MAZEPPA
tête
Maint bec ardent aspire à ronger dans sa Ses yeux brûlés de pleurs.
£h bien î ce condamné qui hurle et qui se traîne , Ce cadavre vivant, les tribus de rUkraine
Le feront prince un jour.
Un jour, semant les champs de morts sans sépultures , Il dédommagera par de larges pâtures
liWfraie et le vautour.
Sa sauvage grandeur naîtra de son supplice.
Un jour, des vieux hetmans il ceindra la pelisse ,
Grand a Toeil ébloui ; Et quand il passera , ces peuples de la tente , Prosternés , enverront la fanfare éclatante
Bondir autour de lui !
Ainsi , lorsqu'un mortel , sur qui son dieu s^étale , S^est vu lier vivant sur ta croupe fatale ,
Génie , ardent coursier, En vain il lutte, hélas ! tu bondis ^ tu remportes Hors du monde réel dont tu brises les portes
Avec tes pieds d'acier !
Tu franchis avec lui déserts , cimes chenues
Des vieux monts , et les mers , et par-delà les nues ,
De sombres régions ; Et mille impurs esprits, que ta course réveille
161 LIS QVIJITAI.BS.
Autour du ToyageuTy insolente merveille , Pressent leurs lésons !
Il traverse d*un vol , sur tes ailes de flamme ,
Tous les champs du possible ; et les mondes de Tame ;
Boit au fleuve étemel ; Dans la nuit orageuse ou la nuit étoilée , Sa chevelure , aux crins des comètes mêlée ,
Flamboie au front du ciel.
Les six lunes d*Herschel , Vanneau du vieux Saturne , Le pôle , arrondissant une aurore nocturne
Sur son front boréal , Il voit tout i et pour lui ton vol , que rien ne lasse , De ce monde sans borne à chaque instant déplace
L^horizon idéal.
Qui peut savoir, hormis les démons et les. an^s , Ce qull souffre à te suivre , et quels éclairs étranges
A ses yeux reluiront , Gomme il sera brûlé d^ardentes étincelles , Hélas ! et dans la nuit combien de froides ailes
Viendront battre son front?
Il crie épouvanté , tu poursuis implacable.
Pâle, épuisé, béant, sous ton vol qui I^ccable
Il ploie avec effroi ; Chaque pas que tu fais semble creuser sa tombe. Enfin le terme arrive.... il court , il vole y il tombe ,
Et se relève roi !
Wà l8st.
LE DANUBE EN COlilHE.
Admonet, et magna tettatar 9oee jter ua^nu.
— irniaixis.—
Belgrade et Semlin sont en guerre.
Dans son lit , paisible naguère , Le vieillard Danube leur père S^éyeille au bruit de leur canon.
Il doute s'il rêve , il tressaille , Puis entend gronder la bataille , Et frappe dans ses mains d'écaillé, i Et les appelle par leur nom. .
« Allons ! *la turque et la chrétienne ^ « Semlin ! Belgrade ! qu'ayez-vous ?
« On ne peut , le-ciel me soutienne!
164 US 0BIB1ITAIB8.
« Dormir un siècle , sans que vienne o Vous éveiller d*un bruit jalouK « Belgrade ou Semlin en courroux !
« Hiver, été, printemps, automne, « Toujours votre canon qui tonne !
« Bercé du courant monotone , « J& sommeillais dans mes roseaux ; « Et, comme des louves^ marines « Jettent Fonde de leurs narines , « Voilà vos longues couleuvrines a Qui soufflent du feu sur mes eaux*!
tt Ce sont des sorcières oisives « Qui vous mirent , pour rire un jour, « l^ce à face sur mes deux rives , a Gomme au même plat deux convives , €omme au front de la même tour « Une aire d*aigle, un nid d^autour.
u Quoi ! ne pouvez-vous vivre ensemble , a Mes filles ? faut-il que je tremble « Bu destin qui ne vous rassemble « Que pour vous haïr de plus près; a Quand vous pourriez , sœurs pacifiques, « Mirer dans mes eaux magni&ques , « Semlin , tes noirs clochers gothiques , a Belgrade , tes blancs minarets !
