‹ Organon de l'art de guérirChapitre 50 sur 52 · SES T · texte numérisé non relu

SES T

Tout traitement médical d'un mal engendré a des parties extérieures du corps, sans avoir été engendré par une blessure importante. du dehors, doit donc se diriger sur l’anéantissement et la guérison du mal général dont souffre l’organisme entier, en employant des remèdes intérieurs. Car ce n’est qu'ainsi que la cure peut être conforme au but, certaine, secourable et radicale.

Ceci est constaté clairement par l'expérience qui montre, que chaque puissant remède intérieur produit immédiatement des changemens importans dans tout l’état de santé d’un tel malade et en particulier aussi dans les parties extérieures où réside le mal local, fussent elles-même aux extrémites du corps. Or, ces changemens sont de la nature la plus salutaire; ils consistent dans le rétablissement de la santé entière, qui fait disparaitre en même temps le mal local, sans que l’on emploie aucun remède extérieur, pourvu que le remède intérieur, dirigé contre l’ensemble de la maladie, convienne homéopathiquement à celui-ci.

En examinant un tel cas de maladie, il faut donc

faire attention non seulement à la qualité exacte de la souffrance locale, mais encore à tous les autres changemens et incommodités, que l’on peut remarquer dans l'état du malade ou que celui-ci a remarqué dans des temps antérieurs. ‘Tous ces symptômes doivent être réunis en une image complete, afin de pouvoir choisir un remède homéopathique convenable parmi les médicamens connus d'après leurs effets morbifiques propres.

Par ce remède intérieur l’état de maladie général du corps est anéanti et guéri en même temps avec le mal local. (Si le mal est récemment né, la première dose suffira souvent à la guérison.) Ceci doit nous prouver, que le mal local dépend uniquement d'une maladie du corps entier, et quil faut le considérer comme une partie inséparable de l’ensemble et comme un des symptômes les plus grands et les plus marquans de la maladie générale.

Ni dans les maux locaux aigus, ni dans ceux qui sont d’une nature chronique, il ne faut se permettre l'application de remèdes topiques. Quand même un tel médicament serait le remède homéopathique et spécifique pour une certaine souffrance si l'on en faisait un usage intérieur, je ne conseillerai jamais de s’en servir pour des cataplasmes et des frictions à l’endroit du mal local, soit exclusivement, soit simultanément avec l’emploi intérieur du même médicament. Les maux locaux aigus, qui n’ont pas été occasionnés par des blessures importantes, mais qui sont provenus d’une cause dynamique, cedent de la manière la plus cer-

taine à des remèdes intérieurs qui répondent aussi homéopathiquement que possible à la totalité des symptômes perceptibles tant extérieurs qu’interieurs ‘). Si le mal local aigu ne disparait pas entièrement, mais qu'il demeure un reste de maladie, et dans la partie souffrante et dans l'organisme entier, de facon que toute réaction de l’organisme, malgré la diète la plus parfaite qu’observe le malade, est impuissante, nous avons raison de soupconner que le mal topique aigu n'était que le produit d’une psore occulte, prête à se développer sous la forme évidente de quelque maladie chronique générale.

1) Par exemple: Les inflammations de parties singulières, les érysipèles etc. etc., sont guéries par laconit, le rhus toxicodendron, la belladonne, le mercure, etc. etc.

Dans ces cas, qui ne sont pas rares, il faut diriger contre le groupe des symptômes restans ainsi que contre les accidens et souffrances qui ont souvent accablé le malade dans des temps antérieurs, un traitement antipsorique convenable, (comme je l'ai enseigné dans mon ouvrage sur les maladies chroniques), pour opérer une guérison radicale.

Il pourrait sembler que la guérison de pareilles maladies fut accélérée, si le remède, reconnu comme boméopathique pour le total des symptômes, était employé non seulement intérieurem ent, mais encore extérieurement, parce que l'effet d’un médicament appliqué à l’endroit du mal même, y devait produire un changement plus rapide.

Mais l’on se trompe. Ce traitement est tout-àfait rejetable, non seulement dans les maux locaux chroniques qui dérivent de la psore, mais encore par rapport à ceux qui se fondent sur le miasme de la syphilis ou sur celui de la sycosis. (Car ce double emploi du même remède dans de telles maladies, qui ont pour symptôme principal un mal local stable, (comme l’exantheme de la gale, le chancre vénérien, les fics), entraine le grand inconvénient, que l'application topique anéantit pour l'ordi- naire plus rapidement ce symptôme principal que la maladie intérieure. Nous sommes donc trompés alors par l’apparence d'une guérison parfaite, ou du moins il nous est devenu bien plus difficile et souvent même impossible de juger, si la maladie totale est en effet anéantie par l'emploi intérieur du médicament, car le symptôme local a disparu trop tôt.

Quand on s’est servi exclusivement de l'application topique du remède pour bannir les symptômes locaux des maladies miasmatiques dont nous venons de parler, l'inconvénient sera encore plus grand. Car il devient alors encore plus douteux, que le médicament, en détruisant le mal local, ait influe simultanément d’une force si penetrante et si salutaire sur l'organisme intérieur, que la maladie totale ait été anéantie en même temps. On reste donc dans l’incertitude par rapport à la cure intérieure, qui est pourtant absolument nécessaire au rétablissement parfait de la santé. Le symptôme principal et marquant ayant disparu, il ne reste plus que les autres accidens moins reconnaissables et moins constans,

qui ont souvent trop peu de qualites propres et caractéristiques pour offrir encore l'image de la maladie en contours distinets et complets.

