CHAPITRE X
A chère Lizzy, où avez- vous donc élevons promener ?fut ia question que Jane fit à Elisabeth lorsqu'elle enira dans la chambre, et que chacun lui repéta lorsqu'on se réunit pour dîner; elle ne savoit que repondre , sinon qu'ils avoienl promené sans trop savoir où; elle rougit en disant cela, mais ni son embarras ni sa rougeur, ne donnèrent de soupçons à personne.
La soirée se passa fort tranquillement* Jes amans reconnus parloieni et noient ensemble; les inconnus gardoient le silence. Darcy n'étoil pas d'un caractère aU T ie l . le 1)onl,ei1 '' inspire une joie 1)r,, )' anle ; el Elisabeth , agitée et confuse, savoit qu'elle étoil heureuse plus
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qu'elle ne l'éprouvoit encore. Car, ouirc l'embarras du moment , elle éloit inquiète de la manière dont son mariage seroit reçu dans sa famille. Elle savoil bien qu'il n'y avoil que Jane qui rendît justice à Mr. Darcy ; tous les autres avoient pour lui un tel éloigne ment, qu'elle craignoit que son r&iœ et sa fortune ne pussent pas même le dissiper.
Enfin, le soir, lorsqu'elles furent seules, elle ouvrit son cœur à Jane. Quoique le caractère de celle dernière fût éloigné de toule défiance, elle montra dans celte occasion une extrême incrédulité.
— Vous plaisantez, Lizzy, cela ne peut pas être j vous , engagée avec Mr.
Darcy ! non , vous me trompez^ cela est impossible !
— C'est un bien triste début! Toule mon espérance reposoit en vous ! Si vous ne vouiez pas ajouter foi à ce que je vous
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dis , qui me croira? Oui, je parle sérieusement, je dis la vérité; il m'aime toujours , et nous sommes promis.
Jane la regardent avec e*loimement , et doutoit encore ; dites-moi , Lizzy > comment voulez vous que je le croie, je sais que vons le délestiez !
— Tout est oublié ; je ne l'ai peutêtre pas toujours autant aimé qu'à présent; mais, dans une occasion comme celle-ci, une mémoire Gdèle estime chose odieuse , et c'est la dernière fois que je yeux me souvenir de moi-même.
Miss Bennet la regardoit encore avec une surprise extrême, .et Elisabeth protestait toujours qu'elle clisoit la verilé.
— lion Dieu, cela pent-il eue! Cependant je dois vous croire. Lizzy , ma chère Lizzy! je vous félicite ; mais êies-vOus bien sûre, pardonnez cette question, êtesvous bien sine que vous l'aimez? que tous serez heureuse avec Jui?
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— Oh! je n'en doute pas! cl il est déjà bien convenu entre nous, que nous sommes le couple le plus heureux qu'on puisse voir. Mais ctes-vous contente, Jane? Serez-vous bien aise de l'avoir pour frère ?
— Oh 5 esefssivement! Rien ne pouvoil nous faire plus de plaisir à Bingley et à moi; nous en avons souvent parle, mais nous regardions cela comme une chose impossible. Mais Lizzv, Lizzy, l'aimez-vous bien à présent ! Ne vous mariez pas sans amour ! Eles-vous bien sûre de l'aimer assez?
— Vous 'trouverez peut-être que je l'aime trop, lorsque je vous dirai tout.
— Que voulez-vous dire?
— Je crains que vous ne soyez fâchée si je vous avoue que je crois l'aimer encore plus que vous n'aimez Bingley.
— Oh! ma sœur chérie, ne plaisantez plus, parlez sérieusement, apprenezmoi louij depuis quand l'aimez-vous?
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— Cela est venu tellement par gradation , que je sais à peine quand cela a commencé ;. mais je crois que je puis dater mon sentiment pour lui du moment où j'ai vu sa superbe terre de Pemberley.
Jane la supplia encore d'abandonner le ton de la plaisanterie. Elisabeth prit enfin sur elle de parler sérieusement, et parvint à persuader sa sœur de la vérité de son aliachemenl pour Mr. D&rct.
