ONZIÈME LEÇON
De retour à Alexandrie, Origëne reprend ses fonctions de catéchiste. — Ses relations aycc Ambroise. — Le Commentaire $ur l'Évangile de saint Jean. — Motifs qni le portent à commencer par cet écrit la série de ses traraux sur TÉcritare sainte. — Caractère propre à l'ÉTangile de saint Jean. — Ses rapports avec les trois autres Ëyangiles. — Valeur du témoignage d'Origëne pour Tauthenticité des quatre Ëyangiles canoniques et des autres parties du Nouveau Testament.
Messieurs,
Origène était revenu de Rome où Tavait attiré son désir de voir TÉglise qu'il nomme « la plus ancienne de toutes. » S*il ne prolongea pas davantage son séjour dans la capitale du monde chrétien, c'est que ses fonctions de catéchiste le rappelaient à Alexandrie. Aussi se hâta-t-il^ à son retour en Egypte, de reprendre un ministère interrompu depuis quelques mois. Qui est-ce qui avait pu le suppléer pendant son absence ? A défaut d^indications précises, il est tout naturel de supposer qu'Origène, avant de partir pour Rome, confia la direction du Didascalée à Héraclas, son disciple. On ne pou* vait, il est vrai, prendre de pareils arrangements sans l'autorisation de révoque d'Alexandrie ; mais, à Tépoque dont nous parlons, il n'existait encore aucune trace de mésintelligence entre Démélrius et le successeur de Clément. Depuis lors, Héraclas ne cessa d*enseigner à côté de son maître, qu'il devait remplacer définitivement seize ans plus tard. Eusèbe nous raconte, en effet, qu'Origëne, accablé de travail, sentit la nécessité de partager ses auditeurs en deux classes, se réservant à lui-môme Tinstruction des plus avan-
ces, pour abandonner h Héraclas le soin de former les catéchumènes (1). De grand malin, on venait à lui pour écouter ses leçons, et ce concours de chrétiens ou d*inûdèles ne s'arrêtait qu'avec le jour. A côté de cet enseignement oral, qui semblait devoir aborderions ses moments, Origène songeait à entreprendre ses travaux sur TÉcriture sainte ; or une pareille tâche aurait suffi à elle seule pour remplir la vie d'un homme.
Ici, Messieurs, vient se placer un événement qui devait «xercer une grande influence sur la carrière du célèbre écrivain. Vers la lin du ii* siècle et au commencement du m*, le christianisme avait fait des progrès considérables parmi les familles riches d'Alexandrie. Nous savons par le témoignage d'Eusèbe qu*un mouvement analogue s'était produit, :i l'époque de Commode, dans les classes supérieures do la société romaine (2). Bientôt nous verrons un chef ou gouverneur de l'Arabie recourir aux lumières d' Origène, et la mère d'un empereur romain appeler auprès d'elle le savant catéchiste. Ni le rang ni la fortune n'opposaient plus à la prédication évangélique un obstacle aussi fort que par le passé, surtout depuis la paix inespérée dont jouissait TÉglise pendant la première moitié du m* siècle. D'un autre côté, les préjugés ne pouvaient manquer de s'affaiblir devant les écrits des apologistes, et en présence des merveilles de sainteté que la religion chrétienne opérait dans le monde. Malheureusement, les Âmes désabusées des superstitions païennes se trompaient quelquefois de route, et au lieu de se diriger tout droit vers la véritable Église, elles allaient se perdre auparavant dans les sentiers de Thérésie. Tel avait été le sort d'Ambroise qui, par ses connaissances non moins que par ses richesses^ marquait parmi les personnages les plus distingués de la ville d'Alexandrie. La secte des valen-
(1) Eiisèbe, H. E., vi, 23.
' [t) Ibid., V, tl.
