SAULT
Chaque substance médicinale, dont on se sert dans ce but, doit être simple et pure. Il ne faut donc lui ajouter aucune autre substance hétérogène, ni prendre quelque chose de médicinal le mème jour ou les jours suivans, tant que l’on veut observer les effets du médicament. (Comme les teintures sont melees de beaucoup d’eau avant qu'on les prenne, le peu d’esprit de vin extrêmement raréfié qu’elles contiennent, ne peut pas être regardé comme un irritatif hétérogene.
Durant le temps de l'essai il faut aussi que la diète soit très-frugale. I faut donc s’en tenir aux alimens qui ne sont que nourrisans, simples, et préparés sans’ épices. IL faut éviter de manger la plupart des légumes frais '), les racines, les salades, et les herbes à soupe, car toutes ces nourritures retiennent, malgré leur préparation, toujours quelques qualités médicinales qui troublent l'effet du médicament. Les boissons doivent être également simples et libres de qualités irritantes.
1) Des pois verts, des haricots verts, et des carottes sont
admissibles comme ceux des légumes frais qui sont les moins médicinaux.
$. 2119; Celui qui se prête à l'essai, doit se garder pendant ce temps, de se livrer à des travaux fatiguans du
corps ou de l'esprit, ou de s’abandonner à des débauches et des passions quelconques. Aucune affaire pressante ne doit l’empecher de faire les observations nécessaires. Il faut qu'il porte de bonne volonté une attention exacte sur lui-même, et quil ne soit pas troublé. Il faut enfin qu'il réunisse la bonne santé du corps à l'intelligence nécessaire pour pouvoir nommer et décrire ses sensations en termes clairs. Le même médicament doit être essayé tant par des hommes, que par des femmes.
La personne douée des qualités susdites prendra le médicament à essayer le matin et étant encore à jeun. La grandeur de la dose doit être telle que la pratique ordinaire a coutume de la prescrire dans ses recettes. Le mieux est de prendre le médicament en solution et mêlé avec dix parties d’eau pas tout-à-fait froide.
Se EE.
Si dans l’espace de quelques heures cette dose ne produit aucun changement de l'état de santé ou seulement un changement très-insignifiant, la personne susdite prendra une dose plus grande, et selon les circonstances le double !), après l'avoir mélée et bien amalgamée comme la premiere fois avec dix parties d’eau pas tout-à-fait froides.
1) J'ai trouvé dans la suite, qu'il valait mieux de faire prendre cette seconde dose seulement le lendemain matin; et dans les derniers temps de ma pratique j'ai fait la découverte qu'il était encore préférable de répéter l'usage du médicament en petite dose, raréliée et sublimée à la manière des remèdes homéopathiques.
Si la premiere dose semble bien operer au commencement, mais qu’apres quelques heures elle se relâche dans son activité, la Seconde dose plus forte ne doit être prise que le lendemain, aussi à jeun; et quand même celle-ci ne répondrait pas assez au but, une troisième encore plus forte, qui d’après les circonstances peut être quatre fois plus grande, étant prise le jour suivant, fera certainement son effet.
Le même médicament n’affecte-pas également toutes les personnes. Quelquefois une personne qui semble être délicate, n’est pas du tout affectée par un médicament connu pour être très-fort et qu’on lui avait donné en dose modérée, mais au contraire elle est assez fortement affectée de plusieurs autres médicamens bien plus faibles. De l’autre côté il y a des personnes tres-fortes, qui éprouvent des symptômes tres-considerables d’un médicament doux en apparence, et qui au contraire sont moins affectées par d’autres médicamens plus forts. Or, cette circonstance étant inconnue d'avance, je conseille au médecin de donner à chacun une petite dose au commencement et de l’augmenter successivement, s'il le trouve nécessaire, ou le méme jour quelques heures après, ou de jour en jour, peut-être en doublant chaque fois la dose.
Si déjà la premiere dose a été assez forte, il en résulte l’avantage, que celui qui se prête à l'essai apprend la succession des symptömes et peut noter exactement le temps de l'apparition de chacun d'eux, chose tres-instructive pour faire reconnaitre le caractere des médicamens, parce que l’ordre des effets pri-
mitifs, comme celui des effets alternatifs se montre alors de la manière la plus claire. Souvent une dose très-modérée suffit déjà à l'essai, pourvu que la personne essayante soit assez sensible et assez attentive à son état. La durée de l’effet d’un médicament ne devient manifeste que par la comparaison de plusieurs essais.
Mais si, pour apprendre quelque chose, il faut donner pendant quelques jours de suite des doses toujours progressives du même médicament à la même personne, on apprend bien à connaître les divers états de maladie que ce médicament peut produire en général, mais on n’apprend pas leur succession, et la dose suivante enlève souvent (comme remède) l’un ou l’autre symptôme excité par la dose précédente, ou elle produit un état opposé. De tels symptômes doivent être mis en parenthèse, comme étant équivoques, jusqu'à ce que d’autres essais plus purs aient décidé si c’etaient des réactions de l’organisme ou des effets alternatifs du médicament.