— Maintenant, dit Jane, je n'ai plus rien à désirer, car vous serez aussi heureuse que moi; j'ai toujours eu beaucoup d'estime pour lui, et l'amour qu'il éprouve ne peut que la confirmer. Désormais, comme votre époux cl comme ami du mien , aucun homme ne peut m'être plus cher que lui, après Bmgîey luimême. Mais, Lizzy, comment avez-vons pu être si réservée vis-à-vis de moi?
Comment ne m'avez- vous rien dit de ce
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qui sV'.oil passe à Peroberley et à Lambion? Tout ce que j'ai su, je l'ai su par d'antres que par vous.
Elisabeth lui dit alors le motif qu'elle avoil en de garder îe silence. 3Ne voulant pas parler de Bingley,elle avoit craint dans son inquiétude , de prononcer le nom même de son ami. Elle loi raconta aussi la part que Mr. Darcv avoit ene an mariage de Lydie, et la moitié de la nuit se passa dans celte conversation.
— Bon Dieu ! s'écria Mistriss Bennet qui éîoit à la fenêtre le lendemain malin, voiîà encore cet ennuyeux Mr. Darcy qui vient avec notre cher Bingley ! À quoi pcnse-l-ii donc de venir si souvent ici l 11 devroit bien aller à la chasse, ou faire tonte autre chose, plutôt que de nous fatiguer constamment de sa désagréable société'. Que ferons-nous de lui ? Lizzy, il faut que vous alliez encôVe vous promener a\ec lui. Il ne Faut pas qu'il soit toujours aux côtés de Bingîey.
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Elisabeth put à peine s'empêcher de rire de l'arrangement que faisoit sa mère, et qui vcnoil si fort à-propos. EMe et oit cependant fâchée des cpilhèles qu'elle lui a\oit données.
En entrant, Bingley lui serra la main et la regarda avec une expression telle , qu'elle ne put pas douter que Mr. Darcy ne lui eût fait part de ce qui s'étoit passé la veille.
— Mislriss Benriet, dit-il tout haut, n'avez-vous plus de grands chemins dans vos environs où Lizzy puisse encore se perdre, comme hier?
— Je conseille à Mr. Darcy, à Lizzy et à Kitiy, dit Mistriss Bennet , d'aller promener ducôle de Oakham-Monnt, ce rua un ; c'est une très- longue et très jolie promenade , Mr. Darcy ne la connoît pas.
— C'est très-bien pour lui y reprit Mr. Bingley , mais je suis sûr que ce sera trop long pour Killy. N'est-ce pas , Kitty ?
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Kitly avoua qu'elle préféroil rester à la maison. Darcy témoigna la plus vive curiosité de connoîlre cette jolie promenade, et Elisabeth consentit à la lui faire faire. Comme elle monioit à sa chambre pour prendre son chapeau , Misiriss Bennet la suivit en disant :
~ Je suis bien fâchée , Lizzy, que vous soyez obligée de vous charger toute seule de cet ennuyeux personnage, mais j'espère que vous ne vous en inquiéterez pas trop; c'est pour en débarrasser Jane.
11 n'y a pas besoin de lui parler constamment , un mot de temps à autre seulement, cela suffit; ainsi, ne vous en tourmentez pas trop.
Ils convinrent pendant leur promenade que Mr. Darcy demanderoit le soir même, le consentement de Mr.
Benne t. Elisabeth se réserva de demander celui de sa mère. Elle dontoit quelquefois que la richesse et Je
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rang de Mr. Darcy fassent suffisons pour lui faire surmonter l'aversion qu'elle avoit pour lui. Mais, sok que ce mariage lui fît beaucoup de peine, soit qu'il lui fût agréable, il n'en élo;t pas moins certain que sa manière d'en exprimer son sentiment ne feroit pas honneur à son jugement , et Elisabeth preféioil que Mr.
Darcy ne fût pas là dans le premier moment.
Lorsque Mr. Bennet se fut retire apte* le thé dans sa bibliothèque , Mr. Darcy se leva et Fy suivit. Elisabeth fm alors saisie d'une extrême émotion ; elle ne craignoil point d'opposition de la part de son père , mais elle e'prouvoit un vif chagrin en pensant qu'elle, sa fille favorite , alloit peut-être L'affliger par son choix et le rendre malheureux en disposant ainsi d'elle-même. Elle fui dans cette anxiété jusqu'au moment oùr elle \it revenir Mr. Darcy. Il sourioiij peo
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de minutes après il s'approcha d'elle , sous prétexte de regarder son ouvrage, et lui dit tout bas : — Allez vers voue père, il vons attend d'ans sa bibliothèque.