Si surtout le remède homéopathique n’était pas encore du tout trouvé, lorsque le symptöme local a été détruit par un remède extérieur corrosif ou exsiccatif, ou par entaille, la difficulté qui résulte de l'incertitude et de linconstance des autres symptômes devient encore plus sensible. Car le symptôme le plus éminent, qui aurait pu guider avant tout le choix du remède le plus convenable et son emploi intérieur jusqu'au point de l’anéantissement parfait de la maladie, a été soustrait à nos observations.

Se

Si ce symptôme existait encore durant la cure intérieure, on aurait pu trouver le remède homéopathique pour la maladie totale. Or, si durant l’usage intérieur de ce médicament le mal local continuait d’exister, sa présence même prouverait, que la cure n’est pas encore parfaite; mais au contraire s’il guérissait, On aurait une preuve convaincante, que le mal est extirpé jusqu’à sa racine et que la maladie entière a atteint la fin désirée; avantage que l’on ne saurait assez apprécier!

S'PKEOS,

Il est évident que l'organisme, chargé d’une maladie chronique qu'il ne peut vaincre de ses propres forces, produit un mal local à une partie extérieure du corps quelconque pour appaiser le mal intérieur qui menace de destruction les organes vitaux et la vie même. Il engendre et nourrit donc plutôt une souffrance dans des parties qui ne sont pas abso-

Jument nécessaires à l'existence. Il veut, pour ainsi dire, transmettre par une opération révulsive le mal intérieur sur le mal topique qui doit en tenir lieu. Le mal local fait taire de cette facon la maladie intérieure, mais il ne la guérit pas. Le résultat en est presque le même que celui dont nous avons parlé dans le $. 33, où une maladie naturelle survenant à une autre qui lui était hétérogène, ne fit que l’appaiser et la suspendre, comme étant incapable de la guérir. Les cautères ont un effet semblable; ce sont des ulcères artificiels à des parties extérieures, qui adoucissent pendant quelque temps plusieurs souffrances chroniques intérieures, sans cependant pouvoir les anéantir. — Cependant le mal topique n'est toujours autre chose qu'une partie de la maladie générale, mais une partie que la nature soigneuse a partiellement aggrandie et qu’elle a transmise à une place extérieure comme moins dangereuse pour la vie, afin de diminuer la souffrance intérieure. Néanmoins la maladie totale n’est pas du tout guérie par là; au contraire la souffrance intérieure augmente insensiblement, et la nature est donc obligée d’empirer et de grossir aussi le mal local, afin qu'il suffise pour appaiser le mal intérieur; p. ex. les ulcères invétérés aux cuisses, qui se fondent sur une psore occulte, empirent, et le chancre vénérien, qui est le produit de la syphilis, s’aggrandit avec le temps à mesure que la maladie totale augmente.

Or, si un médecin imprudent, ayant l'idée de guérir par là la maladie même, détruit le mal local par des remèdes extérieurs, la nature le remplace par l’excitation et l’augmentation des souffrances intérieu-

res; elle eveille alors les autres symptömes de la maladie qui existaient déjà auparavant et qui, pour ainsi dire, ne faisaient que sommeiller. Il est donc faux de dire dans ce cas, que les remèdes extérieurs aient répercuté le mal local dans le corps ou quils l’aient fait tomber sur les nerfs. 8. 200.

Toute cure extérieure qui cherche à détruire le mal local, sans avoir anéanti la maladie miasmatique intérieure, p. ex. en chassant l’exanthème de la gale par des frictions avec toute sorte d’onguens, en corrodant le chancre vénérien, en détruisant les fics par l'entaille, ou par des ligatures, ou par le fer ardent, toutes ces manoeuvres, dis-je, sont des traitemens pernicieux et les sources les plus communes de ces innombrables souffrances chroniques qui font gémir le genre humain.

Maladies chroniques.

Tous les maux, incommodités et cachexies chroniques, qui ne dépendent pas d'un genre de vie malsain, proviennent du développement de ces trois miasmes chroniques, de la syphilis, de la sycosis et surtout de la psore. Chacune de ces maladies se trouvait déjà en possession de l'organisme entier et l'avait pénétré dans toutes ses parties, avant qu’elle ait pu manifester son symptôme principale (c. à d. l’exanthème galeux de la psore, le chancre ou les bubons de la syphilis, et les fics de la sycosis). Ce symptôme local est, pour ainsi dire, le représentant de la maladie intérieure et empêche la véritable éruption de cette dernière; mais ce symptôme étant enlevé, le miasme chronique se dé-

veloppera dans l'intérieur de l’organisme et se manifestera plus töt ou plus tard sous la forme d’une de ces innombrables cachexies chroniques qui tourmentent les hommes depuis des milliers d’annces.

Le médecin homéopathique ne traitera jamais par des remèdes extérieurs un de ces symptômes primitifs qui représentent les maladies miasmatiques chroniques, ni quelque autre mal local secondaire qui est provenu du développement ultérieur de la maladie. 1 n’emploiera, dis-je, ni les remèdes topiques qui agissent d’une manière dynamique !), ni les opérations simplement mécaniques; mais il dirigera sa cure intérieure contre le total de la maladie miasmatique, dont l’anéantissement est toujours suivi de la disparition des symptômes locaux tant primitifs que secondaires. Il arrivera rarement que le médecin trouve encore les symptômes primitifs intacts; bien plus souvent il aura à combattre les symptômes secondaires, c. à d. les maux produits par le développement ultérieur du miasme, et surtout les maladies chroniques nombreuses et variées qui dérivent de la psore. Je renvoie ici mes lecteurs à la lecture de mon ouvrage sur les maladies chroniques, dans lequel j'ai déposé les résultats des méditations, observations et expériences, que, dans une longue série d'années, j'ai faites sur la nature et sur la guérison des dites souffrances.