Si l’on veut premièrement rechercher en général les symptômes qu’une substance médicinale faible peut produire de son chef, sans avoir encore égard à la succession des symptômes et à la durée de l'effet du médicament, il est préférable de continuer l'essai pendant plusieurs jours, en donnant de jour en jour, ou aussi plusieurs fois par jour, une dose augmentée. Car c'est alors que se manifestera l'effet de chaque médicament inconnu, füt-il même le plus doux, surtout quand on le fait essayer à des personnes sensibles.
Quand la personne essayante éprouve telle ou telle souffrance médicinale, il est utile et même nécessaire à la définition exacte du symptôme, quelle prenne diverses positions et quelle observe les changemens qui s’ensuivent; p. ex. si en mouvant la partie souffrante, si en se promenant dans la chambre ou en plein air, si en se tenant debout ou assise ou couchée, le mal augmente, diminue, ou passe, et s'il revient peut-être quand elle a repris la première position? Il faut aussi qu'elle remarque si le symptôme change lorsqu'elle mange ou qu’elle boit, quand elle parle, quand elle tousse, quand elle éternue ou quand elle fait une autre fonction quelconque. Enfin il faut encore qu'elle fasse attention, à quelle heure du jour ou de la nuit le symptôme se montre principalement? Car tout cela sert à faire connaître les qualités propres et caractéristiques de chaque symptôme.
Les symptômes que peut produire un médicament, ne se montrent pas tous chez la même personne, ni simultanément ou dans le même essai. Il arrive au contraire, que la même personne éprouve des symptômes différens en faisant le premier, le second et le troisième essai du même médicament. Il arrive encore, que différentes personnes montrent chacune préférablement des symptômes divers, de manière cependant, que peut-être la quatrième, huitième, dixième personne etc. etc. montrera derechef quelques-uns ou plusieurs des mêmes symptômes, qui ont eu lieu chez la seconde, la sixième, la neuvième personne, etc. etc. Les symptômes ne reparaissent pas non plus à la même heure.
Sri
Ce n’est que par beaucoup d’essais sur beaucoup de personnes convenables des deux sexes et doudes de diverses constitutions, que l’on apprend peu à peu à connaître presque tous les élémens de maladie que peut produire un médicament, Ce n’est qu’alors qu'on pourra être assuré d’avoir bien examiné les effets purs d’un remède, quand les personnes qui en font l'essai suivant ne remarquent que peu de nouveaux accidens, et qu'elles observent presque toujours les mêmes symptömes que les personnes précédentes ont déjà observes.
Quoiqu’un médicament, comme je viens de le dire, ne puisse manifester dans une seule personne saine tous les changemens de santé, qu'il peut produire, mais seulement dans plusieurs personnes, douées de diverses qualités du corps et de l'ame, il est pourtant vrai, qu'une loi naturelle, éternelle et invariable a mis en lui la tendance, de produire tous ces symptômes dans chaque homme ($.110). De la vient quil opère tous ses effets, même ceux qu'il produit rarement sur des personnes saines, quand on le donne à un malade qui souffre des maux semblables à ceux qu’excitent le remède. Donné même dans la plus petite dose, il excitera pourtant alors un état de maladie artificielle, très-semblable à la maladie naturelle, qui détruira celle-ci d’une manière rapide et durable, c. à d. homéopathiquement.
Se 13
Moderez la dose du medicament, que vous vou-
lez faire essayer, autant que possible, et les effets
primitifs, qui sont pourtant les plus dignes d’être connus, en paraitront d'autant plus clairs, et vous ne verrez presqu'aucune réaction de l'organisme. Je suppose naturellement, que l’on ait choisi une personne véridique, modérée à tous égards, sensible et tres-attentive. Au contraire, les doses étant excessives, il se montrera non seulement plusieurs effets sécondaires, mais les effets primitifs se manifesteront aussi avec une telle hâte, avec une telle confusion et avec une telle violence, qu'il sera impossible de faire des observations exactes. Ajoutez encore le danger qui peut en résulter pour la personne essayante, danger qui ne peut pas être indifférent à celui qui respecte les hommes, et qui regarde en frère même le dernier du peuple.
Toutes les souffrances, tous les accidens et changemens de santé qui se montrent pendant la durée de leffet d’un médicament, supposé que toutes les conditions susdites d’un essai pur et exact aient été remplies ($. 114— 127), sont causés par ce médicament même, et doivent donc être notés comme des symplömes qui lui sont propres, quand même la personne essayante aurait éprouvé d'elle-même longtemps avant des symptômes semblables. La reparition de ces phénomènes et sensations prouve seulement, que cette personne a une inclination particuliere à les laisser facilement exciter en elle. Dans le cas present ce sont des effets du medicament; car il est impossible qu'ils soient venus d’euxmêmes, puisque la substance medicinale forte, qui vient d'être prise, domine actuellement sur tout l'organisme de l’homme en question.