Elfe y alla tout de suite;
Mr. Bennel se promenoit dans sa chambre , d'nn air inquiet et agité, — Lizzy, lui dit il, que faites-vous? Êtesvous dans votre bon sens en acceptant la main de cet homme ? Ne l'avez-vous pas toujours déteste ?
Combien elle regrettait alors que ses premières opinions n'eussent pas été plus raisonnables et ses expressions plus modérées ! Elles lui auraient épargné' des explications et des protestations très- embarrassantes, et cependant absolument nécessaires. Elle assura son père , non sans un peu de confusion , qu'elle ai moi t beaucoup Mr. Darcv.
— Oui, ou en d'autres termes, reprit-il, yous êtes décidée à l'épouser? Il est fort
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riche el vous aurez certainement de plus belles robes et de plus beaux équipages que Jane j maïs vous rendront-ils heureuse ?
— N'avez-vous pas d'antres objections à faire que celle de mon indifférence ?
dit Elisabeth.
— Non, aucune. Nous le connoissons pour être lier et peu aimable; mais cela ne fait rien , si nous l'aimez.
— Oui, je l'aime, répondit- elle les larmes aux yeux. Son orgueil n'est pas indomptable , il est parfaitement aimable.
Vous ne savez pas ce qu'il vaut dans le fond. Je vous en supplie, ne m'affligez pas en me parlant de lui de celte manière.
— Lizzy , reprit son père , je lui ai donné mon consentement. C'est un homme à qui en vérité je n'oserai jamais rien refuser de ce qu'il aura la boulé de me demander. A pi éseiv je vous le donne
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aussi, si vous êtes résolue à l'épouser ; mais permettez- moi de vous conseiller d'y réfléchir encore. Je connois bien voire caractère , Lizzy ; je sais que vous ne serez jamais heureuse si vous n'estimez pas votre mari, si vous ne le regardez pas comme un être supérieur. La vivacité de votre esprit vous mettra dans le plus grand danger, si vous faites un mariage inégal. Vous n'échapperez point à la honte et au malheur, si vous ne pouvez pas respecter le compagnon de voire vie!
Ah ! ne me donnez pas ce chagrin, mon enfant ! Vous ne savez pas lout ce que vous clés, vous ne vous appréciez pas à voire juste valeur !
Elisabeth , encore plus émue , fut alors plus positive et plus solennelle dans ses réponses. Elle réussit enfin à persuader à son père, que Mr. Darcy étoit bien véritablement l'objet de son choix £l de sa lendrcsse , en lui expliquant le
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changement graduel qu'avoient subi ses scnlimens pour lui, et en lui prouvant que son amour ne datoit pas d'un jour, mais de plusieurs mois. Elle parvint ainsi, en découvrant toutes les bonnes qualités de Darcy, à vaincre l'incrédulité de son père et à le réconcilier avec l'idée de cette union.
— Eli bien! ma chère, dit-il, lorsqu'elle eut cessé de parler , je n'ai plus rien à vous dire; s'il en est ainsi, il mérite de vous obtenir. Je n'aurois jamais pu me séparer de ma Lizzy pour l'accorder à un homme qui n'en auroil pas été digne.
Alors, pour augmenter encore l'impression favorable qu'il venoit de recevoir, elle lui dit tout ce que Mr. Darcy avoit fait pour Lydie. Il l'écouloit avec étonnement.
— En vérité , c'est une journée «le miracles que celle-ci ! Et c'est Mr.
Darcy qui a fait tout cela ! Il a fait
le mariage, il a donne l'argent, il a paye les dettes, acheté la commission! Tant mieux, cela m'e'viie beaucoup de dépenses et de peines ! Si c'eût été votre oncle 7 j'aurois voulu et j'aurois dû le rembourser. Mais ces jeunes amans sont ardens , et il faut leur laisser faire les choses comme ils l'entendent. Demain je lui offrirai de le payer, je lui dirai même que je le veux : il se fâchera r tempêtera , parlera de son amour; il faudra bien céder, et tout sera fini.