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tiniens l'avait attiré dans son sein par le faux air de grandeur qu'elle savait prêter à ses théories. Il ne fallut rien moins qu'un commerce assidu avec Origène pour dissiper les illusions du gnostique en le ramenant aux vraies sources de la doctrine. A partir de ce moment, Ambroise devint Tami fidèle et le protecteur de celui qui Tavait converti. Non content de stimuler par ses paroles Tardeur de son maître, il lui procura les ressources nécessaires pour mener à bonne fin une entreprise aussi vaste que la révision intégrale du texte des livres saints. Grftce à In sollicitude généreusede ce nouveau Mécène, Origène eut dès lors à sa disposition sept secrétaires qui se relevaient lour à tour pour écrire sous sa dictée, autant de copistes qui mettaient au net ce qu'avaient recueilli les sténographes; et de plus, quelques jeunes filies exercées dans l'art de la calligraphie transcrivaient le tout en beaux caractères (1). Ambroise fournissait largement aux dépenses occasionnées par cette organisation sans laquelle on ne s'expliquerait pas les immenses travaux d'Orîgène. L'histoire ne saurait décerner assez d'éloges au noble chrétien qui, par sa munificence, a rendu de si grands services à la littérature ecclésiastique. Le docteur alexandrin, de son côté, s'est montré reconnaissant envers son ami , il l'a immortalisé en lui dédiant la plupart de ses ouvrages. On voit assez, par une de ses lettres, combien les encouragements et les sollicitations d'Ambroise ont influé sur son activité littéraire.
(( Ambroise me regardait comme un homme laborieux et plein d'ardeur pour l'étude des divins oracles ; mais il m'a confondu par sa propre activité et son amour des saintes lettres. Il m'a laissé loin derrière lui, à tel point que je désespère presque de remplir la tâche qu'il m'impose. Mômeà dincr, nous compulsons des manuscrits; et après les repas, au lieu de me promener ou de prendre un peu de relâche,
(1) Ensèbe, H. E., vi, td.
je suis obligé de m*occuper de philologie et de corriger des exemplaires. Il ne me laisse pas même de repos pendant la nuit, dont une bonne partie se passe dans ces exercices, sans parler des travaux de la matinée qui se prolongent jusqu'à la neuvième heure, quelquefois jusqu*à la dixième (i). »
Dans son Commentaire sur le premier Psaume, Origène s'adresse directement à Ambroise, pour décrire en termes non moins expressifs le rôle de celui qu'il appelait c son piqueur, » lpYo$tcoxTT)v :
« C'est toi, pieux Ambroise, qui m*as lancé dans ce combat dont les difficultés dépassent mes forces ; je ne m'y engage que dans le but de satisfaire ton amour pour lascience., et sous la pression que ton amitié exerce sur moi. Longtemps je m'y suis refusé, sachant bien quels périls m'attendaient; mais tu m'as gagné par tant d'artifices, que je me suis décidé non-seulement à étudier les saintes lettres, mais encore à écrire sur ce sujet, et à laisser après moi le fruit de mon travail. C'est pourquoi, lorsque Dieu me demandera compte de ma vie et de mes œuvres, tu rendras témoignage de rintention que j'ai eue en commençant cette entreprise (2). »
Le catéchiste alexandrin avait-il donc besoin d'être poussé à écrire? Faut-il admettre chez lui une certaine répugnance à composer des livres ? On est tenté de le croire, en voyant combien Ambroise insiste pour avoir la suite des commentaires, et avec quelle ténacité l'auteur se défond contre ces sollicitations amicales. Certes, il est difficile de supposer qu'un esprit si prodigieusement actif ait cédéà un sentiment de paresse. Ses hésitations doivent s'expliquer par une autre cause. Origène était modeste jusqu'à la timidité. Il n'éprouvait pas ce désir immodéré de se mettre en scène qui a fait
(1) Lettre d'Ongène dans Suidas, au mot Origène, et dans Cédrène, p. 253.
(2) In Psalmunif i, 2.
