‹ Orientations étrangères chez Honoré de BalzacChapitre 70 sur 129 · LE SATANISME DE BALZAC EST-IL INSUFFISANT · texte numérisé non relu

LE SATANISME DE BALZAC EST-IL INSUFFISANT

gonies. Mais, en redevenant petit par la forme, il avait acquis une cause de grandeur, il s’était trempé dans l’infini. La puissance infernale lui avait révélé la puissance divine. Il avait plus soif du ciel qu’il n’avait eu faim des voluptés terrestres, si promptement épuisées. Les jouissances que promet le démon ne sont que celles de la terre agrandies, tandis que les voluptés célestes sont sans bornes. Cet homme crut en Dieu.

Encore l’aventure ne s’achève-t-elle pas sans qu’un « démonologue allemand » vienne prendre des renseignements sur l’affaire : ce qui permet à Balzac d’imaginer un qui-proquo ayant trait à Jacob Boehme, que les clercs de maître Crottat, notaire, ont l’air de connaître et de juger « pyramidal », alors que c’est l’Allemand qui mérite cette épithète. « Quoiqu’il fût un démonologue de première force, l’étranger ne savait pas quels mauvais diables sont les clercs ; il s’en alla, ne comprenant rien à leurs plaisanteries... »

On a pu regretter que Balzac n’ait pas « vécu » dans ses moelles l’horreur du satanisme, pour adhérer ainsi plus intensément à l’ordre catholique, jugé seul capable d’opposer une parfaite sécurité à ce pouvoir. « Si la vérité qu’il a seulement entrevue joint entre elles les parties de son vaste monument, elle n’en pénètre pas la matière même. Il n’y a pas un seul trait à ajouter à chacun de ces visages effrayants, mais il n’a pas été j usqu’à la source secrète, au dernier accès de la conscience, où le mal organise du dedans, contre Dieu et pour l’amour de la mort, la part de nous-mêmes dont le péché originel a détruit l’équilibre. Il a été aussi loin que possible dans l’analyse, mais il s’est trouvé incapable de ce suprême effort de synthèse. 1 »

N’est-ce pas qu’en réalité une autre synthèse, plus humaine, l’intéressait, et qu’à vouloir faire coïncider les s}rstèmes on n’eût créé que discordance ? Et n’avons-nous pas une transcription symbolique, très suffisante, des angoisses de Balzac en ces matières ? Carlos Herrera le fera dire à Lucien de Rubempré :

« Dans la postérité d’Abel et de Caïn, le diable a fait son choix: il a continué de souffler le feu dont la première étincelle avait été jetée sur Ève. Parmi les démons de cette filiation, il s’en trouve, de temps en temps, de terribles, à organisations vastes, qui résument toutes les forces humaines, et qui ressemblent à ces fiévreux animaux du désert dont la vie exige les espaces immenses qu’ils y trouvent ».

i. M. G. Bernanos, auteur de Sous le soleil de Satan, dans les Nouvelles littéraires du 17 avril 1926.

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