‹ Orgueil et Préjugé, Volume 4Chapitre 19 sur 21 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

-JWrft d'EIisabeih rej>rit bientôt mn enjouement. Elle voulut que Mr.

B'rcy Jui expliquai comment i! eloit deverni amoureux d'elfe. - J e comprends Ires-bien que vous avez con.inué ; mais qu'est-ce qui vous a d'abord charme" en moi ?

— Je ne saurois fixer ni l'heure, ni '■ Place, ni l'expression , ni les paroles qui commencèrent à me séduire; il y a t^plon^ temps que je vous aime /et plois déjà passionne avant que je me fusse aperçu que vous me plaisiez.

— Vous avez franchement nié que je fusse jolie , et mes manières dévoient

vous être peu agréables, puisque j'avois

Presque toujours Je désir de vous blesser

Tom. ir m g

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an moins légèrement. A présent , soyez sincère, avouez que vous avez commencé a être se'duit par mon impertinence !

— Par ia vivacité de votre esprit.

— Appelez la seulement impertinence, j'en étois toujours si près ! Le fait est que vousétiez blazé, a force de politesses, de déférences, de prévenances; vons étiez ennuyé de voir toujours des femmes uniquement occupées à rechercher votre approbation. Je vous réveillai de votre apathie et je vous amusai, parce que je ne leur ressemblois point. Si vous n'aviez pas été -vraiment bon , vous m'auriez haïe; mais, en dépit de la peine que vous preniez pour vous tromper vous-même, vos sentimens éloient trop nobles, trop «'levés pour ne pas mépriser ceux qui vous flaltoient et vous fais oient une cour aussi assidue. Eh bien ! n'est-ce pas cela ? Je vous ai épargne la peine de le dire. Je commence à croire que ce n'eat que ce

©ROUFJÎ, ET m Ï..WGÛ, J 7 \

«contraste qui vous a attache à moi , car encore à l 'heure- qu'il esl vous n'avez nncune raison d'avoir une bonne opinion de moi : mais qui est-ce qui va penser à cela quand on esl amoureux ?

— N'y avoit-il donc rien île louable , d'intéressant dans voue conduite vis-àvis de voire sœur , pendant qu'elle eloil à NeihetBeld?

— Obère Jane ! suroît- on pu faire moins pour elle ? Mais ériges tout en vertu chez moi, si vous le voulez; mes bonnes qualités sont sous voire protection , et vous devez chercher à les exagérer autant que possible; en retour, je vous promets de chercher tout os les occasions de vous tourmenter et de vous contredire. Pour commencer, je vons demanderai pourquoi vons chez si peu empressé d'arri\ei à la ConcIn*ïon? Qu'est- W qui vous rendort si front, m réservé lorsque vous vîntes ici faire visite V Pour-

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<|m»i aviez- \ous l'air de ue point vou$

jjcc:;ier de moi ?

— Parce que vous étiez sérieuse et tac : ;.nrne, et que vous ue m'encouragiez point du tout.

— Mais j'etois embarrassée.

— Et moi aussi.

— Vous auriez pu me parler davantage le jour que vous vîmes dîner ici.

— Je l'an rois fait si j'avois senti moins vivement.

— Qu'il est malheureux que vous ayez toujours une réponse satisfaisante à me faire, et que je sois assez raisonnable pour l'admettre ! Mais je v ou d rois savoir combien de temps vous auriez pu continuer ainsi, si vous aviez été laissé à vousmême? Je voudrois savoir quand vous auriez parlé, si je n'avois pas commencé?

La ferme résolution que j'avois prise de vous remercier des bontés que vous avez eues pour Lydie, a eu beaucoup d'effet,

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Uop peut-être je le crains ! Car que deviendront la morale, si noire félïciléjdevQÎt naître d'une promesse enfreinte , d'une parole trahie ! Je n'aurois pas dû être instruite de celte affaire-là , et alors?

tout Je reste ne serait pas arrivé.

— Ne vous affligez pas , ma cl ère Elisabeth, il y a moyen de tout arranger; Ja morale sera parfaitement hors d'atteinte. Les efforts impeninens de Lady Catherine pour nous séparer ont justement détruit tous mes doutes, et ce n'est point à cette pas oie trahie, à votre empressement de me témoigner votre recounoissauce, que je dois mon bonheur actuel. Ce que ma tante m'avoil appris , avoil ranimé toutes mes espérances , et j'étois décide à parler.

Ainsi , Lady Catherine nous a rendu un grand service; cela doit lui faire bien pbisir , car elle aime beaucoup à «Ue utile aux autres. Mais dites-moi,

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aurea-vous le courage d'annoncer à Lady Catherine le succès qu'oui eu ses efforts pour nous taire renoncer l'un à l'autre ?

— Pouvez-vous en douter? Si vous voulez me donner une feuille de papier, je le ferai tout de suite, pour ne pas la laisser plus long-temps dans l'inquiétude,

«— Ah ! si je n'avois pas moi - même Une lettre à écrire, je pourro-is m'asseoir à côté de vous ? et admirer l'égalité de votre écriture, la régularité de vos lignes, comme le faisoil jadis une jeune dame.

Mais j'ai aussi une tante ci je ne dois pas la négliger.

Elisabeth n'avoit point encore répondu à la longue lettre de Mislriss Gardincr.