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le malheur de tant d'hommes. Pour qu'il se décidât à publier un livre, il fallait que le nécessité lui en fût bien démontrée ; et, chose assez singulière, Thomme qui peut-être a le plus écrit est également Tun de ceux qui se sont senti le moins de goût pour le métier d'auteur. C'est avec une finesse charmante qu'il résiste aux instances d'Ambroise pour qui les volumes ne sortaient pas assez vite de la plume de son ami. Rappelle-toi, lui dit-il au V« tome de son Commentaire sur saint Jean^ ces paroles de FEcclésiaste : « Mon fils, garde-toi d'écrire beaucoup de livres. » Tu veux me faire transgresser le précepte de Salomon ; et pourtant ce précepte est bien sage. Les saints n'ont pas produit tant de volumes. Moïse, un si grand homme, n'a laissé que cinq livres. Paul, qui était allé porter l'Evangile depuis Jérusalem jusqu'en lUyrie, n'écrivit pas à toutes les Eglises qu'il avait enseignées, et encore ses lettres comprennent- elles un petit nombre de lignes. Que pourras-tu me citer de Pierre sur qui l'Eglise est bâtie comme sur un fondement inébranlable ? Tout au plus deux épitres. Et de Jean qui a eu le privilège de reposer sur la poitrine du Christ ? En dehors de son Evangile et de l'Apocalypse, il n'a écrit que trois épitres, dont deux réunies contiennent à peine cent versets. Je risque donc fort, en remplissant tes vœux, de désobéir à Dieu et de ne pas imiter les saints; et j'ai besoin, pour ne pas être eETrayé, de me rappeler que Salomon luimême avait composé trois mille paraboles et cinq mille cantiques (!}.
Au fond, et malgré tout le soin qu'il met à trouver des excuses dans l'Écriture sainte, Origène ne veut que modérer l'impatience d'Ambroise dont l'ardeur indiscrète exigeait de lui volume sur volume. Car il sent fort bien luimême à quel point il importe d'opposer aux adversaires ée
(1) in Joannem, v, 1, f, 3, 4.
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la foi un ensemble d^écrits propcee à instruire les fiddles et à forlifier leurs convictions. Autant Thumilité chrétienne le défend contre un vaia désir de paraître, autant son aèie pour les intérêts de TEglise le pousse*t-il à soutenir les droits de la vérité. Avec nne activité digne d* une meilLeare cause, les hérétiques multipliaient leurs commentaires sor rÉcriture sainte, dénaturant le sens des textes pour les plier au gré de leurs systèmes. Marcionites, valentiniens, antitrinitaires, toutes les sectes s'efforçaient de faire prévaloir leurs doctrines par une fausse interprétation des livres saiats. Dans la ville d'Alexandrie, Héracléon, Tun des principaux disciples de Valentin, venait de composer, sur VUvangile de saint Jean, des commentaires qui n'avaient pas laissé d'obtenir un grand succès. Il devenait donc ui^ent d'arrêter les progrès de cette littérature malsaine, en rétablissant la vraie signification des textes au moyen d*one étude approfondie de l'Ancien et du Nouveau Testament. A l'endroit même où Origène s'excuse d'avoir entrepris un tel travail, il développe les motifs qui le déterminentà prendre la plume:
« Sous prétexte de science, dit-il, les hétérodoxes s'insurgent contre la sainte Eglise de Dieu ; ils répandent de nombreux livres oh ils se vantent d'expliquer la vraie doctrine des Evangiles, ainsi que les écrits des ap6tres. Si donc nous gardons le silence, négligeant de mettre en regard les enseignements salutaires de la vérité, ils |Hroftteront de cette absence de nourriture pour s'emparer des imes qui ont faim de la connaissance, en leur offrant des aliments impurs et abominables. C'est pourquoi nne telle sitaation me semble imposer des devoirs à quiconque est en état de défendre sincèrement la doctrine ecclésiastique et de réfuter les partisans d'une gnose pseudonyme. Nous avons Tobligation de nous élever contre les commentaires de l'hérésie en leur opposant la sublimité de la prédication évangélique, où les
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dogmes de VAEcieit TesUawaI idennent slkannoniser arec ceoi du NoiiTeaii (i) » .
