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KOREFF EN DÉCEMBRE

de lucidité narquoise pour entrer franchement dans le jeu hoffmannesque. Mieux fait pour servir de premier truchement est un compatriote de Koreff, un aventurier de grand style comme lui, Loève- Veimars, qui entreprend en 1829 une adaptation complète des contes d’Hoffmann, et qui distance ainsi quelques seigneurs de moindre importance, et des critiques un peu essoufflés à célébrer l’auteur allemand. Comme la Revue de Paris est fondée par un triumvirat où figurent, outre Louis Véron, Loève-Veimars luimême et Philarète Chasles, grand connaisseur en littérature étrangère, le lancement d’Hoffmann se fait par tous les côtés, et le Dr Koreff y préside en fournissant le portrait de son ami qui paraîtra en décembre 1829, en tête de la première édition.

Que Balzac ait rencontré d’abord le « spirituel sapajou » grâce à Latouche ou grâce à Cuvier, ou dans les milieux de magnétiseurs où Balzac et Koreff avaient de grandes raisons de fréquenter — voilà qui est difficile à dire. Ce qui est certain, c’est qu’en faisant de décembre 182J la date qui compte vraiment à cet égard, Balzac tombe singulièrement juste. Pour Koreff d’abord : la Clinique des hôpitaux insère de lui, en décembre, un long article, et c’est le 24 de ce mois-là que le Moniteur universel publie une sorte de notification faisant de « M. le Dr Koreff, conseiller intime de régence de S. M. le roi de Prusse », le représentant officiel de la science prussienne auprès de la science française. Pour Balzac ensuite : l’imprimeur improvisé que l’on sait, et qui cherche une pro vende intéressante à jeter sur le marché parisien, devait être, à cette date, particulièrement curieux de singularités littéraires ; il est d’ailleurs toujours féru de ses théories sur le transfert des idées, ce mesmérien impénitent qui conduit sa mère chez un guérisseur aussi hypothétique que le prince de Hohenlohe, qui proposera, en 1832, qu’on lutte contre le choléra par la suggestion, ou qui s’offrira à guérir par son propre pouvoir les malaises de MmeHanska. Ajoutons enfin que Balzac se trouve être en 1827 le voisin de chambre de Latouche, rue de Tournon, et nous admettrons la parfaite probabilité de soirées où se pouvaient rencontrer, au Café Voltaire, autour de la « Table des Philosophes », des hôtes comme celui-ci (les Martyrs ignorés ) :

Tschoern. — Allemand. Caractère indéfinissable, tantôt vaporeux comme une ballade, tantôt positif comme Dupuytren, impitoyable pour Kant, flagellant M. Cousin par le knout d’une satire affilée. Plus spirituel que Voltaire et Beaumarchais réunis, et croyant aux appari-

DANS LA QUATRIÈME DIMENSION

Lions ; errant par les rues en inspiré, bête comme tout le monde à ses heures... Poète, grand politique, et néanmoins plaidant pour les sottises humaines contenues dans le bocal étiqueté du mot liberté. Assez courageux pour dire que Faust est un raccroc... Age indécis, costume de journaliste. Petite voix flûtée.

Comment une conversation amorcée, au café Voltaire, par ce malin docteur qui se fait sans tarder l’avocat du diable, ne rappellerait-elle pas aussitôt les excitants entretiens qui se nouaient à Berlin, dans un de ces singuliers sous-sols servant de cafés, entre Hoffmann et ses amis nocturnes ? Koreff est, ici comme là -bas, l’âme du rond, l’homme qui interrompt et qui, de ses interruptions suggestives, fait rebondir la conversation et repartir les narrateurs sur nouveaux frais. Ce cosmopolite malicieux cite Jean-Paul et le prince de Ligne, Goethe qu’il dénigre et Méphisto « que tout le monde invente à sa manière », les savants de Londres qu’il vient d’aller relancer chez eux. Mais surtout, avant de raconter son histoire et de payer ainsi son écot à la conversation, il mettra son récit sous la protection de l’ami allemand qui avait ouvert des régions nouvelles à la fantaisie et préparé un frisson nouveau à la sensibilité.

Si mon cher Hoffmann, un Berlinois que vous ne connaissez pas encore, mais qui viendra prendre ici son picotin de gloire, comme tout le monde ; si mon conteur avait connu cette aventure, nous posséderions un chef-d’œuvre digne du Casse-Noisette, de Maitre Floh, de Y Homme au sable et du Petit Zach ! Le souvenir de ce génie me trouble.

Il va troubler Balzac bien davantage quand l’auteur des Chouans et de la Physiologie, obligé d’intensifier et de diversifier à fond son activité d’écrivain, flaire le vent et s’ingénie à plaire au public. C’est en décembre 1829 que la traduction Loève-Veimars crée une sorte de sensation dans la presse française : après Y Elixir du Diable, 1a. Revue de Paris, la même année, multiplie des échantillons du genre. Les Contes fantastiques sont lancés, et notre romancier ne veut pas être en reste d’imagination mystérieuse et de terreurs nocturnes. Pour le Français de 1830 comme pour l’Allemand de 1805, les régions troublantes de la « métapsy chique » sont un parfait domaine que l’esprit humain aurait tort de ne point exploiter. Pour Hoffmann en effet (Frères de Sérapion, 2) :

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