1) Je ne conseillerai donc jamais p. ex. d’anéantir les cancèrs aux lèvres et aux visages (produits d’une psore extrémement développée) par le remède arsénical cosmique, non seulement parce qu’il est très-douloureux et d’un succès incertain, mais surtout parce que ce médicament dynamique, en délivrant la partie souffrante de cet ulcère maligne, ne diminue pas de la moindre chose le mal originaire, la psore. Au con-

traire, la faculté vitale se trouve alors obligée de transmettre le foyer de la grande maladie intérieure à une autre partie plus noble (comme elle a toujours coutume de faire dans ses métochématismes), p. ex. de causer des amauroses, des surdités, des manies, des asthmes suffocatoires, des oedèmes, des apoplexies, etc. etc. Au reste la destruction locale de lulcère maligne, moyennant le remède arsénical susdit, ne réussit que quand celui-là est encore petit et que la force vitale est trèsénergique; mais c’est justement dans cette position des choses, que la guérison complète du mal originaire total, par une cure intérieure, peut encore fort bien être mise à exécution.

Le résultat est le même, quand on détruit les cancèrs aux lèvres et au visage par lentaille, ou quand on extirpe les tumeurs enkistées; il s’ensuivra toujours quelque chose de pire, ou du moins la mort en sera-t-elle accélérée.

Avant de commencer la cure d’une maladie chronique, il faut prendre les renseignemens les plus soieneux, si le malade a été simplement infecté de la psore, de la syphilis, de la sycosis, ou si peut-être il a souffert des contagions successi ves de deux ou de tous les trois de ces miasmes chroniques *). En cas de complication de ces maladies miasmatiques, il faut diriger le traitement médical contre toutes les deux ou trois maladies auxquelles on a à faire. Rarement on trouvera dans nos jours une syphilis toute simple; dans le cas bien plus fréquent on la trouvera compliquée avec une psore invétérée. La complication avec la sycosis est plus rare. Mais la cause originaire la plus fréquente des maladies chroniques sera toujours la psore.

1) En prenant ces renseignemens, il ne faut pas se laisser tromper par les assertions des malades, qui vous rapportent souvent un refroidissement, une frayeur, une fächerie, etc. etc. qu'ils ont eue avant nombre d'années, comme les causes excitatrices des maladies chroniques les plus graves. Ces accidens

sont’trop insignifians pour pouvoir engendrer, nourrir et aggrandir pendant une longue série d'années une maladie chronique dans un corps sain; ils n’ont donné que la dernière impulsion à l’éruption de la maladie psorique occulte.

Le médecin ayant mis au clair ce premier poinf, il sinformera des cures allopathiques dont le malade chronique a fait usage jusqu'alors; p. ex. quels medicamens violens on lui a donné principalement et fréquemment? quelles eaux minérales il a prises et avec quel succès? Car il est nécessaire de connaitre les altérations artificielles qu’a subies l’état primitif de la maladie, pour pouvoir y remédier en tant quil est possible.

Apres tout ceci il faut encore avoir égard à l’âge du malade, à son genre de vie et à sa diète, à ses occupations, à sa position domestique, à ses relations civiles et politiques, etc. etc., car tontes ces choses peuvent avoir contribué à laggravement du mal et peuvent empêcher ou seconder les progrès de la cure. Enfin il faut aussi que le médecin prenne en considération l'humeur et la facon de penser du malade, pour pouvoir influer sur lui simultanément d'une manière psychique convenable.

Tous ces renseignemens préalables étant pris, le médecin se procurera par plusieurs entretiens avec le malade la connaissance la plus parfaite de ses souffrances, et il tracera, suivant linstruction que nous avons donnée dans les SS. 76 — 92, le tableau de la maladie; puis il envisagera les symptômes les plus frappans et les plus extraordinaires (symptômes carac-

teristiques), qui le guideront au choix du premier remede antipsorique.

Maladies de l’esprit et de l’humeur.

Presque toutes les maladies que j'ai nommées autrefois maladies partielles, (c. à d. des maladies distinguées uniquement par un seul et grand symptöme qui éclipse, pour ainsi dire, tous les autres, et qui par cela même semble rendre la cure plus difficile), appartiennent à la catégorie des maux psoriques. Les affections que l’on nomme maladies de l’esprit et de l’humeur, sont presque toutes de ce nombre. Cependant elles ne forment pas une classe de maladie tout-à-fait séparée des autres. Car l’état de l'esprit et de l'humeur est aussi chaque fois change dans toutes les maladies que Yon nomme maladies du corps ‘), et cet elat est en général un symptôme, qui doit toujours être recu au nombre des symptômes principaux, si l’on veut se tracer un tableau fidèle de la maladie, afin de la pouvoir guérir homéopathiquement avec un heureux succès.

