‹ Orientations étrangères chez Honoré de BalzacChapitre 86 sur 129 · Relevés par Mlle Bernheim, ov.v. cité, p · texte numérisé non relu

Relevés par Mlle Bernheim, ov.v. cité, p

EN MARGE DU « LIVRE MYSTIQUE

Le Lys dans la Vallée, daté de Paris, octobre 1835, a été, de l’aveu même de son auteur, un hommage rendu à Mme de Bernv, et c’est comme l’accomplissement d’une promesse faite jadis, par l’informe Balzac de la vingt-cinquième année, au cœur indulgent et maternel qui lui avait, à sa manière, donné ou rendu la vie. Mais comme le voici en pleine effervescence swedenborgienne, l’écrivain ne peut s’empêcher de tenir cette frémissante histoire dans une atmosphère d’initiation 1 : « soleil spirituel », l’héroïne de ce livre rare prend, par une sorte de nécessité, toute la splendeur qui lui permet d’exercer son apostolat : et c’est de conduire le tumultueux amoureux, que la chair nue de l’aimée a mis hors de lui un jour, à la pureté spirituelle. « Près d’Henriette, il se respirait un parfum du ciel, il semblait qu’un désir reprochable devait à jamais vous éloigner d’elle. Ainsi, non seulement elle était le bonheur, mais elle était la vertu... »

Mais pour écrire ce livre si tendre, Balzac n’a pu exiler son imagination et son cœur au pays des fjords. Clochegourde, Frapesle, les bords de l’Indre, ces lieux charmants que Balzac devait faire revivre, tout parfumés d’une flore tourangelle dont le « lys dans la vallée » est la symbolique merveille, — il ne fallait point les bannir en pleine froidure cristalline d'un hiver boréal ; même l’évocation trop insistante du mage Scandinave y aurait été un contresens glacé. Swedenborg sera donc remplacé, tant bien que mal, par un de ses disciples français : et puisque Saint-Martin, le « philosophe inconnu » a eu le bonheur de naître à Amboise, Balzac fera sa grande place régionale à un penseur qu’il met très haut à ce moment 2, mais qui répète à son gré les leçons du maître suédois.

Les disciples de ce philosophe pratiquaient les vertus conseillées par les hautes spéculations de l’illuminisme mystique. Cette doctrine donne la clef des mondes divins, explique l’existence par des transformations où l’homme s’achemine à de sublimes destinées, libère le devoir de sa dégradation légale, applique aux peines de la vie la douceur inaltérable du quaker, et ordonne le mépris de la souffrance en inspirant

1. Mme Hanska seule pouvait comprendre ce détail de la confession de Félix : « Rappelez-vous le parfum chaste et sauvage de cette bruyère que nous avons cueillie en revenant de la villa Diodati, cette fleur dont vous avez tant loué le noir et le rose... »

2. M. Bouteron me signale une brochure sur Saint-Martin que Balzac possédait dès 1824 : puisque fort peu de chose en passe jusque-là dans son œuvre, il a vraiment fallu une initiation swedenborgienne pour qu’il en tire parti.

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