Elle avo'u senti qu'elle devoil détruire les espérances que son oncle et sa tante paioissoient avoir conçues pour elle} et elle n'avoit pas eu le courage de leur dire que piobablemeol Mr. Datcy ei elle se-

fuient toujours étrangers l'un à l'autre:' mais à présent qu'elle pouvait leur apprendre le contraire, et leur communiquer une nouvelle mm les rendrait si heureux , elle se reprocha d'avoir déjà perdu trois jours , et leur e'crivit tout de suite ce qui suit :

« Je vous aurais remercié plutôt , ma chère tante , de votre bonne et longue lettre et de tous les détails qu'elle renferme , mais, s'il faut avouer la vérité', j'étois trop affligée pour écrire. Vous supposiez plus qu'il n'existoit alors. A présent supposez tout ce que vous vou^ drez, donnez un libre essor à votre imagination ; que vos souhaits sur ce sujetlà ne connoissent plus de bornes. A moins que de me croire déjà mariée, vous ne pouvez pas vous tromper beaucoup. Vous êtes tenue de m'écrire très-incessamment, et de faire encore plus son éloge que vous ne l'avez fait dans votre der-

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nière lettre. Je vous remercie surtout de

n'avoir pas été aux Lacs; cornaient étois-

je assez soite pour le désirer ! Votre idée

des petits chevaux et du petit phaëton,

est charmante; nous ferons tous les jours

îe tour du parc. Je suis la plus heureuse

créature du monde ! Bien d'autres l'ont

dit avant moi , mais je suis persuadée nue

je le dis a\ec plus de fondement qu'eus.

Je suis plus heureuse même Que Jane !

Elle sourit seulement 9 et moi je ris. Mr.

Darcy vous envoie toutes les tendresses

possibles , au moins celles que je veux

bien lui laisser. Je vous attends tous à

Pemberley à Noël.

y> Voire, etc. »

La v lettre de M. Darcy à Lady Catherine étoit d'un style bien différent ; et celle que Mr. Bcnnel écrivit à Mr. Collins en re'ponse à sa dernière , ne ressembloit point non plus aux deux dont nous venons de parler.

« Mon cher Monsieur , Je dois vous importuner encore , pour vous demander de nouvelles félicitations. Ma fille Elisabeth sera bientôt la femme de Mr. Darcy. Consolez Lady Caîheriue de votre mieux; mais si j'élois vous je m'atiacherois à son neveu , il a plus de bénéfices à conférer.

Voire très-sincère , etc. etc. »

Les félicitations que Mks Biugley fit à son frère sur sou prochain mariage, furent aussi tendres que peu sincères elle écrivit aussi à Jane., à celle occa* sion , pour lui exprimer toute sa joie , et lui renouveler ses anciennes protestations d'amitié. Jane n'y fut point trompée ; cependant elle en fui émue, et quoiqu'elle ne compta point sur elle j elle ne put s'empêcher de lui répondre d'une manière beaucoup plus aimable qu'elle ne le méritoiî.

La joie que Miss Darcy témoigna, en

recevant la nouvelle du mariage de son frère, fut aussi sincère que celle qu'il éprouva en le lui écrivant; les quatre pages suffisoient à peine pour contenir ses transports et tous ses souhaits- d'être aimée de sa nouvelle sceuf.

Avant qu'on eut eu le temps de recé»»

?oir la réponse de Mr. Collins et le?félicitations de sa femme ; on apprit qu'ils alloieni arriver à Lucas Lodge^ 3j raison de cette arrivée subite éioit évidente. Lady Catherine étoit si irritée du contenu de la lettre de son neveu, que Charlotte , qui étoit vraiment contente du mariage de son amie, avoit désiré s'absenter jusqu'à ce que l'orage fut calmé. Elisabeth se fit un véritable plaisir de revoir Charlotte , quoique d.ms les m o mens où elles étoient réunies, elle trouvoit quelquefois que celle jouissance éioiï chèrement achetée , en voyant Mr. Darcy exposé à la

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fastueuse et importune politesse de Mr.

Collins. 11 la supportoit cependant avec un calme admirable; il écontoii avec \& même patience sir Williams Lucas , qui le féliciioit de ce qu'il s'éloit emparé du bijou le plus précieux du pays, et qui exprimoit le désir de le renconirer souvent à Si. -James; si Mr. Darcy prenoit la liberté d'en rire , ce n'éloiî jamais qu'après le dépari de Sir Williams, La trivialité et les manières communes de Mistriss Phillips lui étoient bien plus désagréables encore ; quoiqu'elle fût Q ainsi que Mistriss Bennet, beaucoup trop intimidée en sa présence pour parler avec la familiarité que la gaieté et la simplicité de Bingley encourageoient. Elisabeth s'eflbrçoit continuellement de mettre Mr.

Darcy à l'abri des prévenances de l'une et de l'autre , et cherchoit toujours à le rapprocher et à le placer presque sous la protection des membres de sa famille

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avec lesquels il pouvoit faire la conversation sans éprouver de mortification.

Si tant de petits désa;» émens diminnoient beaucoup les plaisirs des moniens qui précédèrent le mariage; ils augmt-nloient les espérances de l'avenir, et elle peusoit avec déliée an moment où elle quittèrent une société si peu agréable, pour aller à Pemberîey jouir de toute la douceur d'une réunion de famille mieux choisie.

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