ADIEUX DE L'HOTESSE ARABE
lo. Habites a^ec noas : la terre est en votre puissance; cultive*«la, trafiquex-y, et la possèdes. — GKKà» , chap. zziv. —
Puisque rien ne t^arrête en cet heureux pays 9 Ni Tombre du palmier, ni le jaune maïs,
Ni le repos , ni Fabondance ; Ni de voir à ta voix battre le jeune sein De nos sœurs , dont , les soirs , le toumopnt essaim
Couronne un coteau de sa danse ;
Adieu! voyag;eur blanc. J^ai sellé de ma main^ * • De peur qu'il ne te jette aux pierres du chemin, Ton cheval à Tœil intrépide;
Ses pieds foulent le sol, sa croupe est belle à voir, Ferme , ronde et luisante , ainsi qu^un rocher noir Que polit une onde rapide.
Tu marches donc sans cesse ! Oh! que n'es-tu de ceux. Que donnent pour limite à leurs pieds paresseux
Leur toit de branches ou de toiles!
Qui, rêveurs , sans en faire , écoutent les récits , Et souhaitent , le soir , devant leur porte assis ,
De s'en aller dans les étoiles I
Si tu Tavais voulu, peut-être une de nous, jeune homme , eût aimé te servir à genoux
Dans nos huttes toujours ouvertes ; Elle eût fait , en berçant ton sommeil de ses chants , Pour chasser de ton front les moucherons méchans,
Un éventail de feuilles vertes.
Mais tu pars ! — Nuit et jour tu vas seul et jaloux. Le fer de ton cheval arrache aux durs cailloux
Une poussière d'étincelles ; A ta lance qui passe et dans Tombre reluit , Les aveugles démons qui volent dans la nuit
Souvent ont déchiré leurs ailes.
Si tu reviens , gravis , pour trouver ce hameau ,
Ce moltt noir qui de loin semble un dos de chanleau ;
Pour trouver ma hutte fidèle , Songe à son toit aigu comme une ruche à miel ,
ADIEUX DK l'hÔTBSSB AlABB. 115
Qu'elle n*a qu^ane porte et qu'elle s'ouvre au ciel Du côté d'où yient l'hirondelle.
Si tu ne reviens pas , songe un peu quelquefois Aux filles du désert , sœurs à la douce voix ,
Qui dansent pieds nus sur la dune j O beau jeune homme blanc , bel oiseau passager , Souviens-toi , car peut-être , ô rapide étranger ,
Ton souvenir reste à plus d'une !
Adieu donc ! — Yas tout droit. Garde-toi du soleil , Qui dore nos fronts bruns, mais brûle un teint vermeil j
De l'Arabie infranchissable ; De la vieille qui va seule et d'un pas tremblant^ Et de ceux qui le soir, avec un bâton blanc,
Tracent des cercles sur le sable !
Noranlure iSaS.
2Sl A. Y •