‹ Orientales et balladesChapitre 48 sur 58 · LES D£UX ARCHERS · texte numérisé non relu

LES D£UX ARCHERS

M. L. BOVl.jLirOBR.

Dames , pycs uo conte lamentable.

— BAir.<r-.

C'était rinstant funèbre où la nuit est si sombre , Qu'on tremble à chaque pas de réveiller dans Tombre Un démon, ivre encor du banquet des sabbats; Le moment où , liant à peine sa prière , Le voyageur se hâte à travers la clairière :

C'était rheure où Ton parle bas !

Deux francs-archers passaient au foqd de la vallée , Là-bas, où vous voyez une tour isolée,

224 BâLLABIS.

Qui 9 lorsqu^en Palestiiie allaient mourir nos rtùs , Fut bâtie en trois nuits , an dire de nos pères , Par un ermite saint qui remuait les pierres Avec le si^pne de la croix.

Tous deux , sans craindre Theure , en ce lieu taciturne Allumèrent un feu pour leur repas noctome:

Puis ils vinrent s'asseoir, en déposant leur cor. Sur un saint de granit , dont Timage grossière. Les mains jointes, le firont couché dans la poussière. Avait Tair de prier encor.

Cependant , sur la tour, les monts, les bois antiques. L'ardent foyer jetait des clartés fantastiques ^ Les lûboux s'efirayaient au fond des vieux manoirs - Et les chauve-souris , que tout sabbat réclame , Volaient, et par momens épouvantaient la flamme De leur grande aile aux ongles noirs !

Le plus vieux des archers alors dit au plus jeune : « Porte9-tu le cilice? — Observes-tu le jeûne?» Reprit Pautre , et leur rire accompagna leur voix. D'autres rires de loin tout à coup s'entendirent. Le val était désert , l'ombre épaisse ; ils se dirent : « C'est l'écho qui rit dans les bois.»

Soudain à leurs regards une lueur rampante En bleuâtres sillons sur la hauteur serpente. Les deux blasphémateurs , hélas ! sans s'effrayer , Jetèrent au brasier d'autres branches de chênes.

LIS DIQX ARCHERS. 225

Disant: « G*est, au miroir des cascades prochaines, « Le reflet de notre foyen »

Or cet écho ( d^effroi qu^ici chacun s'incline ! ) C'était Satan , riant tout haut sur la colline ! Ce reflet , émané du corps de Lucifer, C'était le pâle jour qu'il traine en nos ténèbres , Le rayon sulfureux qu'en des songes funèbres Il nous apporte de l'enfer !

Aux profanes é(jats de leur coupable joie , Il était accouru comme un loup vers sa proie. Sur les archers dans l'ombre erraient ses yeux ardens. '— « Riez et blasphémez dans vos heures oisives, a Moi, je ferai passer vos bouches conyulsives « Du rire au grincement de dents ! »'

A l'aube du matin, un peu de cendre éteinte, D'ui) pied large et fourchu portait l'étrange empreinte; Le val fut tout le jour désert, silencieux.

Mais, au lieu du foyer, à minuit même, un pfttre Vit soudain apparaître une flamme bleuâtre Qui ne montait pas vers les cieux !

Dès qu'au sol attachée eUe rampa livide, De longs rires soudain éclatant dans le vide. Glacèrent le berger d'un grand efiroi saisi ;

126 BALLàBKS.

Il ne vit point Satan et ceux de Tautre monde , Et ne put concevoir, dans sa terreur profonde , Ce qu^ils souffraient pour rire ainsi !

Dès-lors, tontes les nuits, aux monts, aux bois antiques, L^ardent foyer jeta ses clartés fentastiques ; Des rires effrayaient les hiboux des manoirs; Et les chauve-souris que tout sabbat réclame , Volaient, et par momens épouvantaient la flamme De leur grande aile aux ongles noirs !

Rien, avant le rayon dé Taube matinale, £n£ans , rien n^éteignait cette flamme infernale. Si Torage , à grands flots tombant , grondait dans Tair, Les rires éclataient aussi haut que la foudre , La flamme en tournoyant s'élançait de la poudre , ^ Comme pour s'unir à Téclair !

Mais enfin une nuit, vêtu du scàpulaire, Se leva du vieux saint le marbre séculaire \ Il fit trois pas , armé de son rameau bénit \ De l'effrayant prodige effrayant exorciste, De ses lèvres de pierre il dit : « Que Diqu m'assiste ! » En ouvrant ses bras de granit!

Alors tout s'éteignit, flammes^ rires, phosphore, Tout! et le lendemain, on trouva dès l'aurore, Les deux gens-d'armes morts sur la statue assis. On les ensevelit j et suivant sa promesse.