Teb soAt les* aentiiMBls qui iaspiraîenl Origène qii«id il entreprit ses premiers irevanx sur l'Ëcriture sainte. Atût-il rinlentioa d'expliquer les lirres de TAiicieB et du Nooveaii TestaaMDt dans Tordre de leur compoeitioft et d'après le rang que leur assigi» ]e canon de l*EgIiae? G*est ce qu'oa ne peut guère admettre en le voyant passer de Tun à Fautre, sans a?oir égard à leur succesâon chronologique. Ainsi; pendant les seize années qui suivirent son retour de Etome, il comm^ita tour à tour une partie de FËvangile selon saint Jean, les premiers chapitres de la Genèse, les Tingtrcinq premiers Psaumes elles Lamentations de Jérémie (2). 19ousne possédons plus que par fragments ces produetioiis prim»» tives de Fezégète alexandrin, à Texc^^Uon des deux premiers tomes sur TEvangile de saint Jean, qui sont parvenus intégrafement jusqu'à nous. En les plaçant à la tète des travaux bibliques d'Origène, Eusèbe nous autorise à les regarder comme antérieurs à tout le reste. Par suite des controverses sur la Trinité, dont il avait pu être témoin à Rome et qui d'ailleurs se prolongeaient en Orient, l'attention de l'i»terprète catholique devait se porter tout d'abord vers la partie du Nouveau Testament oii la divinité du Teriie est le plus clairement affirmée; et les raisons qu'il développe dans sa préface achèvent d'expliquer ce choix.
Quel est, ea tXetj Messieurs, le rang qu'Origène assigne à l'Evangile de saint Jean parmi les livres inspirés? Employant à ce sujet une métaphore tirée de la loi mosaïque, il appelle les Evangiles « les prémices » de l'Ecriture sainte, non pas en raison de leur date, mais à cause de leur cxcellenea ou de leur supériorité (3). L'Ancien Testament ne faisait
(1) In Joannem^ v, i.
et) Bnsèbe, H. E., vi, U.
(3) in Joannem, Frocemium, 4, àbcap^Y(v
qu*annoncer le Christ ; les Évangiles nous le montrent déjà venu : ils contiennent le récit de sa vie et l'abrégé de sa doctrine ; le mot prémices leur convient donc à merveille, comme désignant ce qu'il y a de plus parfait dans cette divine moisson. Mais si les quatre Évangiles sont en quelque sorte les éléments ((rroix»a) de la foi chrétienne et les prémices de toute TÉcriture sainte, on peut en dire autant de FEvangile selon saint Jean relativement aux autres. Origène y voit le terme et le complément des trois Evangiles antérieurs, de ceux qu'on appelle aujourd'hui synoptiques. Le passage où il établit ces rapports mérite notre attention, car il nous montre avec quelle justesse l'école d'Alexandrie avait saisi le caractère du quatrième Evangile comparé aux trois premiers.
« Matthieu, écrivant pour les Hébreux qui s'attendaient à voir naître le Messie d'Abraham et de David, débute ainsi : Livre de la génération de Jésus-Christ fils de David, fils d'Abraham. Marc, de son côté, sachant bien ce qu'il doit écrire, raconte le commencement de l'Evangile, sans doute parce que nous en trouvons la fin dans Jean, qui nous montre le Verbe-Dieu existant dès le principe. De même quand Luc dit en tète des Actes : J'ai rassemblé dans mon premier récit tout ce que Jésus a commencé de faire et d'enseigner, il réserve à celui qui avait reposé sur la poitrine du maître les discours les plus élevés et les plus parfaits concernant Jésus. Car aucun d'eux n'a manifesté la divinité de Jésus aussi purement que Jean (1) ; celui-ci nous le présente
(1) Origène n'entend parler ici que d'nne clarté relativement plus grande ; car il combat ailleurs Topinion de ceux qui prétendaient ne pas trouver la divinité de Jésus-Christ dans les autres Evangiles : « Nous faisons cette observation, dit-il, pour ceux qui pensent que la divinité du Sauveur ne résulte pas clairement de FEvangile selon Matthieu; car nous voyons ici que Jésus connaissait les pensées les plus intimes de ses disciples ; or, une pareille science n*est pas humaine. Dieu seul pénètre le secret des cœurs, comme dit Salomon au 3* livre des Rois. » {In Matih., XII, e.)
