômes, il a aussi sûrement anéanti „la cause morbifique occulte dans l’intérieur de l'organisme.”

Voy. Rau, loc. cit., p. 103.

Il est utile que le médecin s’informe de la cause la plus vraisemblable qui occasionna une maladie aiguë, ainsi que des époques les plus importantes dans le cours d'une cachexie chronique, pour trouver sa cause radicale, qui pour la plupart repose sur un miasme chronique. Il faut aussi que le médecin ait égard à la constitution physique du malade, à l'état de son humeur et de son esprit, à ses occupations, à son régime, à ses moeurs et coutumes, à son âge et à ses fonctions sexuelles etc. etc.

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L’observateur sans préjugés, connaissant la nullité de ces recherches métaphysiques qui ne sauraient être demontrées par l'expérience, l'observateur le plus perspicace, dis-je, ne remarquera dans chaque maladie que des changemens perceptibles dans l'état du corps et de l'ame; il ne remarquera que des signes, des ac-

cidens, des symptômes de la maladie, c. à d. des altérations de l’état de santé précédent, altérations senties par le malade même, ou apercues par le médecin et les autres personnes qui l’environnent. Tous ces symptômes représentent la maladie dans toute son étendue; ils nous en offrent ensemble la forme véritable, l'unique qu'on puisse concevoir clairement.

Sal):

Si dans un cas de maladie il existe une cause evidente qui excite et entretient le mal (causa occasionalis), il faut sans doute l’écarter avant tout!). Mais comme à ce cas près, la maladie ne se manifeste que par ses symptômes, il faut aussi que soient eux qui indiquent principalement ou uniquement les remedes propres à la guérison. Il faut, dis-je, que le médecin, ayant égard simultanément au miasme originaire sur lequel se fonde peut-être la maladie ainsi qu'aux autres circonstances dont nous avons parlé $. 7., regarde cette image qui se réfléchit de l'essence intérieure de la maladie, c. à d. la totalité ?) des symptômes, comme l’objet principal ou unique qui doive le guider dans le choix du remède, comme l’objet principal ou unique, dis-je, qu'il doive reconnaitre et anéantir par son art pour rétablir la santé.

1) Il s'entend que chaque médecin raisonnable éloignera la cause occasionnelle du mal partout où une telle existe, car pour lordinaire la souffrance cesse alors d'elle-même. Il extraira donc p. ex. une écharde qui a pénétré dans la cornée et qui a mis l’oeil en inflammation; il relächera le pansement trop serré d’un membre blessé qui ménace celui-ci de la gangrène, et il l'appliquera d’une manière plus convenable; il fermera par une ligature l'artère blessée qui causa la défaillance du malade; il fera évacuer par des vomissemens les baies de belladonne ou d'autres choses nuisibles qui ont été avalées; il extraira

toute

: toute substance étrangère qui a pénétré dans quelque ouverture 8 P du corps, comme dans le nez, dans le gosier, dans les oreilles, 1 ? , fe) > dans le rectum, dans l’urètre ou dans le vagin; il brisera le calcul urinaire; il ouvrira l'anus imperforé de l'enfant nouveauné, etc. etc. | |

2) Ne connaissant souvent d’autre expédient, on chercha

de tout temps à combattre et à supprimer par ci par là dans ‘les maladies un seul des différens symptömes qu’elles manifestaient; procédé partiel qui sous le nom de méthode symptomatique a excité avec raison le mépris général, parce que non seulement on n’y gagnait rien, mais qu'il en résultait au contraire beaucoup de mal. Un seul des symptômes pré- ‘sens est aussi peu la maladie elle-même, qu'un seul pied de P’homme fait l’homme entier. Ce procédé était d'autant plus rejetable, que l’on ne traitait un tel symptôme isolé que par un remède opposé, ainsi selon la methode antipathique et | palliative, qui, après un soulagement de courte durée, le faisait ensuite d’autant plus empirer.