LES DBVX ARCHCRS. 227

Le seigneur du hameau, pour fonder une messe , Légua trois deniers parisis.

Si quelque enseignement se cache en cette histoire. Qu'importe! il ne faut pas la juger, mais la croire. La croire ! Qu'ai-je dit ? ces temps sont loin de nous ! Ce n^est plus qu'à demi qu'on se livre aux croyances. Nul , dans notre âge aveugle et vain de ses sciences , Ne sait plier les deux genoux î

Juillet i8a5.

L'ATEU DV CaiATELAIN.

Pource aimes-raoy , ccpendast qu'eatet bdlf;.

— RoffMAD.-—

Écoute-moi , Madeleine !

Uhiver a quitté la plaine Qu^hier il glaçait encor.

Tiens dans ces bois d*on ma suite Se retire, au loin conduite Par les sons errans du cor !

Viens ! on dirait , Madeleine , Que le printemps , dont Thaleine Donne aux roses leurs couleurs , A, cette nuit , pour te plaire ,

230 lAIXAlIBS.

Secoué sur b bruyère Sa robe pleine de fleurs!

Si j'étais , ô Madeleine , L'agneau dont la blanche laine Se démêle sous tes doigts !-.

Si j'étais l'oiseau qui passe, Et que poursuit dans l'espace Un doux appel de ta voix!...

Si j'étais , ô Madeleine , L'ermite de Tombelaine, Dans son pieux, tribunal , Quand ta bouche à son oreille De tes péchés de la veille Livre l'aveu virginal!...

Si j'avais , ô Madeleine, L'œil du nocturne phalène , Lorsqu'au sommeil tu te rends; Et que son aile indiscrète De ta cellule secrète Bat les vitraux transparens....

Quand ton sein, ô Madeleine, Sort du corset de baleine, Libre enfin du velours noir; Quand, de peur de te voir nue.

l'aveu du CHATILAIN. Ml

Tu jettes, fille ingénue, Ta robe sur ton miroir!

Si tu voulais , Madeleine , Ta demeure serait pleine De pages et de vassaux ^ .

Et ton splendide oratoire Déroberait sous la moire La pierre de ses arceaux!./.

Si tu voulais , Madeleine , Au lieu de la marjolaine Qui pare ton chaperon , Tu porterais la couronne De comtesse ou de baronne , Dont la perle est le fleuron!...

Si tu voulais , Madeleine ,

Je te ferais châtelaine;

Je suis le comte Roger.

Quitte pour moi ces chaumières ,

A moins que tu ne préfères

Que je me fasse berger !

Septembrs iSaS.

▲ UN PASSAITT.

Au soleil couchant , Toi qui vta cherchant

Foriuoe , PreniU gardr de choir; La terre, le soir,

Est brune.

L'Océan trompeur Conyre de vapeur

La dune.

Vois ; à l'horizon , Aucune maison !

Aucune!

Maint Yoleur te suit :

La chose est, la nuit,

Comtnunf.

Les dames dei bois Nous gardent parfois

Rancune-

Elles vont erier :

Crains d'en trocontrer

Quelqu'une.

Les lutins de l'air Vont danser au clair

De lune.

— La CuAirsoir dv FO0.-—

Voyageur ^ui , 1» nuit, sur le pavé sonore De ton chien inquiet passe» accompagné.

Après le jour brûlant , pourquoi marcher encore ? Où mènes-tu si tard ton cheval résigné ?

La nuit ! — Ne crains-tu pas d'entrevoir la stature Du brigand dont un sabre a chargé la ceinture? Ou qu'un de ces vieux loups près des routes rôdans , Qui du fer des coursiers méprisent l'étincelle , D'un bond brusque et soudain s' attachant à ta selle , Ne mêle à ton sang noir l'écume de ses dents?

Ne crains-tu pas surtout qu'un follet a cette heure N'allonge sous tes pas le chemin qui te leurre , Et ne te fasse , hélas ! ainsi qu'aux anciens jours , Rêvant quelque logis dont la vitre scintille , Et le faisan doré par l'âtre qui pétille, Marcher vers des clartés qui reculent toujours ?

Grains d'aborder la plaine où le sabbat s'assemble , Où les démons hurlans viennent danser ensemble; Ces murs maudits par Dieu , par Satan profanés , Ce magique château dont l'enfer sait l'histoire. Et qui, désert le jour, quand tombe la nuit noire. Enflamme ses vitraux dans l'ombre illuminés!

Voyageur isolé , qui t'éloignes si vite , De ton chien inquiet la nuit accompagné , Après le jour brûlant , quand le repos t'invite , Où mènes-tu si tard ton cheval résigné ?

Octobre x8a&.

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