‹ Orgueil et Préjugé, Volume 4Chapitre 17 sur 21 · MU · texte numérisé non relu

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— Si vous voulez me remercier , que ce soit pour vous seule î répondit-il , je ne puis nier que le désir de vous procurer quelque consolation , n'ait ajouté beaucoup de force aux motifs qui m'ont dirige' dans celle occasion. Votre famille ne me doit rien, quoique je la respecte et la considère infiniment, je ne peusois

q« a vous.

Elisabeth e'toit trop embarrassée pour pouvoir répondre un seul mot j après un instant de silence il ajouta:

— - Vous êies nop généreuse pour vouloir vous jouer de moi. Si vos st ntimeus sout le- mêmes que le printemps dernier, diles le moi sans déguisement.

Mon amour ei mes désira ne sont puint changés, mais un seul mol de votre bouche me condamnera au silence pour toujours.

£liaabe ! h vivement émue et voulant rebondie a &a franchise, rassembla toutes

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ses forces et lui fit entendre, non sons embarras, que ses sentimens avoient tellement changé depuis cette époque, qu'elle recevoil avec plaisir et reconnoissancp les assurances qu'il venoit de lui donner. Cette réponse fit e'prouver à Mr. Darcy îe bonheur le plus grandi qu'il eut jamais connu ; il s'exprima dans cette occasion avec autant de chaleur et de sensibilité que pouvoit le faire un homme transporté d'amour. Si Elisabeth avoii ose' lever les yeux , elle auroit vu combien l'expression du bonheur donnoil de charmes à sa figure $ mais si elle n'osoit le regarder , au moins elle l'entendoit. Tout ce qu'il lui dit de ses sentimenslui rendit sa tendresse d'autant plus précieuse, qu'elle vit combien elle éloit vive et respectueuse.

Ils marchoient toujours sans s'embarrasser où ils alloient , ils avoient trop à penser,à sentir et à dire pour pouvoir son-

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gpr à antre chose. Elisabeth apprit bientôt qu'elle de voit Ja déclaration de Mr.

Darcy, aux efforts de sa tante, qui avoit été le voir à Londres et lui avoit raconte' sa visite à Longbourn , ainsi que les motifs et les détails de la conservation qu'elle avoheue avec Elisabeth. Elle avoit appuyé avec emphase sur toutes les paroles de cette dernière, qui, dans l'opinion de sa Seigneurie , prouvoient par dessus tout son ambition et son insolence. Elle croyoit qu'un tel récit de voit lui faire obtenir de son neveu la promesse qu'Elisabeth avoit refusé de Lire; mais malheureusement pour sa Seigneurie, ce récit eût un effet absolument contraire.

— Cela m'apprit, dit-il, ce que je ne m'étois jamais permis de supposer... Je connoissois assez votre caractère pour être sûr , que si vous aviez été aussi prétenue contre moi que le printemps dernier, et absolument décidée à ne jamais

accepter ma main , vous l'auriez franchement dit à Lady Catherine.

Elisabeth ne put s'empêcher de rire ;

— Vraiment oit- elle , vous connoissez assez ma franchise pour m'en croire capable ? et après vous avoir si fort maltraite en face , vous pensez que je n'aurois pas 'eu J de scrupule à témoigner mes sentimens sur votre compte à vos parens ?

— Qu'avez-vous dit de moi qui ne fut mérité ? car quoique vos accusations fussent mal fondées, ma conduite vis-à-vis de vous dans ce moment, méritoil les reproches les plus sévères ; elle étoit impardonnable , et je ne puis y penser sans indignation.

— Ne nous disputons point pour savoir lequel de nous deux étoit le plus blâmable ce jour-là , dit Elisabeth , notre conduite à l'un et à l'autre , si ou l'examinoit de bien près, seroit loia d'êire

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irréprochable , mais j'espère que depuis lors nous avons fait des progrès dans la politesse.

— Je ne puis pas me reconcilier si facilement avec moi-même. Le souvenir de ma conduite, de mes manières, de mes expressions , m'a été depuis bien des mois extrêmement pénible $ et surloui les reproches si bien mêmes que vous me fîtes alors, et que je n'oublie» ai jamais, a Si vous vous étiez conduit en homme comme il faut. » C'étoient vos propres evpression? ; vous ne pouvez savoir combien elles m'ont tourmenté,!