On ne peut ni s’imaginer, ni prouver par aucune expérience, qu'après l'enlèvement de tous les symptömes de la maladie et de la totalité des accidens perceptibles, il puisse rester autre chose que la santé, et que le dérangement dans l’intérieur de l'organisme ne soit point anéanti... : fete) he! &,. LE Ä

Le dérangement invisible opéré dans l'intérieur du corps et la totalité des symptômes perceptibles se trouvent ensemble dans une relation aussi nécessaire, et représentent toule l’étenaue de la maladie dans une telle unité, qu’ils doivent exister et disparaître ensemble. Ce qui a pu produire la totalité des symptômes perceptibles, doit aussi avoir pu produire le changement intérieur dans le corps (inséparable de l'apparition extérieure de la maladie ),

car sans cela le phénomène des symptômes serait impossible. Il s’ensuit de là, que le remède, qui a anéanti la totalité des signes perceptibles de la maladie, doit aussi avoir anéanti le dérangement dans l’intérieur de l'organisme, parce que la destruction de ceux-là ne peut se concevoir sans la disparition du dernier, et ne se manifeste non plus autrement par aucune expérience quelconque !).

1) Un songe plein de pressentiment, une imagination superstitieuse ou une prophétie solennelle, faisant croire à une personne, qu'elle mourra infailliblement à un certain jour ou à une certaine heure, a produit souvent tous les signes d’une maladie naissante et croissante, les symptômes d’une mort prochaine et la mort elle-même à l'heure indiquée, chose impossible, si dans le même temps il ne s’était opéré un changement dans l'intérieur du corps, correspondant aux symptômes extérieurs. De même une illusion artificielle ou une persuasion contraire a souvent dissipé dans de pareils cas tous les signes d’uue mort prochaine et a subitement rétabli la santé, chose que ce remède moral n'aurait jamais pu effectuer, sans anéantir en même temps dans l’intérieur de l’organisime les changemens dont la mort devait être le résultat. |

Comme l'enlèvement de la somme des signes et des accidens perceptibles de la maladie anéantit en même temps le changement intérieur, "sur lequel elle se fonde, et par conséquent le total de la maladie, il s’ensuit, que le médecin n’a qu’à enlever la somme des symptômes, pour détruire en même temps le changement dans l'intérieur du corps, et par conséquent le total de la maladie elle-même. Mais la destruction de la maladie est en même temps le rétablissement de la santé, et voilà justement le dernier et unique but d'un médecin qui connait l’importance de sa vocation,

qui ne consiste pas à pérorer d'une manière savante, mais à porter secours à son prochain.

Ayant trouvé cette vérité indubitable: „que les „maladies ne peuvent manifester leur besoin de secours que par la totalité de leurs symptômes,” il s'ensuit incontestablement, que la somme des symptômes observés dans chaque cas individuel, fait l’unique indication du remède à choisir. »

Les maladies n’etant donc que des changemens de l’état de santé de l’homme bien portant qui s’annoncent par des signes perceptibles, et la guérison n'étant non plus possible que par un changement de l’état de maladie en état de bonne santé, on concevra facilement que les médicamens ne pourraient d'aucune manière guérir les maladies, s'ils ne possédaient la faculté de changer l’état de santé des hommes, état qui consiste en sensations ‘et fonctions de l'organisme, et que ce n’est que sur cette faculté, que repose leur vertu curative.

Cette faculté dynamique, renfermée dans Tessence iutérieure des medicamens, ne saurait nullement être reconnue par nous dans sa réalité par les seuls efforts de l’esprit, ce n’est que par les effets qu’elle manifeste en influant sur la santé des hommes, que nous pouvons la comprendre, ce n’est que l'expérience qui nous en donne une idée claire.