« Mon flot, qui dans TOcéan tombe ,
LE DAHUBS Slf COLftBS. I6S
« Vous sépare en yam , lA*ge et clair; a Da haut du chîàteau qai surplombe « Vous vous unissez , et la bombe , « Entre yous courbant son éclair, « Vous trace un peut de feu dans Fair.
« Trêye ! taisez-yous , les deux yilles !
« Je m'ennuie aux guerres ciyilesj « Nous sommes yieux ^ soyons tranquilles , a Bormons à Tombre des bouleaux.
« Trèye à ces débats de familles !
« Hé ! sans le bruit de yos bastilles , a X'ai-je donc point assez , mes filles, a De Tassourdissement des flots?
« Une croix , un croissant fragile a Changent en enfer ce beau lieu.
a Yous échangez la bombe agile « Pdur le koran et Tévangile ?
« C'est perdre le bruit et le feu :
« Je le sais , moi qui fus un dieu !
« Yos dieux m'ont chassé de leur sphère « Et dégradé , c'est leur afiaire !
« L'ombre est le bien que je préfère , « Pouryu qu'ils gardent leurs palais, « Et ne yiennent pas sur mes plages « Déraciner mes yerts feuillages »
IM MM OUtHTAIiBS*
« Kt m'écrase^ mes coquillages
« Sous leurs bombes et leurs boulets !
« De leurs abominables cultes
« Ces inventions sont le fruit.
«I Be mon temps point de ces tumultes.
« Si la pierre des catapultes
« Battait les cités jour et nuit y
« Cétaît sans fumée et sans bruit.
« Voyez Ulm , yotre sœur jumelle :
« Tenez-Tous en repos comme elle.
« Que le fil des rois se démêle , « Tournez vos fuseatix, et riez.
« Voyez Bude , votre voisine ; « Voyez Dristra la sarrasine !
« Que dirait TEtna si Messine « Faisait tout ce bruit à ses pieds ?
« Semlin est la plus querelleuse ^ « Elle a toujours les premiers torts.
« Croyez-vous que mon eau houleuse , « Suivant sa pente rocailleuse , « 19 'ait rien à faire entre ses bords « Qu*à porter à TEuzin vos morts?
tt Vos mortiers ont tant de fumée, a Qu'il fait nuit dans ma grotte aimée , u D'éclats d'obus toujours semée j « Du jour j'ai perdu le tableau.
LK DAHUBS EU COUlB. 167
« Le soir 9 la vapeur de leur bouche « Me couvre d^une ombre farouche, « Quand je cherche à voir de ma couche « Les étoiles à travers Teau.
« Sœurs, à vous cribler de blessures « Espérez-vous un grand renom ?
tt Vos palais deviendront masures.
« Ah ! qu'en vos noires embrasures tt La gueire se taise, ou sinon u J'éteindrai , moi ,< votre canon !
« Car je suis le Danube immense, tt Malheur à vous, si je commence !
« Je voiis souffre ici par clémence.
« Si je voulais , de leur prison , « Mes flots lâchés dans les campagnes, « Emportant vous et vos compagnes, « Comme une chaîne de montagnes « Se lèveraient à Thorizon !
Certe, on peut parler de la sorte Quand c'est au canon qu'on répond ] Quand des rois on baigne la porte.
Lorsqu'on est Danube , et qu'on porte , Comme l'Euxin et l'Hellespont, De grands vaisseaux au triple pont;
Lorsqu*on ronge cent ponts de pierres , Qu'on traverse les iiuit Bavières ,
NS ' LIS OUB1ITAU8.
Qa*oii reçoit soixante ihici c A , El qn*(Hi les dévore en Injant; Qa*on a j comme one mer , sa lioiile j Quand sur le ^<che on se dénnile CcMnme on serpent, et quand on coule Se rocddent à rorient f
J«a iS>8.