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Quand le medecin a fait essayer le medicament par une autre personne, il faut que celle-ci mette par ecrit les sensations, les souffrances, les phenomenes et tous les changemens de santé qu’elle éprouve, dans le temps même où ils ont lieu. Il faut aussi qu’elle ajoute le temps qui s’est écoulé depuis quelle à pris le médicament jusqu'à la naissance de chaque symptôme, et aussi le temps de la durée de celui-ci, sil a duré longtemps. — Le médecin lit ce rapport en presence de la personne qui a fait l'essai, tout de suite après que celui-ci vient d’être terminé, et si l’essai dure plusieurs jours, il fait cette lecture chaque jour, afin que la personne susdite, en ayant la mémoire toute fraiche, puisse être interrogée par lui sur la nature exacte de chaque symptôme, et qu'il puisse ajouter ces détails, ou bien changer les remarques de la personne d’après ses propres expressions.
En cas que la personne essayante ne sache pas écrire, il faut que le médecin l’examine chaque jour sur ce qu'elle a observé. Cet examen doit être fait de sorte que le médecin engage pour l'ordinaire la dite personne à une narration volontaire, mais qu'il se garde bien de vouloir deviner ou conjecturer une circonstance quelconque. Qu'il tâche encore de questionner aussi peu qu'il est possible, et s'il le fait, qu'il le fasse avec la même prudence que j'ai recommandee comme necessaire, quand on veut s’informer de l'état des maladies naturelles. (Voy. les $. 77—83.)
Il faut cependant avouer, que de tous les essais
purs des médicamens simples, ceux qu'un médecin libre
de préjugés, sain et sensible, entreprendra sur luimême avec toute la précaution et toute la prudence susdite, seront toujours préférables à tous les autres. Ces essais faits sur lui-même lui donnent des avantages qu'il ne saurait se procurer d’une autre manière. Premièrement il sera pleinement convaincu par là de la grande vérité, que la vertu curative des remèdes se fonde uniquement sur leur faculté de produire des altérations et des changemens dans la santé de l’homme. En second lieu de tels essais remarquables lui font connaitre sa propre manière de sentir et les qualités individuelles de son esprit et de son tempérament; elles le mènent donc à la source de toute véritable sagesse: La connaissance de soi-même! (yvadı osavrov!) Troisièmement ces essais font de lui un observateur, ce que tout médecin doit absolument être. Les observations que nous faisons sur les autres, n'ont pas les mêmes attraits pour nous que celles, que nous faisons sur nous-mêmes. Le médecin qui observe les essais d'autrui doit toujours craindre, que celui qui a essayé le médicament, n’ait pas clairement senti ce qu'il vient de dire, ou quil n'ait pas rendu ses sensations par des expressions exactes. Il reste toujours en doute si on ne le trompe pas, du moins en partie. Cet obstacle qui s'oppose à la recherche de la vérité, et que lon ne saurait jamais écarter tout-à-fait des essais faits par d’autres, n'existe pas du tout dans ceux que Von fait sur soi-même. Celui qui fait un tel essai, sait au juste ce qu'il a senti lui-même, et chaque cssai semblable est pour lui un nouveau stimulant de rechercher encore les facultés de plusieurs autres médicamens. Etant donc sûr de ne pas se tromper dans ses observations, il devient toujours plus habile à en
faire,
faire, et son zele deviendra toujours plus grand, parce que ces essais lui promettent la connaissance de nouveaux instrumens de l'art de guérir selon leur véritable valeur, instrumens dont la pénurie est encore si grande. Ne croyez pas non plus, que ces petites maladies artificielles que l’on gagne en essayant des médicamens, soient nuisibles à la santé. Ces attaques variées et pourtant modérées rendent l'organisme plus habile à repousser toutes les choses nuisibles, tant artificielles que naturelles, et l’endurcissent contre leur influence. La santé en devient plus invariable et le
corps plus robuste.
Il est parfois possible de découvrir quelques symptômes primitifs d’un médicament simple même parmi les symptômes d’une maladie naturelle et principalement dans les maladies chroniques, (qui pour la plupart restent plus égales que les maladies aiguës); mais une telle recherche exige une sagacité éminente, et ne doit être abandonnée qu'aux maitres dans l'art de faire des observations !).
1) P. ex. si l’on remarque des symptömes tout - à - fait nouveaux ou des accidens qui n’ont eu lieu que dans un temps très-antérieur,
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Quand on aura examiné de cette manière un nombre considérable de médicamens simples sur des hommes sains, et quand on aura noté soigneusement et fidèlement tous les symptômes qu'ils peuvent produire, on aura alors une véritable matière médicale, c. à d. une collection des effets purs, véritables et infaillibles des substances médicinales sim-
ples. On possèdera alors un code de la nature,
dans lequel on trouvera noté une série considérable de symptômes propres à chacun de ces médicamens essayés sur des corps sains. Or ce sont ces symptômes qui contiennent les élémens des maladies artificielles par lesquels le médecin doit guérir un jour telle ou telle maladie natnrelle analogue; ce sont ces symptômes, dis-je, qui nous offrent uniquement les remèdes spécifiques pour guérir d’une manière certaine et durable.
Que toutes conjectures, suppositions et fictions soient tout-à-fait exclues d’une telle matière médicale; mais que tout soit le langage pur de la nature, interrogée soigneusement et de bonne foi.
Il est vrai, que ce n'est qu'un fond très-considérable de tels médicamens examinés, qui nous peut mettre en état de trouver contre chacune de ces innombrables maladies et cachexies naturelles un remède homéopathique, €, à d. une puissance morbifique artificielle qui lui soit analogue ‘). Cependant chacun de ces médicamens dont on a déjà essayé les effets sur des hommes sains ?), produisant une tres-grande quantité de symptômes, il ne reste même à présent que peu de maladies, contre lesquelles on ne puisse trouver un remède hemeopathique assez convenable, qui guérisse Je mal d’une manière douce, certaine et radicale. Il est vrai que le choix de ces remèdes étant encore limité, ils sont quelquefois imparfaits, mais on guérira cependant infiniment plus de maladies avec leurs secours, et on les guérira d’une manière infiniment plus sûre, qu’en se réglant d’après toutes les
therapies generales et speciales du monde, avec leurs remedes inconnus et composes.
1) Lorsque je commengais d’exercer la methode homéopathique, j'étais encore le seul, qui faisait de cet examen des effets purs des médicamens son affaire la plus importante. Depuis ce temps quelques jeunes médecins, qui faisaient des essais sur eux-mêmes et dont j’examinais soigneusement les observations, m'ont assisté en cela, et dans ces dernières dix années plusieurs médecins respectables ont encore réuni leurs efforts aux miens. Mais quels effets prodigieux produira-t-on alors sur le vaste champ des guérisons quand des milliers d’observateurs exacts auront travaillé à la perfection de cette matiere médicale uniquement veritable! L’art de guérir approchera alors de la certitude des sciences mathématiques.
2) Voyez les divers médicamens qui se trouvent dans ma Matière médicale pure et dans mon ouvrage sur les maladies chroniques.
Section LII
De l'application des medicamens aux maladies.