Chapitre I
Démonstration de la vérité de la méthode homéopathique, et comparaison de cette voie curative avec la méthode allopathique.
Le seul oracle infaillible de l’art de guérir, l’expérience pure !), faite par des essais exacts, nous enseigne, qu'en effet parmi tous les médicamens exa-
minés d’après leur faculté d’alterer la santé des hommes, celui, qui excite dans des corps sains des symptömes semblables à la plupart de ceux de la maladie en question, anéantit aussi la totalité des symptömes de cette maladie, c. à d. toute la maladie présente (voy. $. 8— 11), d'une manière rapide, radicale et durable, et que cela réussit dans toutes les maladies sans exception, supposé toutefois que la dose du médicament ait été justement diminuée et raréfiée.
1) Si je parle d’expérience, je ne veux pas dire une experience telle que celle dont se glorifient nos praticiens ordinaires, après avoir combattu pendant de longues années avec un tas de recettes diversement composées une foule de maladies qu'ils n’ont jamais examinées avec soin, mais qu'ils prenaient, selon les règles de l’école, pour des maladies baptisées et décrites dans la pathologie, ou auxquelles ils supposaient une matière morbifique imaginaire, ou quelque autre abnormité intérieure pareillement hypothétique. Leur expérience leur montrait bien toujours quelque chose, mais il ne savaient pas au juste ce qu'ils voyaient, et ils voyaient des conséquences, que Dieu seul, mais non un homme pouvait débrouiller dans ce concours d’influences médicinales sur un objet inconnu, conséquences dont ils ne pouvaient tirer aucun résultat, ni aucune instruction. Une expérience de cette sorte, continuée pendant cinquante ans, ne vaut pas davantage, que si l’on avait regardé pendant cinquente ans dans un caléïidoscope, qui, rempli de choses inconnues à diverses couleurs, se trouvait dans un mouvement continuel; on y voit bien mille figures différentes qui changent toujours de forme, mais on ne peut s’en rendre compte.
Les effets salutaires de la méthode homéopathique dérivent d'une loi naturelle, que l’on a méconnue jusqu’à présent, mais sur laquelle pourtant s’est fondée de tout temps toute guérison véritable. Elle nous dit:
»Une affection dynamique moins forte se
„trouve anéantie dans l’organisme vivant „d’une manière durable par une autre plus „forte, si celle-ci diffère de la première »quant à son essence ‘), mais lui ressemble „extremement par rapport au mode sous lequel elle se manifeste.”
1) Sans cette différence des deux puissances morbifiques quant à leur essence, l’anéantissement de l‘uue par autre serait impossible, quand même elles se ressembleraient beaucoup dans leurs symptômes, et quand même lune serait plus forte que lautre.. Il serait done impossible et très-ridicule de vouloir guérir la maladie vénérienne avec de la matière chancreuse, ou la gale des ouvriers en laine avec de la matière galeuse. La maladie vénérienne est guérie par une puissance morbifique qui en est différente par rapport à son essence, mais très-semblable à elle dans ses symptômes, savoir par le mercure qui produit une maladie artificielle trèsressemblante à la syphilis De même la gale est guérie par la maladie artificielle que produit le soufre, et ainsi toutes les autres maladies par des puissances morbifiques qui, par rapport à leur essence, sont des choses différentes des maladies à guérir,
SM 22 La faculté curative des médicamens se fonde donc sur leurs symptômes semblables à ceux de la maladie, de facon que chaque affection ne peut être anéantie de la manière la plus certaine, radicale, rapide et durable, que par un remède qui parmi tous est le plus capable de produire dans l’organisme une affection artificielle aussi semblable que possible à la totalité des symptômes du mal en question, et qui en même temps le surpasse en force.
Comme cette loi naturelle des guérisons se mamfeste par tous les essais purs et par toutes les ex-
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periences véritables comme un‘fait hors de doute, il nous importe peu d’expliquer la guerison homeopathique d'une manière scientifique, et en effet j'attache peu de prix à une telle démonstration théorique, comme le fait évident parle assez clairement. © Cependant l’explication suivante me semble être la plus vraisemblable, puisqu'elle ne se fonde que sur des prémisses tirées de l'expérience.
Toute maladie (qui n’est pas uniquement du ressort de la chirurgie) ne consiste que dans une altération dynamique de notre faculté vitale, tant par rapport à ses fonctions que par rapport à ses sensations, altération qui se manifeste par des symptômes perceptibles. Le médecin, en administrant au malade un médicament homéopathique, fait influer sur lui une autre puissance dynamique qui métamorphose la maladie naturelle en une maladie artificielle très-semblable et un peu plus forte. Or, la puissance morbifique n'étant point quelque chose de matériel, mais une chose dynamique, elle cesse d’exister des que la maladie artificielle s’est mise à sa place; elle est vaincue et anéantie. Mais la maladie médicinale elle-même ayant une durée limitée, elle est bientôt vaincue de nouveau par la faculté vitale, de facon que cette force vivifiante et conservatrice de notre organisme se trouye bientôt restituée dans son état d’integrite et de santé primitive. — Cette explication tres-vraisemblable se fonde sur les thèses suivantes.
Il semble, que l’état de santé de l'organisme humain est altéré d’une manière plus efficace par des médicamens, que par des irritations morbifiques naturelles d’un autre genre, car les maladies naturelles sont vaincues et anéanties par les maladies artificielles qu’excitent les remedes!).
1) L'efficacité majeure des médicamens est encore secon-
dee par la juste mesure de la dose que le médecin a en son pouvoir.