‹ Orientales et balladesChapitre 47 sur 58 · LA MÊLÉE · texte numérisé non relu

LA MÊLÉE

Itfs ■nuées t' ébranlent, le choc est terrible, les combattans sont terribles , les blessures sont terribles , la mâée est terrible.

*- GmiKiAO BxacM. ha Bataille et Simanca*. —

Pâtre! change de route. — Au pied de ces collines

Vois onduler deux rangs d^épaîsses javelines^

Vois ces deux bataillons Tun vers Tautre marchant ,

Au signal de leurs chefs que divise la haine ^

Us se sont pour combattre arrêtés dans la plaine..

Écoute ces clameurs... tu frémis : c'est leur chant!

« Accourez tous , oiseaux de {nx>ie , « Aigles , hiboux , vautours , coibeaux I « Volez , Tokz tous |d^ew6 de jwe « A oei} chjimps conme k des tombeaux !

u Que rennemi sous notre claire « Tombe avec le jour qui s'achève !

« Les psaumes du soir sont finis.' « Le prêtre qui suit leurs bannières , « Leur a dit leurs vêpres dernières , « Et le nôtre nous a bénis ! »

Halbert , baron normand , Ronan, prince de Cralles, Vont mesurer ici leurs forces presqu*égales^ Les Normands sont adroits; les Gallois sontardens. Ceux-là viennent chargés d'une armure sonore; Ceux-ci font , pour couvrir leur front sauvage encore , De k gueule des loups un casque armé de dents !

« Que nous fait la plainte des veuves,

« Et de Torphelin gémissant ?

« Bemain nous laverons aux fleuves

« Nos bras teints de fange et de sang.

« Serrons nos rangs, brûlons nos tentes!

« Que nos trompettes éclatantes

« Glacent l'ennemi méprisé !

« En vain leurs essaims se déroulent;

« Dans chacun des sillons qu'ils foulent

« Leur sépulcre est déjà creusé ! »

Le signal est donné. — Parmi des.flots de poudre , Leurs pas courts et pressés roulent comme la foudre. — Comme deux chevaux noirs qui dévorent le frein , Comme deux grands taureaux luttant dans les vallées ,

LA UkVÈE. 22t

Les deux masses. de fer, à grand brait ébranlées , Brisent d*un même choc leur double front d^airain !

« Allons, guerriers! la charge sonne f

« Gourez , frappez , c^est le moment !

« Aux sons de la trompe saxonne ,

« Aux accords de clairoa normand !

a Dagues , hallebardes , épées ,

« Pertuisanes de sang trempées ,

« Haches, poignards à deux tranchans,

« Parmi les cuirasses froissée ,

« Mêlez vos pointes hérissées,

M Gomme la ronce dans les champs ! »

Où donc est le soleil ? — Il luit dans la fiimée , Gomme un bouclier rouge en la for^je enflammée. Dans des yapeurs de sang on voit briller le fer ; La yallée au loin semble une fournaise ardente; On dirait qu^au milieu de la plaine grondante S^est ouverte soudain la bouche de Tenfer.

« Le jeu des héros se prolonge ,

«1 Les rangs s'enfoncent dans les rangs ,

« Le pied des combattans se plonge

« Dans la blessure des mourans.

« Avançons ! avançons ! courage !

« Le fantassin mord avec rage

« Le poitrail de fer du coursier;

« Les chevaux blanchissans frissonnent ;

« Et les masses dVmes résonnent « Sur leurs caparaçons d^acier ! »

Noir chaos de coursiers , d^hommes , d^armes heurtées !

Les Gallois, tout couverts de peaux ensaDg;lantées ,

Se roulent sur le dard des écus meurtriers 3

A mourir sur leurs morts obstinés et fidèles ,

Us semblent assiéger comme des citadelles

Les cavaliers normande sur leurs grands destriers.

« Que ceux qui brisent leur épée tt Luttent des ongles et des dents , « S'ils veulent fuir la faim trompée v( Des loups autour de nous rôdans !

a Point de prisonniers ! point d'esclaves !

tt S'il faut mourir, mourons en, bsaves « Sur nos compagnons immolés !

tt Que demain le jour, s*il se lève, tt Voie éncor des tronçons de glaive « Étreints par nos bras mutilés!...»

Viens, berger : la nuit tombe, et plus de sang ruisselle ; De coups plus furieux chaque armure étincelle ; Les chevaux éperdus se dérobent au mors.

Viens, laissons achever cette lutte brûlante. Ces hommes , acharnés à leur tâche sauglante , Se reposeront tous demain , vainqueurs ou morts !

Septembre i8s5.

BAXLADE YIII.

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