‹ Orientales et balladesChapitre 28 sur 58 · LES TRONÇONS DU SERPENT · texte numérisé non relu

LES TRONÇONS DU SERPENT

D'uillenra les MgM ont dit t il ne faut point attacher son coBur aux choses passagères.

— Sadx. Gulistan.^.

Je yeille , et nuit et jour mon front rêve enflammé.

Ma joue en pleurs ruisselle , Depuis qu^Albaydé dans la tombe a fermé ' Ses beaux yeux de gazelle*

Car elle avait quinze ans, un sourire ingénu ,

Et m*aimait sans mélange ; Et quand elle croisait ses bras sur son sein bu ,

On 4:royait voir un ange !

Un jour, pensif, jVrrais au bord d'un golfe ouvert Entre deux promontoires ,

120 LBS ORISRTALBS.

Et je vis fiur te sable un serpent jaune et vert , Jaspé détaches noires.

La hache en yingt tronçons avait coupé vivant

Son corps que Tonde arrose , Et ré c urne des mers que lui jetait le vent

Sur son sang flottait rose.

Tous ses anneaux vermeils rampaieift en se tordant

Sur la grève isolée, Et le sang empourprait d*un rouge plus ardent

Sa crête dentelée.

Ces tronçons déchirés , épars , près d^épuiser

Leurs forces languissantes , Se therchaient, se cherchaient, comme pour un baiser

Deux bouches frémissantes !

Et comme je rêvais , triste et suppliant Dieu

Bans ma pitié muette , La tête aux mille dents rouvrit son œil de fen ,

Et me dit : tt poète !

« Ne plains que toi! ton mal est plus envenimé,

tt Ta plaie est plus cruelle ; « Car ton Âlbaydé dans la tombe a fermé

« Ses beaux yeux de gazelle.

« Ce coup de hache aussi brise ton jeune essor. « Ta vie et tes pensées

LIS TBOHÇOlfS DU SSRPEIIT. 121

« Autour d'un souyenir , chaste et dernier trésor , tt Se traînent dbpersées.

« Ton génie, au vol large, éclatant, gracieux,

« Qui , mieux que Thirondelle , « Tantôt rasait la terre et tantôt dans les cieux

« Donnait de grands coups d'aile ,

« Comme moi, maintenant, meurt près des flots troublés,

tt Et ses forces s'éteignent , « Sans pouvoir réunir ses tronçons mutilés,

tt Qui rampent et qui saignent, n

Novembre i8a8.

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