1) Combien de fois le médecin ne trouve-t-il pas p. ex. des malades, souffrant depuis plusieurs années de maladies les plus douloureuses, lesquelles montrent néanmoins une humeur douce et paisible, de façon qu'il se sent pénétré de respect et de compassion pour eux. Mais quand il a guéri la maladie, il s'étonne et s’ellraye non rarement du changement terrible de l'humeur du malade. Il voit alors souvent lingratitude, la dureté, la malice recherchée, et les caprices les plus révoltans et les plus déshonorans pour l’homme, qualités qui justement avaient été propres à la même personne lorsqu'elle était encore en bonne santé, — Souvent on trouve qu’un homme, qui était patient quand il se portait bien, devient reveche, violent, emporté ou capricieux d’une manière insoutenable, ou bien impatient et désespéré, quand il est malade. Les personnes chas-

tes

tes et pudigues se montrent parfois lascives et impudiques dans les maladies. Il n’est pas rare enfin que la maladie rende stupide une tête éveillée, et au contraire qu’elle fasse souvent d’un esprit faible une tête plus réfléchie et plus sage, et d’un homme lent un homme plein de présence d'esprit et d’une résolution prompte.

Cela va si loin, que l’état de l'esprit et de l'humeur du malade décide souvent principalement du choix du remède homéopathique, car cet état est un symptôme caractéristique, qui peut le moins échapper à un médecin qui sait faire des observations exactes.

Le créateur des remèdes a aussi eu singulierement égard à cet élément principal de toutes les maladies, à laltération de l’humeur et de l'esprit; car il n'y a dans le monde presqu'aucune substance medicinale active, qui n’opere un changement remarquable dans l’humeur et l’esprit de la personne saine qui en fait l’essai, et chaque médicament en produit un autre.

On ne guérira donc jamais une maladie d’une manière conforme à la nature, c. à d. homéopathique, si à chaque maladie on ne fait attention en même temps aux symptômes importans de l'humeur et de l'esprit, et si l’on ne choisit pour remède un médicament dont les symptômes ne ressemblent non seule-. ment aux symptômes physiques de la maladie, mais qui puisse encore produire de son chef dans l’humeur et dans l’esprit un état semblable à celui que l’on trouve chez le malade ).

1) L’Aconit-Napel ne produira que rarement ou jamais une guérison rapide ou durable, quand lhumeur du malade est

tranquille, égale et paisible; ni la noix vomique, quand V’humeur est douce ou phlegmatique; ni la pulsatille, quand l’humeur est gaie et sereine, ou opiniâtre; ni la fêve de Saint Ignace, quand l'humeur est invariable et n’incline ni à la frayeur,

ni au chagrin.

Ce que j'ai à dire de la guérison des maladies de l'esprit et de l’humeur, se bornera donc à peu de chose, comme elles ne peuvent être guéries autrement que toutes les autres maladies, c. à d. par un remède qui contient une puissance morbifique aussi semblable que possible à la maladie en question, par rapport aux symptômes qu'il a produits sur le corps et sur l’ame de personnes saines. |

Presque toutes les maladies que lon nomme affections de l'esprit et de l'humeur, ne sont originairement que des souffrances du corps, oü le symptöme de l’alteration de l’esprit et de l’humeur a augmenté d’une manière prépondérante, tandis que les symptômes physiques ont diminué, de facon quil en résulte enfin une partiellité éminente, approchant de celle qui se montre dans les maux locaux.

Les cas ne sont pas rares, où dans les maladies nommées corporelles, qui menacaient le malade d’une mort prochaine, (comme dans une suppuration des poumons ou dans une corruption d’un autre viscère important quelconque, ou dans une maladie aiguë, p. ex. dans les couches, etc. etc.), le symptôme psychique venant à augmenter subitement, les fait dégénérer en manie, mélancolie ou fureur, et éloigne par là le résultat funeste des souffrances corporelles. Celles-ci

s’amendent alors continuellement, presque jusqu'au degré de santé, ou plutôt elles diminuent jusqu'à un tel degré, que leur présence obscure ne peut être apercue que par un médecin observant avec persévérance et finesse. En un mot, la maladie devient partielle et pour ainsi dire locale; elle se concentre dans les symptômes de l’esprit et de l’humeur qui ont acquis une telle prépondérance qu'ils tiennent lieu des autres symptômes, et qu'ils appaisent leur violence d’une manière palliative. Le mal des organes corporels, qui sont plus grossiers, a été transmis aux organes presque spirituels de l’ame, qu'aucun instrument anatomique n’a encore jamais atteints, ni n’atteindra jamais; ces organes subtils servent ici à une révulsion du mal, ainsi que le font les maux locaux extérieurs dans les maladies nommées locales comme nous l’avons vu auparavant.

Les mêmes soins que j'ai recommandés comme nécessaires dans l'observation et la recherche des autres maladies nommées locales, doivent donc aussi être employés pour tracer le tableau d’une maladie de l’esprit et de l'humeur. I faut remarquer avec exactitude non seulement les symptômes corporels, mais surtout l'affection particulière de esprit et de l'humeur, qui est ici le symptôme principal Or, si l’on veut ensuite choisir un remède homéopathique pour anéantir la maladie totale, il faut que la série des symptômes de ce remède en contienne non seulement de tels qui ressemblent aux symptômes corporels de la maladie, mais surtout aussi de tels qui ressemblent autant que possible à l’état psychique du malade.

&. 215. ts

Pour se procurer la totalité des signes d’une telle maladie, il faut que premièrement l’on note avec exactitude tous les symptômes qu’offrait la maladie corporelle, avant qu’elle degenerät en maladie de l’esprit et de l’humeur. On apprendra. en même temps par le rapport, que l'on doit attendre des personnes de la famille du malade, si la maladie a pris son origine de l'infection d’une maladie chronique à miasme spécifique.

La comparaison de ces symptômes corporels qui out eu lieu précédemment, avec les vestiges qui s’en trouvent encore, quoique indistinctement, (vestiges qui se manifestent davantage si un intervalle lucide ou une diminution passagère de laffection psychique a lieu), servira à confirmer la continuité de leur présence.