Mais c'étoit je l'avoue quelque temps avant que je fusse devenu assez raisonnable pour sentir combien elles étoient justes.

— J'étois bien éloignée de penser qu'elles feroient une impression si vive 1 Je n'avois pas la plus ttgere idée qu'elles pussent être senties de cette manière.

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— Je le crois ; vous pensiez a^ors que j'étois dépourvu de loute sensibilité.

Je n'oublierai point l'expression avec laquelle vous me dites, que de quelque manière que je me fusse adresse à vous , je n'aurois jamais pu vous engager à accepter ma main.

— Ah ! ne répétez pas ce que je vous ai dit alors , j'en ai 4rôfJ rougi depuis.

Darcy parla ensuite de sa lettre :

Vous donna-t- elle un peu meilleure

idée de moi ? Ajoutâtes - vous foi 9

à ce qu'elle contenoit?

Elle lui raconta l'effet qu'elle avoit

produit, et comment peu à peu tousses

anciens préjugés s'étoient évanouis.

— Je sa vois , reprit-il, que ce que j'écrnois d- voit vous faire de la peine, mais c'étoit nécessaire. J'espère que vous avez brûlé cette lettre; je ne voudrois pas que vous pussiez la relire, il y avoit, surtout au commencement, quelques

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expressions qui pourroient vous engager

à me haïr.

— La lettre sera certainement brûlée, si vous croyez la chose nécessaire à la conservation de mon estime pour vousmais , quoique nous ayons l'un et l'autre quelques raisons de croire que nos opinions ne sont pas invariables, j'espère cependant qu'à présent nous n'en changerons plus.

— Lorsque j'écrivis celte lettre , reprit Darcy , je me croyois de sang froid, mais depuis j'ai été bien convaincu du contraire, et j'ai craint d'y avoir mis bien de l'amertume.

— La lettre commençoit peut-être avec amertume, dit Elisabeih, mais elle nefinissou pas ainsi, son adieu est celui de la charité même. Mais ne parlons plus de cette lettre; les sentimens de celui qui l'a écrite et de celle qui l'a recn<* sont à présent si dnïëreus de ce qu'ils

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étoient alors, que toutes les circonstances pe'nibles qui l'accorapagnoient doivent être oubliées. Vous devez prendre un peu de ma philosophie, il ne faut songer au passé que lorsque le souvenir en est agréable.

— Vous vous vantez-ià J d'une philosophie que vous n'avez point 5 vos souvenirs doivent être dépourvus de remords , il n'en est pas de même pour moij je dois avoir de pénibles re'minii-cences , que je ne puis ni ne dois repousser. J'ai été' toute ma vie un être égoiste , sinon par sentiment et par principes, du moins par l'habitude et par le fait. Lorsque j'élois enfant on ne m'a jamais appris à corriger mon caractère, et si l'on me donna des bons principes je les suivis avec orgueil. Malheureusement j'e'tois fils unique, (et pendant plusieurs années seul entant) Je fus gâté par mes parens, qui quoique bons eux-mêmes, me lais-:

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aèrent devenir un être vain et insupportable. Je concentrai toutes mes affections dans le cercle étroit de ma famille, ayant mauvaise opinion du reste du monde , et me croyant supérieur, soit pour le jugement soit pour le rang, à tout ce qui n'étoit pas de mes relations intimes.

Voilà ce que j'ai été jusqu'à l'âge de vingt huit ans, et ce que j'aurois toujours été sans vous , ma chère , mon aimable Elisabeth! Que ne vous dois-je pas? "Vous m'avez donné une cruelle leçon, vous m'avez justement humilié, je m'offris a vous plein de confiance et n'ayant pas imaginé que vous pourriez me refuser.

Vous me prouvâtes combien tons mes prétendus avantages éloient insuffisans pour plaire à une femme véritablement digne d'être aimée.

— Vous éiiez donc parfaitement sur que j'accepterais votre main ?

m* Oui , que pensere^-vous de ma va-

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mte, si je vous dis que je vous eroyois impatiente de recevoir ma déclaration?

— Ma manière d'être vous avait joie' dans l'erreur; mais c'était sans intention, je vous assure ; je me suis conduite a\ec légèreté et inconséquence ; combien vous avez dû me haïr après celte soirée !

— Vous haïr! je fus fâché an premier moment , mais ma colère se tourna Lien promptement contre moi-même.