11 se souvint alors de l'embarras qu'elle avoit dû éprouver quelques jours auparavant pendant qu'il lui lisoii la lettre de Mr. Collins; et après l'avoir un peu plaisautée, il lui permit de s'en aller, en lui disant lorsqu'elle quitta la chambre :
— S'il y avoil encore quelques jeunes gens qui voulussent se présenter pouF Mary on pour Kitty, vous pouvez me les emoyer pendant que je suis bien disposé.
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Le cœur d'Elisabeth et oit maintenant décharge d'un grand poids. Après avoir passe une demi- heure dans sa chambre à réfléchir et à calmer son agitation, elle put rejoindre les autres a\ ec un air serein. Tout cela étoil trop récent pour permettre la gaieté', mais la soirée s'écoula paisible ment.
Lorsque Mistriss Bennet &e retira d>ns sa chambre pour se coucher, Eli-abeth la suivit et lui fil l'importante communication de la demande de Mr. Darcy. Elle produisit un efïet très - extraordinaire.
Mistriss Bennet ne lVut pas plutôt entendue , qu'elle s'assit, incapable de se soutenir et de proférer une syllabe. Elle resta pendant cinq minutes sans pouvoir comprendre ce qu'elle entendoii , quoiqu'elle fût très-prompte ordinairement à saisir tout ce qui pouvoit être à l'avantage de ses filles , surtout quand il étoit question de mariage. Elle commença en-
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fin à reprendre Pifsage de ses facultés et à s'agiter sur sa chaise ; elle se leva , se rassit, se releva, puis enfin éclata en bénédictions sur elle-même.
— Grand Dieu ! Que le Seigneur me bénisse ! Qui auroit pu l'imaginer! Que je suis heureuse! Mr. Darcy ! qui auroit pu le croire? Est- ce bien vrai ? Oh , ma chère Lizzy , que vous serez riche , que vous serez noble ! Que d'argent, que de bijoux, que d'équipages vous aurez! Ceux de Jane ne seront rien à côte ! rien du tout ! Je suis si contente, si heureuse !
C'est un charmant homme, si beau, l'air si noble ! Oh ma bien-aimée Lizzy ! pardonnez-moi de l'avoir détesté si longtemps. J'espère qu'il ne m'en voudra pas!
Chère, chère Lizzy! Une maison à la ville, une superbe terre , tout ce qui est agréable ! Trois filles mariées! Dix mille livres par an ! Oh ! Seigneur, que deviendraije'/ j'en serai folle !
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C'elort assez pour rjit'oci ne pût pas douter de son consentement , et Elisabeth lu quitta bientôt , se réjouissant qu'une telle effusion de joie n'eut pas eu d'autres témoins qu'elle. Mais il n'y avoil pas trois minutes qu'elle éioit dans sa chambre, que sa mère l'y suivit.
— Mon plus cher enfant, s'ecrioitelle , je ne puis penser à autre chose i Dix mille livres par an, et peut-être même d'avantage ! C'est un aussi boa paru qu'un Lord , et vous serez mariés par une licence particulière, ce sera délicieux ! Mais, mon cher enfant, ditesmoi quel est le plat que Mr. Darcy aime de prédilection, je voudrois le faire faire demain pour le dîner.
C'étoit un triste présage de ce que seroit la conduite de sa mère vis-à-vis de Mr. Darcy; Elisabeth sentit que, maigre qu'elle fût sûre de posséder son cœur et qu'elle eût le consentement de
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ses parens , elle avoit encore quelque chose à désirer. Le lendemain malin se passa cependant mieux qu'elle n'auiou osé l'espérer. Mist-riss Bemiet étoit heureusement si intimidée en présence de son futur gendre, qu'elle n'osoit pas hé parler , à moins que ce ne fût pour lui montrer la déférence qu'elle avoit pour ses opinions. Elisabeth eut la satisfaction de voir que son père prenoil de la peine pour faire connoissa-nce avec Mr. Darcy, et il avoua qu'il gaguoil beaucoup à être connu.
— J'admire extrêmement mes trois gendies, disoil il; j'avoue que Wkani est toujours mon favoû ; mais , Lizzy , je «rois bien que je finirai par aimer voire mari autant que celui de Jaufi.
GKGVT.ÏL ET VRtsVGti.
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