SWEDENBORG COMPLÉTÉ PAR SAINT-MARTIN
le phénomène qui semble faire sortir de cette tête élue, non seulement des cercles éblouissants de lumière, mais les paroles en « ondées nuageuses » et un frémissant magnétisme qui n’a pas besoin de truchement, « les feux [qui] jaillissaient de son regard d’or et luttaient évidemment avec les rayons du soleil » : autant de détails transposés, de la langue spécifique de Swedenborg, dans une réalité dont ils s’accommodent comme ils peuvent. Puis, quand il s’agit de raconter la vie du mystique lui-même pour faire comprendre celle de sa créature, Balzac s’appuie sur la biographie qui précède VA brégé des ouvrages de Swedenborg (Stockholm et Strasbourg, 1788). Il le fait au point d’incorporer des détails qui auraient eu besoin d’être remis au point, comme celui de l’infortuné Matthusius, qu’il fait vivre « il y a quelques années » ou celui du Français qui a « récemment justifié les précisions » du maître : anachronismes négligents que tout cela h
Quant à l’assomption de Séraphita, Balzac l’a réalisée au moyen de détails empruntés au meilleur disciple français de Swedenborg : c’est dans le Ministère de V homme-esprit de Saint-Martin, pages 78 et suivantes de l’édition de 1802, que se trouvent des précisions sur l’absorption de l’âme par l’Univers.
Saint Martin :
[Je voyais l’âme humaine s’élever] comme le soleil radieux sort du sein des ondes. Encore plus majestueuse que lui et faite pour une autre destinée, elle n’était point enchaînée comme lui dans un cours circulaire . . mais, suivant rapidement la ligne de l’infini, elle tendait, sans la moindre déviation, vers un centre unique...
Seraphitus :
La lumière enfantait la mélodie, la mélodie enfantait la lumière, les couleurs étaient lumière et mélodie, le mouvement était un nombre doué de la parole ; enfin, tout y était à la fois sonore, diaphane, mobile . .
Le séraphin monta comme un soleil radieux qui sort du sein des ondes ; mais plus majestueux que l’astre et promis à de plus belles destinées, il ne devait pas être enchaîné . .