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avec cette arfirmation : Je suis la lumière du monde; — je suis la voie, la vérité et la vie; je suis la résurrection; — je suis la porte; — je suis le bon pasteur. Et dans TApocalypse : Je suis Talpha et l'oméga, le principe et la fin, le premier et le dernier. — Il est donc permis de dire que les Evangiles sont les prémices de toutes les Ecritures, et TEvangile de Jean les prémices des Evangiles (1). »
G*est dans le même sens que le maître d^Origène, Clément d'Alexandrie, avait appelé l'Evangile de saint Jean un Evangile pneumatique, spirituel, icvsujxttrixèv « Jean, disait-il, resté le dernier de tous, voyant que les choses concernant rhumanité du Christ {xk a<ù[Mxnih) avaient été rapportées dans les autres Evangiles, écrivit, à la prière de ses amis, et sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, un Evangile spirituel (2) ». Saint Irénée ne parlait pas différemment lorsque, voulant exprimer le caractère propre à l'Evangile selon saint Jean, il employait la comparaison de l'aigle, symbole de Télévation et de la profondeur des vues (3). Vous voyez parla. Messieurs, que les pères de l'Eglise n'ont pas attendu les rationalistes modernes pour remarquer les traits particuliers qui distinguent chacun des quatre Evangiles. Toutes ces objections, que Ton débite de nos jours avec tant d'emphase, étaient parfaitement connues des écrivains catholiques du ii* et du ui* siècle ; mais ils avaient trop de sérieux dans Tesprit pour s'y arrêter un instant. Il leur semblait très naturel qu'avec une si grande diversité d'origine, d'antécédents et de qualités, quatre historiens écrivant à des dates et dans des contrées différentes, ne se fussent pas rencontrés jusque dans les mêmes expressions, tout en rapportant les mêmes événements ; que l'un eût omis tel détail mentionné par l'autre, et qu'enfin chacun d'eux eût choisi la série de faits
(1) In Joannem, Procnnium, 6 .
(t) Eusèbe, H. E., yf, 14.
(3) Adv., Hmr., ui, c. U.
230 i' coKKBKTAme
et d*idées qui oonvesAît le mirax h son but eit i scm plan. Non oerleSf kc Évangiles ne S(mi pas ée tout poiat idamtiqoes ; ils diifèrent en aaiûii endroit par le ton, par la €Dime, par la «oonlevr, mèùs le fiMkl ae varie auUement : p6cits tfl discours, tout garde Teaipreiiifie de la ph» menF8iUe«se Mimit. La OQèMe igure, peiaie à la fois par quatre arttsiest peut être rendue airec urne égale ressemUanoe, biea que saisie I des potuls de rue dhers, soit de face, soîi de proQl en aulrecBent Si celle oomparaison ifoqs semUe Cure «ne trop large part au travail perscanel des écrifatns sacrés. Part moderne nous en offre une autre qui exprime mîeax le rà\e de rinsptration divine. Suhant le côté qu*il présente 4 la lumière du soleil, le même visage viendra se réfléckir sur le papier photographique en autant d'images distinctes qui seront chacune la reproduction fidèle deToriginal : toute la différence résultera de l'aspect eous lequel il se sera offert au mystérieux ageaL Ainsi ea est-il de la physionomie du C&rist dessinée par les quatre é^oagélistes ; chacun d'eux y relève certains traits particuliers. Saint Matthieu et saiat Harc s'attachent davantage i mettre en relief le caractère aMssiaaiqua de Jénis, tel qull avait été décrit à Tavanoe par les propliètesde rAnden Testament. Saint Luc fait néssortir de préférence la mission universelle du Seigneur, sa fonction de sauveur du genre humain tout entier^ des gentils non moins que des Juifs. Quant à saint iean, son but est clairement indiqué dans les paroles par lesquelles il omumence son récit. De là les emblèmes distÎACtifs que rkonofogie sacrée a imaginés pour les auteurs des quatre Évangiles ; mais c'est toujours, d'un o6té comme de Tautre, la même figure du Christ, le même enseignement, la même vie ; et ï&m peut dire en toute vérité, avec Origène, quH n'y a qu*un Evangile, quoiqu*il y ait quatre évangélistes.