Si l’on ajoute à ceci l'état de l’esprit et de [’humeur que les personnes de la famille et le medecin lui-même ont.exactement observé, comme étant ici le symptôme le plus éminent, le tableau de la maladie sera parfaitement composé, et l’on pourra choisir alors un médicament qui puisse produire non seulement des symptômes corporels semblables, mais surtout aussi un semblable désordre de l'esprit. Si la maladie psychique avait déjà duré longtemps, et qu'elle était provenue d'un miasme psorique, il faut choisir le médicament parmi les remèdes antipsoriques.

Mais si la manie ou la fureur a été récemment

causée par une frayeur, ou par du chagrin, ou par

l'abus des boissons spiritueuses, etc. etc., de facon qu’elle se manifeste comme une maladie aiguë, il faut se servir d’un médicament homéopathique ordinaire, (donnée en dose bien sublimée), qui réponde à cette affection aussi parfaitement que possible, p. ex. de laconit, de la belladonne, de la stramoine, de la jusquiame, du mercure, etc. etc. Quoique une telle maladie psychique aiguë ne soit très-souvent qu'une effervescence subite d’une psore occulte, on ne peut pourtant pas employer d’abord un médicament antipsorique, mais il faut la combattre, ainsi que je viens de le dire, par un autre remède homéopathique convenable; il s’agit ici avant tout de faire retomber la psore dans son état de sommeil, où le malade parait ètre bien portant.

Cependant il ne faut jamais regarder un tel malade comme parfaitement guéri. Au contraire il faut, sans perdre de temps, commencer alors une cure antipsorique pour délivrer le malade radicalement de son miasme occulte qui ne fait que sommeiller mais qui est toujours prêt à faire une nouvelle éruption. Ce n'est qu'après avoir complètement anéanti cette cause originaire, que le malade demeurera libre à jamais de pareilles attaques, supposé toutefois qu'il reste fidèle au régime qu'on lui aura prescrit.

Si l’on omet la cure antipsorique, il faut s’attendre presque avec certitude à un nouvel accès de manie, plus terrible et plus long que la première fois et excité par une cause plus insignifiante. Durant ce nouvel accès la psore a coutume de se développer

entierement et de passer à un désordre periodique ou continu de lesprit, maladie bien plus difficile à guérir par des remèdes antipsoriques. | Srm221:

Si la maladie psychique n'était pas encore toutà-fait formée, et que l’on füt en doute, si elle résulte vraiment d’une souffrance corporelle, ou plutôt d'une éducation vicieuse, de mauvaises habitudes, d’une moralité corrompue, de la culture negligée de l'esprit, de superstition ou d'ignorance, on pourra se servir de l’expédient suivant. On fera au malade des exhortations amicales, on lui présentera des motifs de consolation, ou on lui fera des remontrances sérieuses et on lui proposera des argumens raisonnables. Dans le cas où le désordre de l'esprit ne proviendrait pas d’une maladie corporelle, le malade cedera aux représentations susdites et se corrigera. Mais dans le cas opposé le mal empirera rapidement par ce procédé; le mélancolique deviendra encore plus abattu, plus plaintif, plus inconsolable et plus concentré en lui-même; le maniaque malicieux en sera encore plus exaspéré, et le bavard absurde radotera encore davantage").

1) Il semble ici que Pesprit, sentant la vérité des remontrances qu'on lui fait, influe sur le corps pour rétablir Pharmonie troublée, mais que celui-ci réagit par sa maladie sur les organes de l'ame et augmente leur désordre en opérant sur eux une nouvelle révulsion de ses souffrances.

Il y a sans doute quelques maladies psychiques qui ne sont pas nées d’une maladie corporelle, mais produites par des affections morales, comme par du chagrin continuel, par des mortifications, par le dépit,

par des injures et par de grandes et frequentes occasions de crainte et de frayeur, tandis que le corps n’était qu'un peu maladif. De telles maladies de l’esprit corrompent avec le temps aussi la santé du corps et souvent à un haut degré.

Ce n’est que dans de pareilles maladies de l’esprit, engendrées et nourries par l’ame elle-même, que les remèdes psychiques sont admissibles, supposé toutefois que ces maladies soient encore récentes et qu’elles n'aient pas trop dérangé la santé du corps. Dans ce cas il est possible, que la confiance que l’on témoigne au malade, que des exhortations bienveillantes, que des argumens sensés et souvent aussi une illusion prudemment masquée, rétablissent bientôt la santé du corps, quand nous faisons d’ailleurs observer au malade une diète convenable.

Quand les dites maladies de l'esprit ($. 222 et 223) sont compliquées avec une psore occulte, la süreté du malade exige, qu'après l'avoir traité d’une manière psychique, on le soumette encore à une cure antipsorique, afin qu'il ne retombe pas dans un semblable désordre de l’ame, ce qui, sans cela, n'arrive que trop souvent.

