‹ Orgueil et Préjugé, Volume 2Chapitre 28 sur 34 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Ils ne furent pas plutôt partis, qu'Elisabeth, comme si elle avoit voulu s'aigrir encore davantage contre Mr. Darcy, S3 mit à relire toutes les lettres qu'elle avoit reçues de Jane, depuis son arrivée dans le comte de Kenij elles ne contenoieut aucune plainte , ne rappeloient rien de ce qui s'étoit passé , et ne partaient point de ce qu'elle souffroit ; mais on voyoit , à chaque ligne, que la gailé qui caractcrisoit ordinairement son style, et qui avoit sa source dans la sérénité de son esprit, dans le calme de son ame et dans ses aimables dispositions à l'égard des autres; on voyoit, dis-je, que cette gaîié éioit tout- à-fait obscurcie. Elisabeth sentoit encore, avec plus de viva-

cite qu'au premier moment , toutes les phrases qui -porloient l'empreinte de la mélancolie ; et la gloire que IVlr\ Darcy tiroii d'avoir été la cause des peines de sa sœur, les lui rendait encore plus douîourenses; elle pensoil avec joie qu'il devoit quitter Rosings le sut lendemain , qu'elle ne le reverroit pas, nue dans peu elle se retrou veroït avec J;ine ? eL s'eflorceroit de lui faire retrouver le bonheur par les plus tendres témoignages de son affection.

Pendant qu'elle étoit ainsi absorbée dans ses réflexions, elle fut toul-à-coup tirée de sa rêverie par le son de la cloche de la porte d'entrée; elle se sentit un peu ranime'e par l'ide'e que c'etoit peut-être le colonel JFilso— W iîliams , qui venoit savoir de ses nouvelles , mais ce) te espérance s r evanouit presque aussitôt , et elle éprouva un se mime ni bieft diffeV cent, lorsque, à son extrême surprise ,

ORGUEIL ET PÎI&IUGÊ.

elle vil entrer Mr. Darcv: il lui de-

manda des nouvelles de sa saine , avec une agitation visible ; prenant pour prétexte de sa visite , Je désir qu'il a voit d'apprendre qu'elle etoil miens. Elîe lui répondit avec une froide politesse ; il s'assit cependant ; mais , au bout de quelques momens, il se leva et se promena dans la chambre avec vivacité.

Elisabeth , surprise, ne disoit rien : après un silence de quelques minutes, il s'approcha d'elle d'un air fort agité, et s'ëcria ;

— C'est en vain crue je résiste !... mes sentimensne peuvent être réprimés plt^s long-temps, j'y succombe; vous devez me permettre de vous avouer l'amour et l'admiration que vous m'inspirez.

La surprise d'Elisabeth fut au dessus dé

ioute expression; elle tressaillit, rougit, et doutant de ce qu'elle entendoit , elle garda le silence. Il considéra cela

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comme un encouragement suffisant, et lui exprima 101U ce qu'il sentoit pour elle depuis long-temps. II parloit bien; cependant, les seiiûmens qu'il exprimoit ne paroissoient pas être ceux du cœur $ ï'amour ne lui prêtoit pas plus d'éloquence que l'orgueil; il insistoit sur la «iiflerence des rangs, sur le sacrifice qu'il faisoit de sa dignité , et sur les obstacles que la raison lui avoit toujours montres comme s'opposant à ses désirs. Tous ces motifs lui sembioient plaider en sa faveur , quelque offensât] s qu'ils fusse at pour Elisabeth.

i En dépit de son aversion pour lui, e ne pouvoit être insensible à cet hommage, et quoiqu'elle n'eût pas la plus légère incertitude sur sa réponse, son premier mouvement fut d'être lâchée du. chagrin qu'elle alloit lui causer ; mais, irritée par la fin de mu discours, la colère fit évanouir toute pitié; elle s'efforça

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cependant de conserver assez de calme pour pouvoir lui répondre avec douceur.

Jl finit en lui représentant tome la violence d'un aitachement qu'en dépit de ses efforts il n'avoit pu vaincre , et en espérant -qu'elle le récompensèrent en acceptant sa main. Elisabeth vit qu'il ne doutoit point de recevoir une réponse favorable. Quoiqu'il pariât d'appréhensions, de craintes, d'auxieies ; sa contenance décéîoît une entière assurance.

Cela seul l'eût irritée, et lorsqu'il eut eessé de parler, elle lui répondit, la rougeur sur le front :

Il est je crois d'usage, dans de pareilles occasion» , d'exprimer quelque reconnoissance pour les seutimens dont On vient de recevoir l'aven, lors-même qu on se sent dans l'impossibilité' de les payer de retour. Il est naturel de reconnoître les obligations que Ton peut avoir ; mais je ne puis éprouver aucune

HOO O K GU Ei L ET. Pli E J li G Û .

reconnoissance pour vous, puisque je n'ai jamais désiré voire estime , et nue certainement vous ne me Pavez pas accordée volontiers. Je suis toujours fâchée de faire de la peine à qui que ce soit 3 j'espère que celle que je vous fais dans ce moment sera de courte dure'e, et que Jes considérations que vous prétendez vous avoir empêché si long-temps d'avouer votre amour, n'auront pas beaucoup de peine à le vaincre après cette explication.

Appuyé contre la cheminée, les yeux fixés sur Elisabeth , Mr. Darcy semhloit entendre ces paroles avec autant de surprise que de ressentiment, il pâlit et son trouble se peignit daus tous ses traits :

s'eflbrçant de paraître calme , il ne prit la parole que lorsqu'il crut pouvoir être maître de lui. Son silence remplissoit Elisabeth de terreur; enfin, d'un ton de Yoix contraint j il dit :

— Est-ce îà toute la réponse que je puis espérer? Je pourrois peut-être demander quel est le motif qui m'a fait ainsi refuser sans la moindre apparence de politesse ? mais,.., ce n'estpas d'unegrande importance.

— Je pourrois aussi demander, répliqua Elisabeth , pourquoi vous êtes venu me provoquer d'une manière si offensante , en avouant que vous m'aime»

contre votre volonté , votre raison, vos principes et même contre votre caractère j si dans mon refus je n'ai pas observé 1rs formes convenables , votre propre conduite n'est-elle pas mon excuse ? Mais j'ai encore d'autres griefs contre vous, et vous les connoissez. Lors même que mes sentimens ne vous eussent

pas ete contraires, croyez qu'aucune consideraiion n eut pu m'engage r à accepter pour époux un nomme qui a détruit, peut-être pour jamais, le bonheur d'une

sœur que je chéris.

Mr. Datcy changea de couleur, mais il Pécouta sans essayer de Pinlerrompre.

— J'ai toutes les raisons possibles d'avoir mauvaise opinion de vous; rien ne neul excuser le rôle injuste et peu généreux que vous avez joue. Vous n'oseriez pas, vous ne pourriez pas nier que vous n'ayiez été le principal , siuoo le seul auteur, de la séparation de deiTx eues qui s'aimaient; exposant Pun, au blâme que méritent le caprice et l'inconstance; el l'autre 5 à la dérision qu'excitent les espérances trompées, el en les plongeant tous les deux dans la plus vive affliction.

Elle s'arrêta alors, et vit avec la plus profonde indignation , qu'il Pécoutoit «ans paroîlre agité d'aucun remords; il la reaardoit même avec le sourire de l'incrédulité.

: — Pouvez-vous nier que vous ayiez

agi aiosi ? répéta-t-elle»

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