— J'ose à peine vous demander ce que vous pensâtes lorsque nous nous rencontrâmes à Pemberley? Ne me blàmâtes-vous pas d'y être allée?

— Non, en vérité , je n'éprouvois que de la surprise.

— Voire surprise ne pouvoit pas être plus grande que la mienne. Lorsque vous m'abordâtes , ma cou science me disoit que je ne méritois pas

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un accueil si poli , et j'avoue que je ne m'aitendois point à vous trouver si ge'néreux!

— Mon but , répondit Darcy, e'ioit do vous prouver cpie je n'avois pas assez de peiitesse dans l'esprit pour conserver du ressentiment sur le passé. J'espérois me faire pardonner ma grossièreté et changer un peu l'opinion que vous aviez de moi, en vous laissant voir que vos reproches a'avoîent pas été inutiles. Je ne puis vous dire tous les senlimens et; toutes les espérances qui se ranimèrent alors dans mon cœur !

II lui raconta ensuite quel plaisir Georgina avoit eu à faire sa connoissance et quel clnigiin elle avoit éprouve de son départ si précipité. Il lui dit aussi qu'avant de sortir de l'auberge, il avoit déjà formé le projet de quit ter aussitôt le Derbyshire pour aller à la poursuite de Lydie , et que c'étoit ce qui lui avoit donné l'air sérieux et préoccupe qu'il avoit en la quittant.

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Elle lui exprima de nouveau sa reconpoissaiicej mais c'cioii un sujet trop pénible à ions deux pour s'y arrêter lon"temps. lis firent ainsi plusieurs milles sans s'apercevoir que le temps s'ecou- Joit , et furent assez étonnés de voir qu'il étoit fort lard et qu'ils devaient retourner à la maison.

Que sont devenus Jane et Mr. Bingley?

fut une exclamation qui les amena à en parler. Darcy avoit été charme du mariage de son ami, qui le lui avoit couHé a l'instant où il avoit été conclu.

— N'avez -vous pas été bien surpris?

dit Elisabeth.

Non, pas du tout, je m'y attendois lorsque je suis parti.

C'est-à-dire que vous aviez donne votre consentement!

Quoiqu'il se récriât sur le terme qu'elle employoit , elle vit bien cependant qu'elle ne s'eloi-noit pas de la vérité.

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— La veille du jour où je de vois partir, reprit Darcy, je fis à Bingley nia aveu que.j'aurois clri lui faire long-temps auparavant. Je lui racontai la paît absurde et imperf -mente que j'avois prise autrefois à ce qui le eoticeinoit ; sa suiv prise fut extrême, il n'en avoit jamais eu le plus léger soupçon. Je lui dis surtout à quel point je croyois m'êlre trompe' en supposant que votre sœur etoît indifférente à sa tendresse , et comme je vovois bien que son attachement pour elle n'étoil point altéré , je n'eus plus aucun doute sur le bonheur que ce mariage pouvait leur promettre.

Elisabeth ne pouvoit s'empêcher de sourire de la facilité avec laquelle il conduisoit son ami.

— Parliez- vous d'après vos propres observations , reprit-elle , lorsque vous lui dites que nia sœur l'aimoit, ou seule-

ment d'après ce que je vous avers appris dans le comté de Kent ?

— D'après ce que j'avois vu ■ je Tavois fort observée dans les deux dernières visites que j'ai faites ici, et je m'étois bien convaincu qu'elle l'aimoii tendrement.

— Et je pense que l'assurance que vous lui en donnâtes ne lui laissa plus aucun doute.

— Oui, Bmgîey est l'homme îe plus essentiellement modeste que je connoisse, sa déGance de lui-même l'avoir empêché de s'en remettre à son propre jugement dans une affaire aussi délicate, la confiance qu'il avoit en moi a fait le reste.

Elisabeth ne pouvoit s'empêcher de penser que M. Bingley étoit l'ami le plus cornmode qu'on pût avoir,et qnelafaciîiléavec laquelle on le conduisoit devoil le rendre d'un prix inestimable comme époux ■

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mais Mie se souvint que Mr. Darcy n'avoit pas e'te accoutume à la plaisanterie, elle se tut, pensant que ce seroit commencer de trop bonne heure. Ils arrivèrent à la maison, en s'emrejenanl du bonheur de Bingley , nue Mr. Darcy trouvoil bien inférieur au sien»

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