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excepté de cette faveur» parce que le pape Victor, connaissant ses déportements, avait omis d'inscrire son nom sur la liste des amnistiés. Cependant, à force d'instances et de supplications, il obtient du gouverneur d'être mis en liberté. Le pape Victor est vivement peiné de cette faveur accordée à Calliste ; et, sans doute afin de lui marquer tout son ressentiment, il lui assigne pour résidence la ville d'Antium» avec une pension mensuelle. Ici, l'embarras du romancier est visible : il ne sait trop comment s'y prendre pour dénaturer la bienveillance du pontife romain envers Calliste. Bref, le pape Victor meurt, e.t Zéphyrin, son successeur, choisit immédiatement Calliste pour partager avec lui l'administration des affaires ecclésiastiques. Enfin, cet esclave si méprisé de tout le monde, au dire de l'auteur, devient pape à son tour, après la mort de Zéphyrin, par le suffrage du clergé et des fidèles de Rome (4).
Voilà, en substance, le récit du libelliste. Si des auteurs protestants, tels que le chevalier Bunsen, le docteur Baur et le docteur Wordsworth, n'avaient cru devoir prendre au sérieux cette narration burlesque, nous ne lui ferions pal Thonneur de la discuter, tant elle fourmille d'invraisemblances et de contradictions. L'accusateur n'a pas même pris soin de dissimuler ses mensonges sous une apparence de probabilité; il se coupe à chaque ligne. Ainsi, Calliste se serait attiré l'animadversion de tous les honnêtes gens par ses opérations de banque ; et cependant les chrétiens interviennent en sa faveur et sollicitent sa mise en liberté. Carpophore, indigné contre lui, le condamne à tourner la meule ; et, d'un autre côté, aussitôt qu'il voit son esclave en péril, il accourt pour le défendre. L'auteur attribue la condamnation de Calliste à une sotte querelle avec les juifs; et, quelques lignes plus bas, il le range parmi les autres
(1) Philoioph,, IX, is.
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martyrs (1) : preuve manifeste qu*il a odieusement déflguré une confession éclatante de la foi . Le pape saint Victor, toujours d*après récrivain anonyme^ pousse la cruauté jusqu'à s*opposer au retour d'un martyr relégué pour la cause de Jésus-Christ dans les mines de la Sardaigne; et, malgré cela, il lui assigne la résidence d'Antium avec une pension mensuelle : c'est-à-dire, pour parler le langage de la vérité, qu'en récompense de son dévouement il lui confie Tadministration de TEglise d'Antium. Le pamphlétaire a beau vouloir travestir les faits, l'histoire perce à travers le roman, et la calomnie n'est pas tellement épaisse qu'elle étouffe toute lueur de vérité. Enfin, conçoit-on que cet esclave, coupable de tant de méfaits, eût joui pendant seize ans de la confiance de ceux-là mêmes sous les yeux desquels se seraient passées toutes ces choses; et qu'après ce laps de temps, le clergé et le peuple romains, témoins de ses désordres, l'eussent élu pape, à une époque de foi ardente et de mœurs sévères où l'on devenait pontife pour aller au martyre? Jamais conte scandaleux n'a été fabriqué avec plus de maladresse. Le seul point qui résiste à l'examen d'une critique impartiale dans ce tissu romanesque, c'est que le pape saint Calliste avait été de condition servile; or, cette basse extraction, loin de porter atteinte à la réputation du pontife, ne fait que tourner à son honneur. Nous voyons par là que l'Eglise romaine pratiquait alors sur une vaste échelle le grand principe de l'accessibilité de toutes les charges à tous, sans distinction de rang ni d'origine. Peut-être aussi y a-t-il un fond de vérité dans ce que dit l'auteur des Philosophumena sur les opérations malheureuses de Calliste encore esclave de Carpophore ; mais depuis quand l'insuccès est-il synonyme d'improbité? La sympathie des chrétiens pour l'agent de Carpophore, son élévation au sacerdoce et au souverain pontificat, montrent
(I) Philotoph., IX, 12: ntrfpwv Ixet ^vrcov ftapTopoiv.