Personne ne pouvant donc nier, que la nature

curative des médicamens ne peut étre reconnue par 7 *

nous dans sa réalité, et.que l’observateur, même le plus perspicace, ne peut, en faisant des expériences pures, remarquer autre chose dans les médicamens, que cette faculté d’operer des changemens dans l’état de santé de l’homme, et surtout d’exciter des symptômes spécifiques dans un ‘corps sain, il s’ensuit que les médicamens, devant agir comme remèdes, ne peuvent exercer leur puissance curative que par cette faculté de produire des altérations sur l’état de santé de l’homme; il s'ensuit, dis-je, que nous ne pouvons nous en tenir qu'aux symptômes que les médicamens excitent dans un corps sain, comme à la seule révélation de leur vertu curative, pour apprendre, qu’elles sont les maladies que chaque médicament peut exciter; car. c'est par là que nous apprenons en même temps, qu’elles sont les maladies qu'il peut guérir.

Comme on ne peut done decouvrir ce qui doit ètre enlevé dans les maladies, pour rétablir la santé, si ce n’est la somme de leurs symptômes; comme secondement les médicamens ne manifestent autrement leur vertu curative, que par leur faculté de: produire des symptômes de maladie dans des hommes sains, il s'ensuit: 1) ‚que les médicamens ne deviennent:.des remèdes et ne peuvent anéantir les maladies, qu’en détruisant les symptômes existans, c. à d. la maladie naturelle, par l'excitation. de certains nouveaux symptômes, © à d. par.une maladie.artificielle; et 2) que pour anéantir la totalité des Symptômes d’une maladie, il faut chercher un médicament qui puisse produire des, symptômes semblables (méthode homéopathique) ou opposés à

ceux de la maladie naturelle (methode antipathique), suivant que l’experience montrera, que les symptömes de maladies peuvent être enlevés et changes en etat de sante de la maniere la plus facile, la plus certaine et la plus durable par des medicamens de l'une ou de l’autre qualité. — La troisième manière d'employer les médicamens, qui seule est encore possible hors de ces deux autres méthodes, est la methode allopathique, c. à d. celle où l’on donne des remèdes dont les symptômes ne sont ni semblables ni opposés à ceux de la maladie naturelle, mais tout à fait hétérogènes, remèdes qui, par conséquent, n'ont aucune relation directe au cas de maladie en question; c’est la méthode dont nous avons traité dans l'introduction de l’Organon, en parlant des voies curatives de l’ancienne école médicale. La voie allopathique n’est, comme nous avons montré, qu’une imitation imparfaite des efforts très-imparfaits de la faculté vitale, puissance simplement végétative et nonintelligente, qui, abandonnée à elle-même, veut à tout prix se débarrasser de la maladie. Cette faculté vitale a été créée, pour maintenir l'organisme dans la plus parfaite harmonie tant quil se trouve en état de bonne santé, mais elle n’est pas faite pour rétablir la santé troublée dans les maladies, elle ne peut pas servir de modèle à l’art du médecin qui exige de la sagesse et de la réflexion. Cependant, de même que dans lhistoire du genre humain on ne peut pas omettre la narration des oppressions que, pendant des milliers d’années, des gouvernemens despotiques on fait éprouver au genre humain, de même on ne doit pas passer sous silence cette méthode curative incongrue dont s’est servie l’ancienne école de médecine,

$. sHL8:

Quant à la méthode antipathique, chaque expérience pure et chaque essai exact nous convainquent, que des symptômes de maladie persévérans ne peuvent être anéantis par des remèdes qui produisent des symptômes opposés, (comme le veut la méthode antipathique ou palliative), mais qu'au contraire après un soulagement apparent et de courte durée ils éclatent de nouveau avec plus d’impetuosite et empirent évidemment. (Voy. les 88.54 —56 et 65.)

Sal 19.

Il ne reste donc à employer dans les maladies d'autre mode qui nous promette des secours certains, que le mode homéopathique, selon lequel il faut chercher contre la totalité des symptômes un remede qui, parmi tous les autres médicamens (connus d’après les changemens qu'ils opèrent sur la santé des hommes bien portans), ait la faculté de produireun état de maladie artificiel le plus ressemblant possible à la maladie naturelle dont il s’agit.

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