‹ Orientales et balladesChapitre 55 sur 58 · LA FÉE · texte numérisé non relu

LA FÉE

L'occident nébuleux est ma patrie heureuse.

Là, variant dans l'air sa forme vaporeuse, Fuit la blanche nuée,... et de loin bien souvent Le mortel isolé qui, radieux'et sombre, ^

Poursuit un songe ou pleure une ombre ,

Assis, la contemple en rêvant.

Car il est des douceurs pour les âmes blessées Dans les brumes du lac sur nos bois balancées ; Dans nos monts où l'hiver semble à jamais s'asseoir j Dans l'étoile , pareille à l'espoir solitaire ,

Qui vient , quand le jour fuit la terre ,

Mêler son orient au soir.

Nos cieux voilés plairont à ta douleur amère , Enfant , que Dieu retire et qui pleures ta mère ! Viens , l'écho des vallons , les soupirs du ruisseau , £t la voix des forêts au bruit des vents unie , Te rendront la vague harmonie Qui t'endormait dans ton berceau !

Grains des bleus horizons le cercle mcmotone. Les brouillards , les vapeurs , le nuage qui tonne ,

250 BALLÂDK8.

Tempèrent le soleil dans nos deux parvenu ;

Et Fœîl voit au loin fuir leurs lignes nébuleuses , Comme des flottes merveilleuses Qui viennent d^un monde inconnu.

Cest pour moi que les vents font, sur nos mers bruyantes. Tournoyer Tair et Tonde en trombes foudroyantes ^ La tempête à mes chants sus|)end son vol fatal ; L'arc-en-ciel pour mes pieds , qu'un or fluide arrose ,

Comme un pont de nacre , se pose

Sur les cascades de cristal.

Du moresque Alhambra j'ai les frêles portiques j * J*ai la grotte enchantée aux piliers basaltiques , Où la mer de Stafia brise un flot iuégal ^ Et j'aide le pêcheur , i oi des vagues brumeuses ,

A bâtir ses huttes fameuses

Sur les vieux palais de Fingal.

Épouvantant les nuits d'une trompeuse aurore ,

Là , souvent à ma voix un rouge météore

Croise en voûte de feu ses gerbes dans les airs ;

Et le chasseur , debout sur la roche pendante , Croit voir une comète ardente Baignant ses flammes dans les mers.

Viens , jeune ame , avec moi , de mes sœurs obéie ^ Peupler de gais follets la morose abbaye ; Hes nains et mes géans te suivront à ma voix ;

LA FÉE BT LA PtEI. 251

Vienfi , troublant de ton cor les monts inaccessibles , Guider ces meutes invisibles Qui la nuit chassent dans nos bois.

Tu verras les barons , sous leur tours féodales , De rhumble pèlerin détachant les sandales j Et les sombres créneaux d'écussons décorés ; Et la dame tout bas priant , pour un beau page ,

Quelque mystérieuse image

Peinte sur des vitraux dorés.

C'est nous qui , visitant les gothiques églises , Ouvrons leur nef sonore au murmure des brises ; Quand la lune du tremble argenté les rameaux , Le pâtre voit dans Tair , avec des chants mystiques ,

Folâtrer nos chœurs fantastiques

Autour du clocher des hameaux.

De quels enchantemens TOccident se décore ! — Viens, le ciel est bien loin, ton aile est faible encore! Oublie en notre empire un voyage fatal.

Un charme s*y révèle aux lieux les plus sauvages j

Et rétranger dit nos rivages

Plus doux que le pays natal !

Et Tenfant hésitait, et déjà' moins rebelle Écoutait des esprits Tappel fallacieux ^ La terre qu'il fuyait semblait pourtant si belle ? — Soudain il disparut â leur vue infidèle....

n avait, entrevu les cieux !

BALLAlDE XIII.

Page 1