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assez qae cet échec financier n*avait pas entaché son caractère. Je raisonne dans l'hypothèse que le récit des Philoso^ phumena mérite quelque confiance sur ce point ; mais comment distinguer où s'arrête la vérité et oîi commence la calomnie dans les invectives d'un homme qui ne peut pardonner à Calliste de l'avoir évincé des conseils du pape Zéphyrin ? On violerait les règles les plus élémentaires de la justice si Ton ajoutait foi aux allégations d'un ambitieux dont l'orgneîl blessé se venge en essayant de flétrir les antécédents de celui qu'il n'a pu réussir à écarter d'un poste objet de ses propres convoitises.
Mais laissons là ces détails de biographie qui nous touchent moins que les questions de doctrine. Il est évident que le dithéisme de l'adversaire de saint Calliste ne lui permettait pas d'apprécier avec équité l'enseignement de ce pape ; en se plaçant à son point de vue, il devait nécessairement condammer comme une erreur ce qui n'est autre chose que la doctrine catholique. S'il pouvait y avoir quelque doute sur l'orthodoxie de Calliste, les imputations et les aveux de son ennemi suffiraient pour le dissiper. Qu'est-ce en effet qu'il lui reproche ? « De tomber tantôt dans rbérésie de Sabellius, tantôt dans celle de Théodote. » Comme l'une de ces hérésies forme tout juste la contrepartie de l'autre, l'accusation se détruit d*elle-même. Impossible d*enseigner à la fois que Jésus-Christ n'est pas Dieu et qu'il est Dieu le Père lui-même : ces deux propositions s'excluent, et par conséquent l'absurdité du grief saute aux yeux. La vérité est que Calliste ne donnait ni dans Tun ni dans l'autre extrême : son propre adversaire va nous l'apprendre. Voici les paroles que celui-ci met dans la bouche du pape : « Je ne dirai jamais qu'il y a deux Dieux, le Père et le Fils, mais un seul. » Ov, c'est précisément dans ces termes que s'exprimera, cent ans après, le symbole de saint Athanase : Ti'es deos dicere catholicâ religione prohi^
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bemur. On a besoin de se souvenir que l'auteur des Phiio^ sophumena est dithéiste, comme Galliste le lui reprochait, pour s'expliquer qu'il ait pu censurer une déclaration aussi orthodoxe. Voulant formuler ayec plus de netteté encore ce grand principe de l'unité indivisible de la nature divine, le pape développait ainsi son idée : « Le pneuma ou la substance spirituelle en Dieu est indivisible ; le Père n'est pas autre chose et le Fils autre chose, mais ils sont une seule et même chose (4). » Pour montrer que l'acte personnel de l'incarnation, propre au Fils, n'avait nullement détruit Tidentité de substance du Fils et du Père, il s'appuyait sur fa ctrcumtncesston des personnes divines ou leur compénétration réciproque, et il citait à ce propos avec infiniment de raison la parole du Sauveur : « Ne crois-tu pas que je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? » L'évèque opposant voit dans cette doctrine une hérésie. Mais il n'y a d'hérétique en tout cela que lui-même, car l'on ne saurait mieux exprimer la croyance orthodoxe que ne le fait ici Galliste. Le Père et le Fils sont en effet une seule et même chose, Sv xat T^ duTo, en ce sens que la substance spirituelle, T^ icveu(&a, qui constitue la divinité, leur est commune à tous deux. S'ensuitil de là que le Père et le Fils soient une seule et même personne? L'auteur des Philosophumena voudrait bien tirer cette conclusion et l'imputer au pape Galliste ; mais, malgré tout le soin qu'il met à dénaturer la pensée de son adversaire, l'évidence lui arrache cet aveu fort significatif : « Galliste ne veut pas dire que le Père ait souffert et qu*il n*y ait qu'une seule personne (2). » Mais si
(1) Philoioph., IX, 12 : cv 8à ov x<{ jcvEUfia àôia^perov, oûx iXXo tTvatna- Wpa, dfXXo 9k utov, iv tt x«l t6 oùtô Oicipx,^^- ^ pape ne dit pas aXXo(, aliui, mais o^Xo, aliud, pour bien marqaer que le Fils est une aatre personne que le Père, mais non pas nne autre substance. Cette précision de langage est extrêmement remarquable, d^antant pins que c*e8t mi adrer^ saire qui en rend témoignage.
