‹ Orientales et balladesChapitre 9 sur 58 · LA DOULEUR DU PACHA · texte numérisé non relu

LA DOULEUR DU PACHA

SèfÊoeé de tout ce qui m'teit dicTi Je me consume loUtaire et

— 'OTBOir."^

— Qa*a donc Tombre d*Allah ? disait Thumble derviche. Son aumône est bien pauvre et son trésor bien riche ! Sombre, immobile, avare, il rit d^un rire amer. A-t-il donc ébréché le sabre de son père ?

Ou bien de ses soldats autour de son repaire Vu rugir Toraçeuse mer ?

— Qu*a-t-il donc le pacha , le visir des années ? Disaient les bombardiers , leurs mèches allumées. Les imans troublent-ils cette tête de fer?

se ISS ORIENTALES.

A-t-il du ramazan rompu le jeune austère ?

Lui font-ils voir en rêve , aux bornes de la terre ,

L^ange Azraël , debout sur le pont de Tenfer ?

— QuVt-il donc ? murmuraient les iooglans stupides. Bit^on qu'il ait perdu , dans les courans rapides ,

• Le vaisseau des parfums qui le font rajeunir ? Trouve-t-on à Stamboul sa gloire assez ancienne ? Dans les prédictions de quelque Égyptienne A-t-il vu le muet venir ?

— Qu^a donc le doux sultan ? demandaient les sultanes. A-t-il avec son- fils surpris sous les platanes

Sa brune favorite aux lèvres de corail ?

A-t-on souillé son bain d*une essence grossière ? Dans le sac du fellah, vidé sur la poussière , Manque-t-il quelque tête attendue au sérail ?

— Qu'a donc le maître? Ainsi s'agitent les esclaves. Tous se trompent — Hélas ! si , perdu pour ses braves. Assis comme un guerrier qui dévore un affront , Courbé comme un vieillard sous le poids des années , Depuis trois longues nuits et trois longues journées ,

Il croise ses mains sur son front.

Ce n'est pas qu'il ait vu la révolte infidèle , Assiégeant son harem comme une citadelle, Jeter jusqu'à sa couche un sinistre brandon; Ni d'un père en sa main s'émousser le vieux glaive ;

lA MVLBDK DU FÂGBA. IT

Ni paraître Azraël ; ni passer dans un rare Les muets bigarrés armés du noir cordon.

Hélas ! Tombre d*Allah n*a pas rompu le jeûne ; La sultane est gardée , et son fils est trop jeune»; Nul y aisseau n*a Subi d^orages importuns; Le Tartare avait bien sa charge accoutumée ; Il ne manque au sérail , solitude embaumée , Ni les têtes ni les parfums.

Ce ne sont pas non plus les villes écroulées ^ Les ossemens humains noircissant les vallées , La Grèce incendiée , en proie aux fils d*Omar, L'orphelin , ni la veuve et ses plaintes amères , Ni renfonce égorgée aux yeux des pauvres mères, Ni la virginité marchandée au bazar;

Non 9 non , ce ne sont pas ces figures funèbres , Qui , d'un rayon sanglant luisant dans les ténèbres , En passant dans son ame ont laissé le remord. — Qu'a-t-il donc, ce pacha que la guerre réclame, Et qui, triste et rêveur, pleure comme une femme...? — Son tigre de Nubie est mort.

IMccnibra i8a7<

48 LES OBIERTALES.

Les frégates surprises, Gonflant leurs voiles grises , Déferlent à grand bruit!

Adieu, la caravelle Qu'une voile nouvelle Aux yeux de loin révèle !

Adieu, le dogre ailé.

Le brick dont les armures Rendent de sourds murmures, Comme un amas d^armures Par le vent ébranlé !

Adieu , la brigantine Dont la voile latine Du flot qui se mutine Fend les vallons amers !

Adieu , la bàlancelle Qui sur Tonde chancelle , Et, comme une étincelle, Luit sur Tazur des mers !

Adieu, lougres difformes , Galéaces énormes.

Vaisseaux de toutes formes , Vaisseaux de tous climats !

L'yole aux triples flammes , Les mahonnes, les prames.

RAYAKin.

La felouque à six rames , La polacre à deux mâts!

Chaloupes canonnières, Et lanches marinières , Où bottaient les bannières Du pacha souverain !

Bombardes que la houle, Sur son front qui s'écroule, Soulève, emporte et roule Avec un bruit d'airain!

Adieu, ces nefs bizarres, Caraques et gabarres, Qui de leurs cris barbares troublaient Chypre et Délos!

Que sont donc devenues Ces g^alères chenues?

La mer les jette aux nues.

Le ciel les rend au:^ flots !

Des vaisseaux d^uTtÎ^lesTr'''' '^"';

Quelques-uns, bJZ?!"' ^"** ^ ^^'J^"^'

V M «s , bncka rompus , prames désemparées ,

50 ^ES OEISNTALES.

Comme Talgue des eaux qu'apportent les marées, Sur la grève noircie expirent échoués.

Ah ! c'est une victoire ! — Oui , l'Afrique défaite, Le vrai Dieu sous ses pieds foulant le faux prophète. Les tyrans , \es bourreaux , criant grâce f à leur toiir j Ceux qui meurent enfin sauvés par ceux qui régnent 3

Hellé lavant ses ilancs qui saignent ,

Et six ans vengés dans un jour !

Depuis assez long-temps les peuples disaient : — « Grèce ! « Grèce ! Grèce ! tu meurs. Pauvre peuple en détresse , « A rhorizon en feu chaque jour tu décrois.

« En vain, pour te sauver, patrie illustre et chère, « Nous réveillons le prêtre endormi dans sa chaire, « En vain nous mendions une armée à nos rois.

« Mais les rois restent sourds , les chaires sont muettes. « Ton nom n'échauffe ici que des cœurs de poètes. « A la gloire, à la vie, on demande tes droits. « A la croix grecque, Hellé, ta valeur se confie.. , —

« C'est un peuple qu'on crucifie !

tt Qu'importe, hélas! sur quelle croix?

b Tes dieux s'en vont aussi. Parthénon, Propylées, « Murs de Grèce , ossemens des villes mutilées , tt Tous devenez une arme aux mains des mécréans. tt Pour battre ses vaisseaux du haut des Dardanelles ,

« Chacun de yos débris, mines solennelles ,

« Donne on boulet de nuui>re à leurs canons géants! »

Qu'on change cette plainte en joyeuse fanfare ! Une rumeur surgit de Tlsthme jusqu'au Phare.

Regardez ce ciel noir plus beau qu'un ciel serein. Le vieux colosse turc sur TOrient retombe.

La Grèce est libre , et dans la tombe

Byron applaudit Navarin.

Salut donc, Albion, vieille reine des ondes!

Salut, aigle des czars, qui planes sur deux mondes! Gloire à nos fleurs-de-lys , dont l'éclat est si beau! L'Angleterre aujourd'hui reconnaît sa rivale. Navarin la lui rend. Notre gloire navale A cet embrasement rallume son flambeau.

Je te retrouve, Autriche ! — Oui la voilà , c'est elle ! Non pas ici , mais là, — dans la flotte infidèle. Parmi les rangs chrétiens en vain on te chercha. Nous surprenons, honteuse et la tête penchée ,

Ton aigle au double front cachée

Sous les crinières d'un pacha !

C'est bien ta' place, Autriche ! — On te voyait naguère Briller près d'Ibrahim , ce Tamerlan vulgaire ; Tu dépouillais les morts qu'il foulait en passant^ Tu l'admirais, mêlée aux eunuques serviles ,

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