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ADMIRATION POUR COOPER

de-Cuir bénéficie de l’adhésion dédaigneuse de quelques boys scouts; et même ses chercheurs de piste, qui sont un peu les ancêtres des Sherlock Holmes ou autres policiers au flair merveilleux, ont été dépossédés, au profit de ceux-ci, d’une renommée qui fut grande.

Elle était à son apogée au moment où F. Cooper, « le Walter Scott américain », résidant en Europe et particulièrement en France et à Paris, y écrivait et y publiait plusieurs de ses histoires ; xi témoignait en même temps à notre pays, par des conseils financiers, une bonne volonté qui pouvait consoler de certaines indifférences allant jusqu’à l’ingratitude. En 1827, il avait publié la Prairie qui, aussitôt traduite par Defaucompret, avait grossi le nombre de ses romans accessibles aux Français. Balzac en possède plusieurs, et deux notes de son relieur, le 20 avril et le 14 août 1831, annoncent, d’abord que « le Cooper est tout à fait fini », ensuite que les neuf volumes in-8° représentent une somme de 18 francs.

La Prairie, par sa coïncidence de date même, importe pour l’intelligence du Balzac des Chouans. Sont-ce des gas bretons ou des Sioux américains qui, « à la faveur de l’herbe touffue accumulée dans les bas-fonds, s’étaient frayé un chemin à travers cette couche épaisse, comme autant de serpents perfides qui se glissent vers leur proie ? Le plus adroit reptile n’aurait pu ramper avec plus de souplesse ni avec moins de bruit... » Ces herbes si hautes qu on y cache un cheval debout rendaient possible une guerre du même type que le bocage normand. Surtout, une lutte collective s’y livrait dans des conditions qui faisaient trouver aux Indiens « un dernier refuge contre la société dans les plaines vastes et inhabitées de l’Ouest ». Ce serait trop dire que de chercher des ancêtres sioux à Pille-Miche et Marche-à-terre, et de retrouver leurs peaux de bique dans les « peaux avec le poil en dehors » qui circulent dans les paysages de Cooper. On ne compare l’exécution, à la fois impitoyable et pieuse, d’Abiram White, à la décapitation de Galopechopine que pour admirer l’art plus vivant de Balzac : encore sommes-nous là dans des régions assez contiguës de la littérature romanesque.

On peut en dire autant des allusions, si fréquentes chez Balzac, au romancier américain à propos des jeunes sacripants de La Rabouilleuse (p. 368), ou de Pierrette (p. 120), et surtout des Paysans (p. 30). Voilà, songe Blondet, « les Peaux Rouges de Cooper, il n’y a pas besoin d’aller en Amérique pour observer des sauvages... » « Le paysan tient beaucoup du sauvage... »

SOUS LE SIGNE DE WALTER SCOTT

Passe encore que la campagne française ou la petite ville provinciale appellent dans l’imagination de Balzac le souvenir des tableaux de Cooper, représentant sans variété les anciens possesseurs du sol américain qui livrent une lutte sournoise avec les « visages pâles » qu’ils ne peuvent considérer que comme des usurpateurs : mais voici qui mettra le romancier de la civilisation dans une dépendance plus imprévue à l’égard du chroniqueur des libertés sauvages. Ayant compris que la société a perpétuellement à faire face à des « insociaux » que la vie des grandes villes multiplie plutôt qu’elle ne les absorbe, Balzac transpose, quoi qu’il en ait, les chasseurs nomades de Cooper en « bohémiens de Paris », en écumeurs de cités. Aussi, dans le Père Goriot, est-ce la Capitale ellemême, au témoignage de Vautrin, est-ce Paris avec son fourmillement de destinées entrecroisées, qui est « comme une forêt du Nouveau-Monde, où s’agitent vingt espèces de peuplades sauvages, les Illinois, les Hurons, qui vivent du produit que donnent les différentes chasses sociales... Les uns chassent à la dot ; les autres chassent à la liquidation, ceux-ci pêchent des consciences, ceux-là vendent leurs abonnés pieds et poings liés ».

Le grand déclassé, l’énergique adversaire de la société constituée ne rend-il pas ici, à l’évocateur américain de la Prairie et de ses embûches, une politesse élémentaire • — celle d’un descendant qui salue ses ancêtres ? Car il faut ajouter au roman en question d’autres œuvres, un peu au hasard de leur publication : aussi tard qu’en novembre 1843, Balzac songe à utiliser l’Espion pour faire un drame à l’usage de Frederick-Lemaître, et l’importance du « paysage » dans le Lac Ontario l’impressionne à l’heure où il écrit le Lys dans la Vallée. Le romancier le plus attentif aux réalités du monde où il vivait n’a donc jamais cessé d’avoir, compagnons de sa vie imaginative et de son activité littéraire, les livres qui avaient fait un sort à l’existence nomade des dernières tribus, serrées de près par une civilisation envahissante.

Or Vautrin, qui est vraiment, littérairement parlant, « l’enfant de trente-six pères », n’est pas sans devoir beaucoup lui-même à 1 illustre chef des Sioux. « M. de Balzac a jeté sur lui l’intérêt immense que M. Cooper répandit sur Bas-de-Cuir », observait déjà H. Castille en 1846. Sa vigueur physique et son instinct de chefson adresse et sa ruse (qui sont en effet des caractéristiques d’homme de la nature plutôt que les particularités des grands repris de justice, les résultats de la criminalité et de sa répression chez les

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