Chapitre IL
Observations critiques sur la methode homéopathique.
Quiconque aura lu avec attention le chapitre précedent, se sera apercu de la différence tranchante qui existe entre les principes de la doctrine de Hahnemann et ceux qui forment la base des méthodes usitées par l’ancienne école. Il était donc bien naturel, qu'une théorie aussi originale ait provoqué des critiques nombreuses et violentes. Il est profondément gravé dans la nature de l’homme, qu'il craint de se voir ravir ce qui lui a coûté beaucoup de peines à acquérir. Or, le savoir et la conviction en fait de science étant la propriété intellectuelle des hommes de lettres, il est naturel que toute découverte ou doctrine qui menace de changer la face d’une science entière, soit révoquée en doute et combattue par nombre de ceux qui professent les anciens principes. Soyons justes, et nous trouverons que cette conduite n’a rien de blamable en elle-même, Aussi bien qu'il y a diversité de croyance en fait de religion et de politique, il y en a aussi dans toute science. Que chacun défende la sienne par tous les moyens licites que lui offre la sagacité de son esprit et la richesse de ses connaissances ; mais qu'il soit aussi disposé à examiner avec impartialité et par des expériences propres la réalité des principes de ses adversaires, et qu'il les embrasse de bonne foi, dès qu'il les trouvera préférables aux siens, ou du moins tout aussi fondés que ceux-ci. Une pareille lutte des opinions sera une chose infiniment louable:
car un objet étant envisagé sous des rapports différens, 4% 9
en sera mieux éclairé, et la vérité sortira enfin de ce combat dans toute sa splendeur. Heureux, s'il en eut toujours été ainsi! Mais rien n’est plus difficile pour les hommes que de séparer leur propre intérêt de celui de la chose même; l’un et l’autre se confondent insensiblement dans leurs ames. La haine, l'envie, la jalousie se mêlent au zèle littéraire; les esprits s’enflamment et s’aigrissent, et une recherche franche de la vérité ne devient que trop souvent une guerre de parti! — La doctrine de Hahnemann a eu le même sort !).
L’homeopathie est une découverte éminemment pratique ; c’est à l’expérience, c’est aux essais purs et consciencieux que son auteur provoque. Pourquoi ne lui rendit- on pas toujours justice devant son tribunal? On se borna à le combattre avec les armes de la spéculation et avec des principes tirés de la pratique des méthodes coutumières, dont la nouvelle voie curative est justement le contraire. — Hahnemann lui-même n’a jamais répondu à un de ses agresseurs en particulier ; convaincu de la vérité de sa doctrine et de la nécessité de sa victoire, il aima mieux travailler à perfectionner son art salutaire, que de cueillir des lauriers sur l’arene de la dialectique. Ce furent les collaborateurs des Archives homéopathiques du Docteur Stapf qui se chargèrent du soin de repousser les attaques des adversaires, et ce sera donc de leurs écrits ainsi que de ceux de quelques autres auteurs, parmi
1) Voyez: 1) Dr. Hahnemanns Homöopathie, gewürdigt von Dr. Jürg, Leipzig, 1822, in Jürg’s Kritischen Heften für Aerzte und Wundärzte, 2s Heft. — 2) Anti-Organon, von Dr. Heinroth, Leipzig, 1825. — 3) Prüfung des homöopathischen Systems von Dr. v. Wedekind, Darmstadt 1825.