‹ Orientations étrangères chez Honoré de BalzacChapitre 59 sur 129 · QUELQUES SURVIVANCES « A LA HOFFMANN · texte numérisé non relu

QUELQUES SURVIVANCES « A LA HOFFMANN

lendemain, en laissant Madame Claës pendant toute la nuit livrée à de mortelles inquiétudes ; après l’avoir fait infructueusement chercher dans une ville dont les portes étaient fermées le soir, suivant l’usage des places fortes, elle ne pouvait envoyer à sa poursuite dans la campagne...

[Il va sans dire que le « laboratoire » organisé par ce savant, plus enthousiaste que méthodique, ressemble moins à la salle où pouvait travailler IVf- Vauquelin, du Muséum, qu’aux capharnaüms évoqués par les Phantasiestücke, avec « cet ensemble de matras, de cornues, de métaux, de cristallisations fantasquement colorées, d’échantillons accrochés aux murs ou jetés sur des fourneaux... » L’atelier et l’artisan sont dignes l’un de l’autre : derrière le décor et derrière le personnage grimace également l’effarant humour de Hoffmann, grand mystificateur qui fut un grand artiste h

Une certaine variété de grotesque truculence, la savoureuse horreur de figures à la Breughel, resteront toujours associées pour Balzac à des souvenirs hoffmannesques. Dans le Député d’Arcis, c’est « un petit homme de deux pieds de haut, qu’à son énorme tête, couronnée d’une immense chevelure, à son nez, à son menton et à ses jambes crochues, on pourrait prendre pour un échappé des Contes d’Hoffmann » ; dans les Employés, c’est au contraire « le microscope en littérature », l’attention, moins réaliste que cordialement goguenarde, donnée à des infiniment petits de l'humanité, qui rappelle « ce qu’a tenté Hoffmann le Berlinois » : n’est-il pas le « chantre de l’impossible » ? Dans les Illusions perdues, une voix inattendue « eût épouvanté Hoffmann le Berlinois ». La libre désinvolture des artistes, pour Balzac qui voit autrement la « Bohème » parisienne et La Palférine qui en est le « prince », s’oriente du même côté : « Cette vie bohémienne que le Berlinois Hoffmann a si bien décrite » Ursule Mirouet). Et c’est enfin une vraie histoire à la Hoffmann que notre voyageur se fait raconter à Vienne par Cl. Metternich et qu’il ajoutera maladroitement à Y École des ménages : des amoureux qui, fous, se retrouvent à l’asile.

Même quand l’influence précise de l’auteur allemand s’est atténuée, et quand, semble-t-il, l’écrivain français ne le possède plus à la portée de la main dans sa bibliothèque un peu hasardeuse, des élé-

i. On verra plus loin.chap. XII, notre hypothèse en ce qui concerne un des points de départ réels de l’affabulation de la Recherche de l absolu. Il est assez curieux que Balzac songe si spécialement à se documenter sur place pour écrire la Bataille de Dresde (lettre à Mme Hanska du 15 février 1845), alors que Hoffmann est 1 auteur d’une Vision sur le champ de bataille de Dresde.

DANS LA QUATRIÈME DIMENSION

ments ne persistent-ils pas, qui n’auraient peut-être pas trouvé accès dans ses récits sans l’importance que ce maître lui avait appris à leur donner ? Rubempré arrêté et désespéré aura, en plein Palais de Justice, une hallucination, car « l’homme, sous la pression d’un sentiment arrivé au point d’être une monomanie à cause de son intensité, se trouve souvent dans la situation où le plongent l’opium, le hatschisch et le protoxyde d’azote » : le palais de saint Louis lui apparaît « dans toute sa beauté primitive », et c’est comme « un poétique adieu de la création civilisée... »

Des rêves annonciateurs tiennent une place fort importante dans Ursule Mirouët : les effets de la « seconde vue », dans cette histoire de 1841, sont invoqués et mis en œuvre, sans grand souci du réalisme moyen de cette « scène de la vie de province ». C’est que, pour l’auteur aussi, les pressentiments, les indices de télépathie ne cessent pas, vers cette date, de se trouver au premier plan.

Enfin, si 1 011 veut constater l’espèce de hantise que le prestige hoffmannesque exerce sur l’imagination de Balzac, on n’a qu’à reprendre l’histoire, assez ennuyeuse dans ses détails commerciaux et financiers, de César Birotteau : l’honnête épouse de ce riche parfumeur parisien est préoccupée, dès le début du roman, par un rêve où « elle se voit double..., en haillons, tournant d’une main sèche et ridée le bec de cane de sa propre boutique... «Par un terrible affleurement de l’ineffable et de l’invérifiable dans la zone des chiffres, des créances, des protêts, par une irruption de la quatrième dimension dans le quartier de la place Vendôme et de la rue Saint-Honoré, ce rêve fatidique qui réveille en sursaut la parfaite épouse d’un bourgeois avéré se révèle, au point culminant du livre, comme la vérité même :

« Mon rêve est accompli, dit la pauvre femme en se laissant tomber sui sa causeuse au coin de son feu, pâle, blême, épouvantée. J’avais prévu tout. Je te l'ai dit dans cette fatale nuit... »

Que se passa-t-il au juste entre Balzac et Koreff ? La grande déchéance du médecin date de 1837 du fameux procès Hamilton : leur brouille ne se produit que plus tard. Le romancier fut-il blessé jusqu au sang par une de ces trahisons d’ami que la vie lui fit subir en si grand nombre, mais qui, dans le cas particulier, s’aggravait d une sorte de délation calomnieuse, compromettante pour la

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