ÉPILOGUE
La volonté peut et doit être un sujet d’orgueil bien plus que le talent.
Passim dans l’œuvre de Balzac.
La France ne mourra que de Paris.
Réflexion de Napoléon, recueillie par Balzac dans les Maximes et Pensées de Napoléon.
Soit instinct profond de ce qui pouvait servir son impérieux dessein, soit volonté constante de s'informer de ce qui l’aiderait à maîtriser la fugacité des phénomènes humains, l’avide Balzac a donc su maintenir, entre toute la pensée européenne et les régions effervescentes où s’élaboraient ses propres idées, des rapports vivants que nul ne saurait contester : les ignorer serait déformer le sens de son œuvre et les raisons de son succès. Et l’on ne prétend pas avoir épuisé ici ce que la Comédie humaine peut devoir à des influences extérieures. Faire une part médiocre à ces éléments, au nom de son génie ou de la « vérité » qui le pressait de toutes parts, c’est à la fois s’inscrire en faux contre la hiérarchie balzacienne des facultés, où toujours la première place est tenue par la volonté, créatrice de temps, de force, pourvoyeuse d’expériences intellectuelles ou pratiques, de lectures et de conversations 1 ; c’est aussi méconnaître la raison principale de son succès européen, cet accord implicite, sur des points essentiels, entre l’univers par lui créé et les lecteurs épars dans le monde, satisfaits une fois encore — faut-il dire une dernière fois à fond ? — par des créations littéraires issues de France.
Après la Comédie humaine, en effet, on ne saurait dire que l’una-
i , Grâce à sa faculté bien connue de lire avec une rapidité dé 'oncertante, et de pratiquer sur une page une sorte de sténographie à rebours, Balzac a pu « absorber » beaucoup plus d’ouvrages, d’articles, de monographies ou de colonnes de dictionnaires qu’on ne serait tenté de l’imaginer. Il faut toujours se souvenir de la réflexion qu’en 1835 il prêtait sur lui-même aux envieux : « Le talent, le génie, son incroyable puissance de volonté, je le conçois, j y crois. Mais où et comment se fabrique-t-il du temps ? »