Pour ce qui est des autres maladies de l'esprit qui se fondent originairement sur une maladie du corps, il est vrai qu'elles peuvent être uniquement guéries par des remèdes homéopathiques, joints à une diète conforme, Al faut cependant qu'on y joigne aussi un certain régime pour lame, c. à d. il faut que le médecin et les personnes de la famille observent une

manière convenable de se comporter envers le malade. Si l’aliéné est furieux, il faut lui opposer une intrépidité tranquille, du sang froid et une volonté ferme; sil fait des plaintes lamentables, nous devons lui témoigner une compassion muette dans nos mines et dans nos gestes; s’il bavarde d’une manière insensée, il faut garder le silence, sans cependant se montrer tout-à-fait inattentif; enfin sil commet des actions ou sil dit des choses scandaleuses et degoütantes, nous devons nous donner l'air de ne faire aucnn cas de lui. Pour ce qui est des ravages et des dégâts qu'un tel homme peut faire sur les objets qui l'entourent, il faut seulement tächer de les prévenir et de les empêcher, sans lui faire des reproches, et il faut tout arranger de facon qu'aucun châtiment ou tourment corporel ne soit jamais mis en oeuvre. Même dans le seul cas où l'usage de la contrainte pourrait encore être justifié, c. à d. quand le malade doit prendre le remède, la méthode homéopathique le rend inutile; car les petites doses qu'elle prescrit, ne pouvant jamais offenser le goût, on peut les administrer au malade dans sa boisson, sans qu'il s’en doute. $. 226.

Des contradictions, des instructions deplacées et données avec trop de zèle, des remontrances violentes et de la dureté, sont aussi peu convenables qu’une condescendance faible et timide; tous ces traitemens sont également nuisible à l'esprit et à l'humeur du malade. Mais ce sont surtout les mocqueries, les tromperies et les illusions grossieres, qui les irritent et qui font empirer leur état. Le médecin et les surveillans de pareilles personnes doivent toujours faire semblant de croire que les

malades ont l’usage de leur raison. — Mais il faut aussi éloigner tout ce qui peut troubler leur sens et leur ame au dehors. Il n’y a point d’amusemens pour leur esprit entouré de ténèbres; il ny a point de distractions bienfaisantes, point d'instructions, point d’adoucissemens par des livres, par des discours ou par d’autres objets pour leur ame révoltée ou languissante dans les chaînes du corps malade. Il n’y a point d'autre récréation pour eux que la guérison elle-même; ce n'est que quand leur santé corporelle sera amendée, que la tranquillité et le bien-être se répandront sur leur esprit, 811227.

Si le remède que l’on a choisi pour une certaine maladie de l'esprit ou de l'humeur, (car elles sont d'une diversité incroyable), convient tout-à-fait homeopathiquement au tableau fidèle que l’on s'était tracé de la maladie, la plus petite dose suffit souvent pour produire dans un temps très-court l'amendement le plus marquant, chose impossible à effectuer par les doses les plus grandes et les plus fréquentes de tous les médicamens allopathiques, qui avaient manqué de faire mourir le malade. Supposé que l’on puisse choisir parmi un assez grand nombre de medicamens examinés selon leurs effets purs, il n’est pas si difficile de trouver un remède convenable pour de telles maladies, vu que leur symptôme principal, l’état altéré de l’esprit et de l’humeur, se manifeste d’une manière si claire qu'il ne saurait être méconnu. Oui, une expérience longue et multipliée me permet d’assurer, que l'avantage de l’art médical homéopathique sur toutes les autres méthodes curatives ne se montre nulle part d'une manière plus triomphante, que dans

de vieilles maladies de l’esprit et de Phumeur, qui ont pris leur origine dans des souffrances corporelles, ou qui sont nées simultanément avec elles.

Maladies alternantes.

Leur division.

Parmi les maladies qui méritent une considération particulière, se trouvent encore les maladies alternantes, tant celles qui reviennent à des époques régulières, (comme le nombre infini des fievres intermittentes et des souffrances non-fébriles qui reviennent à la manière des fièvres intermittentes) que celles, où de certains états de maladie alternent avec d’autres à des temps. ir-

réguliers.

62,229; I. Maladies alternantes irrégulières.

Les maladies alternantes de la dernière espèce sont d’une grande diversité, et appartiennent toutes au nombre des maladies chroniques. Elles sont pour la plupart le produit d'une psore développée, qui, quoique rarement, peut aussi se compliquer avec un miasme syphilitique. Dans le premier cas on ne se servira que de médicamens antipsoriques; dans le dernier il faudra employer alternativement des remèdes antipsoriques et des remèdes antisyphilitiques, ainsi que je l'ai enseigné dans mon ouvrage sur les maladies chroniques.

Il est possible que deux ou trois états différens alternent ensemble. Pour ce qui est de l’alternation de deux états différens, il arrive p. ex. que de certaines douleurs continues se montrent aux pieds, des qu'une inflammation des yeux a disparu, et qu'en re-

vanche celle-ci reparait dès que les douleurs aux pieds ont cessé pour le moment; de même des crampes et des convulsions peuvent alterner immédiatement avec une autre souffrance quelconque du corps entier ou d'une de ses parties. Mais il est aussi possible, qu'uné triple alternation ait lieu dans un état de maladie quotidien; p. ex, il se montre premièrement une période où la santé est augmentée en apparence et où les forces spirituelles et physiques sont plus excitées qu'à l’ordinaire, (comme une gaieté exagérée, une vivacité trop active du corps, un excès de bien-être, un trop grand appétit, etc. etc.); cette période est subitement suivie d'une humeur sombre et mélancolique, ou d'une disposition bypocondriaque insupportable, jointe à des perturbations dans plusieurs fonctions vitales, comme dans la digestion, dans le sommeil, etc. etc.; ce dernier état enfin est suivi tout aussi subitement d'un troisième, qui est celui du mal-être modéré et ordinaire. Et c’est ainsi qu'il existe encore d’autres espèces d’alternations infiniment variées.