(2) PhUotoph.^ IX, 18 : ou y»P ^^Xe' ^iysiv tov rtai^pa i:£ROvO/vai x«t
IV eTvOU ffpÔ9(OlC0V
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Calliste ne disait pas cela, comment pouvait-il être patripassien, ainsi que le prétend son contradicteur? Le grief s'évanouit à Tinslant. En résumé, il résulte des propres aveux de Técrivain anonyme que Tévêque de Rome, fidèle aux traditions du siège apostolique, maintenait la doctrine dans toute son intégrité. Contre les artémonites, il afOrmait avec TEglise universelle le dogme fondamental de la religion chrétienne, la divinité de Jésus-Christ ; aux hérésies unitaires de Noet et de Sabellius, il opposait la distinction réelle des personnes divines ; et dans Tauleur des Philosophumena, il repoussait toute atteinte à la consubstantialité du Père et du Fils, à leur parfaite et entière égalité. Que cet homme, si habile à démasquer Terreur sous toutes les formes, ait été un esclave condamné à tourner la meule dans sa jeunesse, peu importe : je n'en admire que davantage sa merveilleuse sagacité ; et plus on voudrait rabaisser la première partie de sa vie, plus on serait obligé d'exalter la seconde, pour suppléer par l'assistance divine au défaut de qualités et de ressources humaines.
Un fait digne de remarque dans Thistoire des papes, c'est que la calomnie a toujours fini par produire un résultat contraire à celui qu'elle se promettait ; parmi leurs titres de gloire les moins contestables figurent les accusations mêmes dont ils ont été l'objet. L'adversaire de saint Calliste nous en fournil un exemple frappant, lorsqu'il passe des controverses dogmatiques aux questions de morale et de discipline : chacun de ses reproches devient un éloge pour celui qu'il veut atteindre. Alors comme danstous les temps, l'Eglise romaine savait allier à une grande^ fermeté de principes une sage condescendance envers les personnes. Rien n'était plus éloigné de ses maximes et de ses traditions que ce rigorisme impitoyable qui, sous prétexte de serrer le frein aux passions humaines, maintient les pécheurs dans le désordre, en leurôtanl tout espoir de réconciliation. Nous
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avons Yu dans la vie de saint Gyprien avec quel esprit de mesure et quelle mansuétude le clergé romain procédait à l'égard de ceux qui avaient eu le malheur de tomber pendant la persécution : les droits de la justice ne lui faisaient pas oublier les devoirs de la miséricorde (1). Mais, comme il arrive d'ordinaire, les esprits violents etextrômes, tels que Tertullien et Novatien, s'irritaient de ces tempéraments qui leur semblaient une trahison de la foi : à leurs yeux, c'était pactiser avec le vice, que de vouloir ménager aux pécheurs un retour plus facile. Vous vous rappelez peutêtre les déclarations de l'impétueux prêtre de Carthage contre ceux qui afûrmaient que le meurtre et Tadultère ne sont pas des crimes irrémissibles (2) : la dernière partie des Philosophumena n'est qu'un écho de ces diatribes , et je comprends qu'on ait pu éprouver la tentation d'aller chercher Tauteur anonyme dans les rangs de Técole de Tertullien. L'hypothèse est insoutenable ; car, sans parler d'autres motifs non moins graves, Tomission de la secte de Praxéas, et la mention expresse des montanistes dans le catalogue des hérésies excluent jusqu'à ridée d'une pareille filiation. Mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'on retrouve de part et d'autre le même langage haineux et passionné, au sujet de la discipline pénitentiaire en vigueur dans l'Eglise romaine.AinsiradversairedesaintGallistelui reproche d'avoir comparé l'Eglise à Farche de Noé oiiles animaux impurs se mêlaient aux animaux purs, et de s'être appuyé surla parabole de l'ivraie et du bon grain pour montrer que les pécheurs ne cessent pas d'appartenir à l'Eglise (3). En parlant de lasorte, le pape exprimait la doctrine catholique, tandis qu'en blâmant ces paroles, l'évêque dissident ne fait que trahir sa propre hérésie. Car il est très vrai de dire que les
(1) S. Cyprien, leçon X.
