LA F^E
Viens , bel enfant ! je suis la Fée.
Je règne aux bords où le soleil , Au sein de l'onde réchaufiee , Se plonge éclatant et vermeil.
Les peuples d'Occident m'adorent :
Les vapeurs de leur ciel se dorent , Lorsque je passe en les touchant.
Reine des ombres léthargiques , Je bâtis mes palais' magiques Dans les nuages du couchant.
Mon aile bleue est diaphane :
L'essaim des sylphes enchantés Croit voir sur mon dos , quand je plane , Frémir deux rayons argentés. ' Ma main luit , rose et transparente j Mon souffle est la brise odorante Qui , le soir, erre dans les champs ; Ma chevelure est radieuse,
346 BAIXADIS.
Bt ma bouche mélodieuse
Hêle un sourire à tous ses chants l
JTai des grottes de coquillages ^ \rai des tentes de rameaux, verts; C'est moi que bercent l^s feuillages , Moi que berce le flot des mers.
Si tu me suis, ombre ingénu^ , Je puis Rapprendre où ya la nue.
Te montrer d'où viennent les eaux ; Viens , sois ma compagne nouvelle , Si tu veux que je te révèle Ce que dit la voix des oiseaux.
LA. vàta.
Ma sphère est TOrient , région éclatante , Où le soleil est beau comme un roi dans sa tente î SjDn disque s'y promène en un ciel toujours pur. Ainsi , portant Témir d'une riche contrée ,
Aux sons de la flûte sacrée , Vogue un navire d'or sur une mer d'azur.
Tous les dons ont comblé la zone orientale.
Dans tout autre climat , par une loi fatale ,
Près des fruits savoureux croissent les fruits amers i
Mais Dieu ,*qui pour l'Asie a des yeux moins austères ,
Lk FÉE KT VA PEU. 347
T donne plus de fleurs aux terres , Plus d*étoiles aux deux , plus de perles aux mers.
Mon royaume s^étend depuis ces catacombes , Qui paraissent des monts et ne sont que des tombes , Jusqu'à ce mur qu*un peuple ose en vain assiéger, Qui , tel qu'une ceinture où le Gathay respire ,
Environnant tout un empire , Garde dans Funivers comme un monde étrangler.
J'ai de vastes cités qu'en tous lieux on admire : Lahore aux champs fleuris , Golconde , Cachemire , La guerrière Damas , la royale Ispahan , Bagdad que ses remparts couvrent comme une armure,
Alep dont l'immense murmure Semble u pâtre lointain le bruit d'un Océan.
Hysore est sur son trône une reine placée ; Hédine aux mille tours , d'aiguilles hérissée , Avec ses flèches d'or, ses kiosques brillans , Est comme un bataillon arrêté dans les plaines ,
Qui , parmi ses tentes hautaines , Élève une forêt de dards étincelans.
On dirait qu'au désert, Thèbes debout encore, Attend son peuple entier absent depuis l'aurore. Madras a deux cités dans ses larges contours. Plus loin brille Delhy, la ville sans rivales,
Et SOUS ses portes triomphales Douze éléphans de iront passent avec leurs tours !
Bel enfant ! viens errer parmi tant de mefveilles ! Sur ces toits pleins de fleurs, ainsi que de corbeilles, ])an<i le camp vagabond des Arabes ligués.
Viens j nous verrons danser les jeunes bayadères,
Le soir, lorsque les dromadaires Près dii puits du 'désert s^arrêtent fatigués.
Là , sous de verts figuiers , sous d^épais sycomores ', Luit le dôme d^étain du minaret des Maures ^ La pagode de nacre au toit rose et changeant ; La tour de porcelaine aux clochettes dorées ,
Et , dans les jonques azurées , Le palanquin de pourpre aux longs rideaux d^argeni.
J^écarterai pour toi les rameaux du platane . Qui voile dans son bain la rêveuse sultane ; Viens, nous rassurerons contre un ingrat oubli La vierge qui , timide , ouvrant la nuit sa porte ,
Écoute si le vent lui porte La voix qu'elle profère au chant du bengali.
L'Orient fut jadis le paradis du monde. — Un printemps étemel de ses roses Tinonde, Et ce vaste hémisphère est un riant jardin.
Toujours autour de nous sourit la douce joie j