Souvent on ne peut plus remarquer aucun vestige de l’état précédent, quand l’état nouveau a paru. Dans d’autres cas il ne reste que peu de vestiges de l’état précédent quand l'état nouveau commence, c. à d. il reste peu de symptômes du premier état durant la naissance et la continuation du second. Souvent les états alternans sont d’une nature tout-à-fait opposée, p. ex. nous voyons succéder des accès de mélancolie à des paroxysmes d'une manie folätre.

IT. Maladies alternantes régulières ou typiques.

Les maladies alternantes typiques sont celles, où un état de maladie stable succède dans un temps

assez régulier à un état de bien-être apparent, et disparait de nouveau après avoir duré pendant un temps également régulier. Cette qualité est commune aux maladies alternantes qui changent seulement à des temps définis sans être fébriles, et entre celles qui sont fébriles et que l’on nomme fièvres intermittentes, dont il existe une grande variété.

a) Maladies alternantes typiques sans fièvre.

Ces maladies qui ne se montrent que comme des cas singuliers chez des individus, et qui n’ont pas coutume de devenir sporadiques ou épidémiqnes, sont toujours d’une nature chronique et derivent pour la plupart de la psore toute seule, ou, ce qui est rare, de la psore compliquée avec la syphilis. Leur traitement est donc le même que celui dont j'ai parlé précédemment ($. 229). Il est cependant parfois nécessaire de donner comme remède intermédiaire le quinquina, en petite dose bien-sublimee, pour anéantir completement le type intermittent de ces maladies.

SR 5 2 b) Maladies alternantes typiques avec fièvre, ou fièvres intermittentes !).

Nous parlerons ici d’abord des fièvres intermittentes qui règnent d’une manière sporadique ou épidémique, mais non pas de celles qui sont endémiques dans les contrées marécageuses, dont il sera question plus tard ($. 239). — Pour ce qui est donc de ces fievres intermittentes, nous trouvons que chaque paroxysme est composé de deux états alternans opposés, (froid, chaleur, — chaleur, froid), souvent même

de trois (froid, chaleur; sueur). Il faut donc que le remède que l’on choisit contre de telles fièvres, (et qui sera pris parmi les médicamens homéopathiques ordinaires, mais non pas parmi les antipsoriques), puisse exciter tous les deux ou trois états dans un corps sain, ou il faut au moins qu'il convienne homéopathiquement au plus fort et au plus marquant de ces états alternans; soit à l’état du frissonnement avec ses symptômes accessoires, soit à celui de la chaleur avec ses signes secondaires, soit à celui de la sueur avec ses souffrances relatives, selon que l’un ou l’autre de ces accès est le plus fort et le plus marquant. Il ny a pas de mal alors, que le remède ne soit qu’antipathique (palliatif) par rapport à l’autre état alternant qui est plus faible; la fièvre change néanmoins en santé, et pour l'ordinaire, si elle n’est pas encore enracinée, déjà après la première dose. — Aussi dans cette espèce de fièvres il ne faut pas donner une seconde dose du remède, tant que dure l'effet de la premiere et tant qu'il en résulte de l’amendement. Mais quand elle a cessé son effet, il faut examiner soigneusement si le reste de la fièvre n’est pas tellement change, que Yon ne peut plus donner le premier médicament, mais qu'il faut en choisir un autre, plus homéopathique par rapport au changement actuel. Or celui-ci achevera dans la règle la guérison.

1) L'ancienne pathologie ne connaît qu'une seule fièvre intermittente, qu'elle nomme aussi la fièvre froide, et elle n'y admet aucune autre différence que celle du temps dans lequel les accès de fièvre reviennent, comme la fièvre quotidienne, tierce, quarte, etc. Mais outre cette diversité des époques du retour des fièvres intermittentes, il existe encore

des différences bien plus importantes entre elles. Il y a une quantité innombrable de ces fièvres, dont plusieurs ne peuvent

pas même être nommées fièvres froides, leurs attaques consistant uniquement en chaleur. 1 y a d’autres fièvres intermittentes, où les accès ne produisent que du froid, suivi ou non de sueur; d’autres, qui répandent du froid sur le corps entier, en causant en même temps la sensation de la chaleur; d’autres, qui causent des frissonnemens, quoique le corps soit chaud au toucher; d’autres, où lun des paroxysmes consiste seulement en frissonnemens qui secouent le malade, ou en un froid suivi de bien-être, tandis que l’autre paroxysme fait seulement sentir de la chaleur, suivie ou non de sueur; d’autres, où la chaleur précède le frissonnement; d’autres, où l’un des paroxysmes consiste en chaleur et frissonnemens suivis d’apyrexie, au lieu que lautre paroxysme qui ne se montre souvent que plusieurs heures après, produit seulement de la sueur; d’autres, où il ne s’ensuit pas du tout de sueur; d’autres enfin, où il n’y a ni chaleur, ni frissonnemens, mais où lattaque entière ne consiste qu'en sueur ou en chaleur accompagnée de sueur, — C’est ainsi qu'il y a encore une quantité innombrable de différences, surtout par rapport aux symptômes accessoires, qui ont lieu avant, durant ou après le frissonnement, la chaleur et la sueur, comme p. ex. un mal de tête singulier, un mauvais goût, un mal au coeur, des vomissemens, des diarrhées, du manque de soif ou une soif violente, des douleurs singulières au ventre ou dans les membres, des délires, des affections de l'humeur, des crampes, ete. etc. — Toutes ces fièvres intermittentes sont évidemment des maladies bien différentes, dont chacune exige un traitement homéopathique particulier, Il est vrai, que presque toutes ces fièvres peuvent être supprimées par de grandes et énormes doses de quinquina, ce. à d. leur retour périodique (leur type) en est anéanti; mais les malades affectés de telles fièvres intermittentes, auxquelles ce remède ne convenait pas, n’en sont pas guéris; ils restent malades, et plus malades qu'ils ne l’étaient auparavant; pouvons-nous honorer une telle cure du titre de guérison?