(t) Tertuilien, leçon XXV.
\z)PhUoioph., IX, 12.
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pécheurs n'en restent pas moins membres de l'Bglise, membres indignes, sans doute, tant qu'ils persévèrent dans le mal, mais unis d'ailleurs au corps des fidèles par les liens de la foi et du baptême. Nouveau grief : révoque de Rome enseigne qu'il a le pouvoir de remettre tous les péchés sans exception. Là-dessus, son contradicteur se récrie; mais, encore une fois, il se récrie contre le dogme catholique, qui n'exclut pas une seule faute, si énorme soit-elle, des pouvoirs du pardon. Il a beau dire que de cette manière on capitule avec les passions humaines, qu'on encourage tous les désordres, etc., ces objections ne sont pas neuves : Tertullien les avait formulées avec une bien autre éloquence ; c'est l'étemel refrain des rigoristes. Mais que conclure de là? Une seule chose, c'est que les partisans de ces idées étroites et exclusives ne comprennent ni l'esprit de l'Evangile, ni toute l'étendue de cet article du Symbole des apôtres : Je crois à la rémission des péchés.
L'auteur des Philosophumena n'est vraiment pas heureux dans le choix de ses invectives : toutes ses récriminations tournent à la gloire de celui qu'il voudrait accabler. Ce qu'il reproche au pape Galliste relativement à la discipline cléricale en est une nouvelle preuve. Comme c'est dans les rangs du sacerdoce que les sectaires rencontraient la plus vive résistance, leur haine devait se tourner tout naturellement contre les évèques et les prêtres. 11 est permis de faire observer, à l'honneur du clergé des deux premiers siècles, que, hormis l'un ou l'autre, tel que Marcion, ancien clerc de l'Église de Sinope, presque tous les chefs de la gnose étaient laïques. On conçoit dès lors que les membres de la hiérarchie fassent devenus l'objet principal de leurs attaques. Les montanistes, en particulier, n'épargnaient aucune calomnie au clergé dont l'indulgence équivalait pour eux à des mœurs relâchées. Par suite de ce déchaînement des novateurs contre les ministres de l'Église, les ac-
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cusalions se croisaient dans tous les sens, et bien des fois on y prêtait Toreille avec une facilité déplorable. Jaloux de rhonneur du clergé, le pape Galliste résolut de mettre un frein à Taudace des sycophantes : en cela, il ne faisait que remplir son devoir, comme chef de la grande famille sacerdotale, ce 11 voulut donc que l'accusation contre les évèques fût rendue très difficile, et défendit absolument d'admettre à déposer contre eux des hommes infâmes, suspects ou ennemis. 11 traita d'hérétiques ceux qui enseignent que les prêtres tombés en quelque péché ne peuvent, après une juste pénitence, rentrer dans leurs anciennes fonctions (i). » Jusqu'ici, Ton avait révoqué en doute Fauthenticité de ce décret commenté et développé dans la collection d'Isidore Mercator, suivant la coutume de ce compilateur; mais, contre toute attente, les Philosophumena viennent de nous apprendre qu'il y a un fond de vérité dans la décrétale attribuée au pape Galliste (2). Sans doute, la sentence à la fois si sage et si ferme du pontife est dénaturée par les diatribes de son accusateur ; elle y prend cette forme absurde : « Galliste décréta qu'un évêque, lors même qu'il serait tombé en quelque péché mortel, ne devait pas être déposé (3). » Qu'est-ce à dire? Le pape prétendait-il que dans aucun cas, ni pour aucun crime, on ne pouvait priver un évêque de son siège ? Assurément non. Il suffît de comparer le fond de la décrétale avec la parodie qu'en fait l'auteur anonyme, pour voir que le chef de l'Église se bornait à protéger l'honneur de ses frères dans l'épiscopat, en exigeant la preuve authentique des prévarications que la malveillance pouvait leur imputer, et en proportionnant
(1) Ex Hbrië deereti Boniionis epUcapi exeerpUt (Noûa ^. Pairnm bihlioth. Cardin. Mal, t. VII, pars m, p. 35).
(i) Voir la décrétale de Galliste, dans la Pairologie de Migne, t. X, p. 122.
IH) Philo8oph,f IX, 12.