Ces variétés de détail, qui, remarquez-le bien, ne sont pas des contradictions, ont môme leur haute utilité : dles
SUR L'ÉTAKaiLB D8 BAIIIT JEAN 231
ne servent qa*à fortifier Taiitorité des B?mngites, loin de rmffaiblir. G*est, Messieurs, ce que stint Jean ChrysostAme disait admirablement dans sa première homélie snr saint Matthieu ; car, je le répète, ces prétendues nouveautés dont on cherche à faire grand bruit autour de nous sont aussi vieilles que les premières hérésies : là-dessus les Pères de TEgltse ne nous ont guère laissé le mérite de rien ajouter à ce qulis ont dit : « Quoi donc, s^écrie Téloqueni interprète, n'était-ce pas assez d*un évangéliste pour tout raconter ? Oai, sans doute, un seul aurait pu suffire ; mais quand il y en a quatre, qui n*ont écrit ni dans le même temps ni dans le même lieu, et qui, sans s*ètre rencontrés ni conceKés, parlent néanmoins comme d'une même bouche, il en résulte une forte preuve pour leur véracité. — Hais, dit-on, c'est tout le contraire ; car on les trouve souvent en désaccord. — Cela ne prouve que mieux combien ils sont dignes de foi ; car s'ils ne faisaient que se répéter quant au temps, au lieu et i l'expression même, aucun de nos adversaires ne croirait qu'ils aient écrit sans entente préalable, ni en dehors d'un concert tout humain. Une identité aussi absolue ne paraîtrait pas une marque de sincérité. Au contraire, ce désaccord apparent dans quelques petites choses éloigne d'eux tout soupçon : c'est la plus évidente apologie de leur bonne foi. Que s'ils diffèrent un peu relativement au temps ou au lieu, il n'en résulte aucun inconvénient pour la fidélité de leur narration, comme nous le montrerons dans la suite avec l'aide de Dieu. Je vous prie de remarquer en outre qu'on ne saurait découvrir entre eux la moindre diffé*. rence dans les choses qui intéressent notre vie et qui forment l'objet de la prédication... Pour ce qui regarde les miracles, ils n'ont pas dit chacun tout ce qui est, se bornant à mentionner celui-ci tel détail, celui-là tel autre ; mais n'en soyez pas troublés. Si Tun d'eux avait tout dit, le rôle des autres eût été superflu ; comme aussi, dans le cas où leurs narra-
lions auraient différé totalement, on ne pourrait plus parler d*harmonie. Voilà pourquoi il y a beaucoup de choses qui leur sont communes à tous, et il en est de particulières à chacun : de cette manière rien n*est superflu dans leurs écrits, et tout ce qui s*y trouve contribue à nous donner une connaissance exacte de la vérité (i).» En deux mots, les divergences des évangélistes sont assez grandes pour exclure tout soupçon de connivence ; et leur accord est trop frappant pour qu'on puisse révoquer en doute la fidélité de leur relation.
Ces observations du grand orateur d*Àntioche sont pleines de sagesse ; et s41 y a des écrivains modernes qui prétendent que la critique est née de nos jours, je leur souhaiterais assez de jugement pour écrire beaucoup de pages aussi sensées que celle-là. Origène ne portait donc atteinte à aucun principe en disant que saint Jean a manifesté la divinité du Christ avec une évidence toute particulière, et qu*il était réservé à cet apôtre de recueillir et de nous transmettre tf les discours les plus élevés et les plus parfaits concernant Jésus (2). »Tel est, en efi'et, le caractère qui distingue TEvangile de saint Jean. Tandis quelestrois premiers évangélistes se proposent surtout de reproduire renseignement parabolique, moral, populaire du Seigneur, le quatrième cherche principalement à mettre par écrit la partie dogmatique, sacramentelle 'et mystique de la révélation chrétienne (3). L*hérésie naissante des ébionitesetdes cérinthiens lui fournit l'occasion de réaliser ce plan ; mais, d'ailleurs, Tidée d'une telle œuvre aurait pu s'offrir d'elle-même au disciple bien-aimé, qui, plus que tout autre, avait reçu les communications intimes du Maître. Ecrivant après saint Matthieu,
(1) s. Jean Chrysosiùme, liom, U /n Matth. Proœmium, S.
(2) Toùc (letÇovac xat TsXfitoWpou; Xoyou; izip\ 'Ii^aoil.
(8) Voir notre Examen critiqué de la Vie de Jéiui par M. Renan^ ch. m, l'Evangile de S. Jean,