Dans les fièvres intermittentes, le temps le plus utile et le plus convenable pour ladministration du

remede sera tout de suite ou bientöt apres la fin du paroxysme. Car alors le medicament a le temps de produire dans l’organisme tous les effets possibles pour rétablir la santé, sans l’assaillir par une attaque violente. Mais quand le médicament, füt-il même le remède le plus spécifique, est donné justement avant le paroxyeme, il coïncide dans son effet avec le renouvellement de la maladie et excite une telle réaction et un tel combat dans l’organisme, que le malade perd beaucoup de ses forces, ou que sa vie même est mise en danger !). Mais si l’on donne le médicament tout de suite après que le paroxysme vient de cesser, c. à d. au temps même, où la période la plus exempte de fièvre vient de commencer, l’organisme se trouve dans la meilleure disposition pour être changé tranquillement par le remède et pour revenir ainsi à la santé.

1) On voit ceci dans des cas (qui ont eu lieu non rarement), où une dose modérée du suc de pavot, que l’on a fait prendre au malade durant le frissonnement de la fièvre, l’a subitement privé de la vie.

Mais quand le temps de l’apyrexie est très- court, comme cela arrive dans quelques fièvres très - malignes, ou quand il est troublé par des ressentimens du paroxysme précédent, il faut que le médicament homéopathique soit donné dans le temps même où la sueur et les autres symptômes accessoires du paroxysme commencent à diminuer. |

Ce n’est que quand le medicament a andanti par une seule dose plusieurs accès de suite et qu’une santé évidente a succédé, mais qu'après quelque temps des indices du nouveau paroxysme se montrent dere-

mm

chef, qu'on peut et qu'il faut répéter le même remede, supposé toutefois que la totalité des symptômes soit encore la même. Mais ce retour de la-neme fièvre, après un intervalle de santé, n’est possible que quand lYinsalubrite, qui a excité la fièvre intermittente pour la première fois, influe encore sur le convalescent, comme cela arrive p. ex. dans les contrées marecageuses. En ce cas un rétablissement durable n’est

souvent possible qu’en éloignant le malade de la cause excitative de son mal, p. ex. en le transportant dans une contrée montagneuse, s'il a été attaqué d’une fievre intermittente provenue des exhalaisons des marais.

Comme presque chaque médicament, en faisant son effet pur sur des hommes sains, excite une fievre particulière et même une espèce de fièvre intermittente avec ses états alternans, qui diffère de toutes les fièvres que les autres médicamens produisent, on trouvera dans le vaste règne des puissances médicinales des secours suffisans contre les nombreuses fievres intermittentes naturelles. Même à présent, où le nombre des médicamens examinés d’après leurs effets purs est encore limité, on trouve déjà des remèdes convenables pour quantité de fievres semblables.

Si dans une fièvre intermittente épidémique le re-. mede, qui en général a été reconnu comme spécifique dans cet épidémie, est néanmoins incapable d'opérer une guérison parfaite chez tel et tel individu, et quil n'existe point de cause excitative extérieure qui entretienne le mal, nous sommes en droit de supposer une

psore occulte, et alors il faut employer des remedes

medes antipsoriques jusqu'à ce que le rétablissement complet et durable s’ensuive.

Le cas est le même, quand une fièvre intermittente très-maligne, qui n’est ni épidémique, ni endemique, attaque un individu, et que le remède homéopathique convenable, que nous avons choisi pour ce cas individuel, tarde à amener la convalescence. I faut aussi procéder alors au choix de quelque médicament antipsorique.

Les fièvres intermittentes endémiques dans les contrées marécageuses ainsi que dans celles qui sont exposées à des inondations fréquentes, donnent beaucoup à faire au monde médical. — Cependant un homme sain peut fort bien s’accoutumer dans sa jeunesse à des contrées marécageuses et rester continuellement bien portant, s'il use d’ailleurs d'un régime irréprochable et qu’il n’est accablé ni de besoins urgens, ni de fatigues, ni de passions pernicieuses. Ces fièvres endémiques l’attaqueront seulement la première fois qu'il vient dans une telle contrée; mais alors une ou deux petites doses de la teinture bien sublimée de l'écorce du quinquina le rétabliront en peu de temps, sil se soumet à une diète conforme. Mais quand quelqu'un n’est pas guéri par un tel traitement, quoiqu'il observe d’ailleurs un régime parfait, tant physique que psychique, il n’est que irop sûr, que le malade est sujet à ‘une cachexie psorique prête à se développer; une telle personne ne peut jamais être guérie dans cette contrée marécageuse, à moins quelle ne soit traitée par des remedes antipsoriques. Si de pareils malades quit-

tent sans délai cette région nuisible et la changent avec un séjour sec et montagneux, la fièvre intermittente les quitte parfois, et la psore retourne dans son état de sommeil, si elle n’était pas encore bien developpée; cependant de telles personnes ne jouiront jamais d'une santé parfaite, si elle ne sont pas guéries d’une manière antipsorique ‘).

1) Il est vrai que de grandes et fréquentes doses de Pécorce du quinquina, ainsi que des préparations plus concentrées de ce médicament comme p. ex. le chininum sulphuricum, peuvent délivrer de pareilles malades des attaques typiques de la fièvre eudémique: mais ce ne sera qu'une vaine illusion; car ces personnes resteront malades d’une autre manière.

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